Je viens de passer quelques jours dans la capitale danoise. Une ville aux allures européennes, à l’architecture nordique, dont certains détails ont attiré mon attention. Si la comparaison n’est pas raison, et que le code de la route d’inspiration suédoise a un passif sulfureux au Maroc, j’ai rêvé que ces détails puissent s’appliquer d’une manière ou d’une autre chez nous. En voici une sélection, avec comme soundtrack une douce musique de Norvège :
Les vélos :
La première chose qui frappe à KBH (initiales pour les intimes) est
la profusion des vélos. Les avantages de l’utilisation de ce moyen de transport au lieu de véhicules à moteur sont
pertinents : Pas de pollution, moins d’embouteillage, pas de bruit, moins de stress, entretien de la forme ; Un vrai style de vie ancré dans la culture. J’ai vu des parents promener
leurs enfants dans des vélos poussettes. D’autres vélos sont dotés de vrais coffres pour les bagages. Cette culture est poussée à ce point que j’ai
vu des Vélotaxis : On vous propose de vous embarquer avec vos affaires à bord d’un vrai taxi tracté en pédalant. Le
must : Des vélos sont à disposition dans des stations réparties dans tout le centre ville. On les retire comme un cadi au supermarché en plaçant une pièce de 20 couronnes (environ 25 DHS) à
récupérer une fois le vélo rendu. J’ai pu ainsi visiter librement et gratuitement tous les remparts de la ville. Cela d’autant plus facilement que toute la ville est sillonnée de couloirs bleus
dédiés aux vélos. Tak (Merci en danois) à Dong Energy de sponsoriser cette initiative.
Qu’attend le Maroc pour passer à la révolution du vélo ? Il faut pour cela agir sur deux fronts : Il faut que la ville facilite la circulation des vélos et que les vélos soient accessibles au plus grand nombre. Pour le premier volet, il faut prévoir de véritables couloirs pour vélos et non pas un petit espace à coté du boulevard comme celui du Bd d’Anfa à Casablanca. Ce prétendu couloir sert plus aux taxis pour manœuvrer leurs affaires qu’à faire circuler des vélos. Les couloirs doivent être le plus possible inaccessibles aux voitures. Les nouvelles infrastructures comme la corniche de Casablanca et la nouvelle corniche d’Agadir ne doivent pas rater ce coche. Le deuxième volet doit imaginer des solutions pour fournir notamment aux jeunes l’accès aux vélos en attendant de leur offrir des moyens de transport public décents. On peut imaginer que des étudiants puissent laisser en guise de garantie leur CIN et disposer d’un vélo durant l’année pour effectuer les trajets vers l’école et la faculté. J’en profite pour rappeler ici que l’organisation des bus pour les étudiants est lamentable. L’Etat doit prendre le relais sur ce dossier si les sociétés sous-traitantes n’offrent pas un service correct. En passant, je formule ici le vœu pieux d’imiter ici aussi Copenhague comme bon nombre d’autres villes en faisant rouler les bus au gaz naturel, au nom des poumons des citadins.
Les routes :
Revenant à Copenhague, le trafic organise la circulation des vélos, des panneaux comptent le nombre de vélos
qui passent par un couloir et ajuste les feux de
signalisation en conséquence.
Ces derniers incluent donc ceux des vélos, et certains sont dotés d’un chronomètre à rebours pour indiquer quand est-ce qu’il changera de couleur, un détail qui peut servir. Le plus
remarquable aussi est que les feux de signalisation sont dotés d’un système sonore pour guider les non voyants et les aider à traverser la rue en toute autonomie.
Pour le Maroc, je pense que la priorité est de trouver des astuces pour inciter les gens à traverser sur le passage piéton au lieu de le faire au milieu du boulevard. Je salue ici vivement ces jeunes habillés au jaune qui sont des fois postés à des carrefours (comme celui près de la BAM à Casablanca) pour rappeler ces règles élémentaires à grand renfort de micro. Il faut en complément envisager de mettre sur les boulevards, à l’approche des feux de signalisation, des barrières pour empêcher la traversée des piétons (c'est le cas sur le rond point "7 voies" de Casablanca), et des couloirs bétonnées forçant les voitures à s’aligner. Le milieu des longs boulevards devraient aussi prévoir des passages piétons afin d’encourager la bonne attitude.
Tourisme :
Copenhague a élevé au rang de symbole de la ville la statue d’une petite sirène. Elle se trouve au milieu
quelconque au nord de la corniche, parmi d’autres statue
s de style grecque, posée sur
un petit rocher. En gros, le sculpteur de cette statue a pris sa femme pour modèle et a offert son œuvre à la ville. Une histoire banale donc et pourtant, aucun touriste ne peut s’estimer avoir
compléter sa visite de la ville sans rendre visite à cette statue. Elle est tellement fameuse que sa tête a été volée quatre fois et aujourd’hui elle bénéficie d’une vidéosurveillance H24. La
croisière en bateau autour de la ville passe obligatoirement par la statue et sa photo apparaît dans toutes les brochures de la ville ainsi que dans les cartes postales. Dans le même ordre
d’idée, la tour Eiffel suscite aussi la même interrogation. A force de voir la dame de fer on finit par se demander quel sens y a-t-il à ce que des millions de touristes viennent chaque année
visiter ce qui est à la base une antenne relais. Mais pour ce qui est de la statue de la petite sirène danoise, en termes de marketing touristique, c’est un coup de maître ! Moi-même je me
suis volontiers laisser prendre au jeu, j’ai traversé la ville jusqu’au nord uniquement pour me rendre à son chevet, j’ai pris des dizaines de photos et même une figurine avec magnétique à
accrocher sur le frigo ! Voilà comment on fait une attraction touristique avec quasiment rien.
Quid du Maroc ? Notre pays regorge d’exemples qui peuvent être exploités de la même manière. Celui qui m’est venu à l’esprit est l'ilôt de Sidi Abderrahmane sur la corniche de Casablanca. Tous ceux que je connais qui ont visité ma ville de naissance en sont partis blasés après avoir fait un tour rapide mais aucun d’eux ne connait ce site qui pourtant a un potentiel certain. Il est accessible selon la marée (un peu à la Mont-st-Michel), les petites constructions authentiques, la vue sur la ville imprenable. Avec l’accord de ceux qui y habitent, ce site peut contribuer à rendre la capitale économique plus attrayante aux touristes tout en créant des sources de revenus sur place.
Libre circulation frontalière :
Je suis allé visiter la ville suédoise de Malmö (avec une pensée pour Casanégra). Géographiquement, cette ville est à Copenhague ce que Tanger et à Algésiras. Linguistiquement, le suédois est au danois ce que la darija marocaine est à la darija algérienne. Politiquement, c’est une toute autre histoire. J’ai donc en quelques minutes traversé en train le pont qui relie les deux villes avec pour seule formalité d’acheter gentiment mon billet comme si j’effectuais un déplacement en province. Le train passe toute les 20 mn comme un RER parisien. J’ai su que des suédois viennent quotidiennement à Copenhague pour y travailleur durant la journée car l’économie y est plus développée. Les danois, pour certains d’entre eux, partent pour Malmö pour faire leur course car les prix y sont moins chers. Les jeunes suédois partent le soir pour KBH pour y faire la fête et reviennent au petit matin.
Quid de notre imbroglio local ? A quand l’ouverture des frontières avec notre sœur l’Algérie ? Nous avons tant à partager et à construire ensemble dans cette région. La société civile doit prendre des initiatives même modestes pour rapprocher les deux frontières comme des amicales, des tournois entre les deux équipes, des échanges, etc. Lorsque cette situation apparaîtra tellement ridicule aux yeux du plus grand nombre, elle forcera les dirigeants à agir de manière constructive. A quand une normalisation de la situation avec l’Espagne au nord du pays ? Je pense que la solution passe par un développement économique de cette partie du territoire qui ne repose pas sur la contrebande des marchandises. Cette situation arrange les intérêts de Ceuta qui y trouve un moyen d’y écouler ses stocks.
Développement durable :
Le Danmark a pris une longueur d’avance sur le monde entier concernant les énergies
renouvelables notamment les éoliennes. Notre pays aussi dispose de « champs de vent » qui ne demandent qu’à être exploités. Les modestes initiatives jusqu'à présent, comme
les
éoliennes de Tetouan à Koudia Al Baida, sont à multiplier au Maroc.
Soutien à
l'opposition iranienne :
Pour
la petite histoire, j'ai croisé par hasard une manifestation de l'opposition iranienne devant le parlement danois. Je ne parle
pas iranien mais j’ai compris que ce rassemblement avait pour objectif de dénoncer les irrégularités présumées qui ont entaché les dernières élections présidentielles. Malgré la rupture des liens
diplomatiques avec cette République, le Maroc devrait prendre position dans ce dossier et soutenir l’exigence d’une enquête indépendante pour juger de l’intégrité du scrutin.
Free hugs
Il
s’agit d’un concept lancé maintenant dans plusieurs villes dans le monde. Des personnes offrent une accolade amicale aux passants et ce sans aucune
contrepartie (si ce n’est la réciprocité). Cela peut paraître curieux mais il faut savoir que dans les pays occidentaux, la modernité a emporté quelque chose dont nous sommes encore attachés au
Maroc : la chaleur humaine. Hélas à Casablanca notamment, le stress de la ville a eu raison de la sympathie des citadins. Peut être devrions nous distribuer des « ta3ni9ate » afin
de commencer à ressouder les liens sociaux.
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