Le Maroc, à l’instar d’autres pays proches ou lointains (Espagne, France, UK, Belgique, Turquie, Chine, etc.), est confronté à un mouvement indépendantiste qui provient principalement des frontières du Sud (il existe aussi un groupuscule qui réfléchit à l’indépendance du Rif, mais l’ampleur de son mouvement est relativement négligeable)
Le Maroc est aussi appelé à démocratiser, et même régionaliser, l’exercice de son pouvoir à tous les points de vue, notamment administratif. Il est par ailleurs un principe démocratique que le peuple choisisse librement son destin, choisisse librement le cadre législatif et politique dans lequel il souhaite vivre tout en ménageant les droits des minorités.
Dans ce contexte, le rapport du militantisme démocrate aux mouvements indépendantistes a depuis l’indépendance été tumultueux. Depuis lors, et aujourd’hui encore, la reconnaissance du principe démocratique d’indépendantisme en soi et non le soutien subjectif à la cause des séparatistes du Sahara passe par un acte de haute trahison, ce qui a valu la vie et la torture de nombreux militants de gauche historiques, et causent encore aujourd’hui des conflits.
Le contexte national est d’autant plus complexe que les militants indépendantistes du Sahara ne semblent pas mus de principes démocratiques, eu égard aux conditions déplorables de détentions des réfugiés de Tindouf et de leur tentative malhonnête de biaiser les conditions de ce qui aurait pu être théoriquement un scrutin d’autodétermination. Par conséquent, reconnaître ce cas particulier d’indépendantisme ne se traduit pas clairement par un soutien au principe démocratique. A contrario, instaurer une autonomie de cette région, dans le cadre du projet de régionalisation avancée, en permettant aux compatriotes du sud de personnaliser les aspects de leurs politiques locales est un moyen efficace et juste de joindre le principe démocratique d’un peuple qui se gouverne lui-même sans risquer d’abandonner la région aux mains d’une mafia dictatoriale aux intérêts opportunistes et spéculatives. C’est en tout cas ma propre lecture de ce problème.
Le
mélange des genres
La problématique de ce sujet est née du constat qu’au Maroc certains partis de gauche dite radicale, tel Annahj, sont d’une part des militants acharnés des droits de l’homme et de la démocratie au Maroc ce qui peut susciter une certaine sympathie pour les progressistes, mais d’un autre coté soutiennent la cause du Polisario du droit à l’autodétermination du peuple Sahraoui. Par conséquent, soutenir Annahj, ou un parti qui opère la même stratégie, équivaudrait à soutenir le polisario, ce qui passe par pour un acte de trahison.
Cette problématique dépasse le cadre de ces seuls partis. Les militants étudiants basistes, par exemple, œuvrent dans le même sens, à cette nuance d’importance qu’ils prônent ouvertement une lutte « violente » dans leur militantisme. Ils prétextent que la violence est un ultime recours pour faire avancer la démocratie dans le contexte marocain, or ils ignorent que la démocratie est avant tout une démarche qui prône le règlement pacifique et consensuel de l’ordre social, et qu’en recourant à la violence ils jouent le même jeu que « les terroristes obscurantistes » contre lesquels ils se dressent. Lutter violement pour le progrès social est tout simplement du terrorisme gauchiste. Comme son pendant islamiste, il ne sert pas les intérêts du progrès social, il préfigure simplement un projet gauchiste dictatoriale comme il en a été dans certains pays durant le 20e siècle. La violence est tout simplement antagoniste à tout mouvement démocrate.
Plusieurs cas récents de manifestations estudiantines ou populaires ont posé cette problématique où l’on a vu des marocains militants pacifiquement pour le progrès social et démocratique aux cotés de minorités de militants qui profitent de l’occasion pour attiser violement la flamme du séparatisme. Ici il ne s’agit pas de sit-in pacifiques avec des messages objectifs inscrits dans des pancartes, il s’agit d’affrontement avec les forces de l’ordre avec jets de pierre, incendies et agressions de fonctionnaires de l’Etat. Lorsque ce cocktail épouse de surcroit la cause sacrilège du séparatisme, cela incite les autorités à répondre violement à ces manifestations sans faire de distinction entre les profils de ces militants, les plutôt progressistes ou les plutôt séparatistes.
La manifestation des étudiants à Marrakech du 14 Mai 2008 est un exemple
flagrant où se confondent militantisme progressiste pour le droit des étudiants de l’université Cadi Ayyad et indépendantisme des Sahraouis. Dans la vidéo ci-dessous prise lors de la
manifestation on peut entendre des slogans séparatistes sahraouis (3emn30) se confondre avec des slogans progressistes.
Lorsque les étudiants ont ouvert les hostilités avec les forces de l’ordre qui les empêchaient de marcher vers la présidence de l’Université, cela a dégénéré en une escalade de violence que les représentants de l’Etat étaient obligés de gagner. Cela s’est soldé par des arrestations violentes d’étudiants et des procès inéquitables. La seule fille parmi eux, Zahra Boudkour, est toujours incarcérée aujourd’hui alors que son procès n’a toujours pas eu lieu. Victime de torture et d’abus des autorités, elle mérite notre solidarité pour l’être humain qu’elle est et pour les droits dont elle doit bénéficier, quelles que soit ses opinions politiques ou la nature de son activisme militant.
La même problématique se retrouve aussi chez les « berbéristes radicaux » parmi nos compatriotes. Si la pleine reconnaissance de la culture berbère au Maroc est une cause juste, et que les timides efforts entrepris pour l’instant pour son émancipation doivent être poursuivis, certains militants poussent le bouchon trop loin en confondant militantisme progressiste et appel à la violence pour rallier un mouvement douteux de « libération de la tamozgha ». Défendre démocratiquement le droit des populations berbères parmi les marocains à bénéficier de droits équitables avec les arabophones est une cause juste, tenter d’imposer la thèse que le Maroc d’aujourd’hui n’a d’autres racines que la berbérité est non seulement une erreur mais un affront à la démocratie.
Le récent cas de Boubker Alyadib en est symbolique. Ce blogeur a été interpelé suite à sa couverture des incidents de Taghjijt. Cette autre région pauvre du Royaume manque d’infrastructure notamment pour les étudiants qui ont organisé une revendication pour l’accès gratuit aux transports notamment. Ici aussi, des sahraouis séparatistes étaient de la partie et ici aussi la manifestation a dégénéré en affrontement avec les forces de l’ordre. La cause revendiquée est juste car il faut en effet que l’Etat soutienne, autant que les moyens le permettent, l’effort des étudiants de tout âge à accéder au savoir, et je pense ici tout particulièrement à ces enfants de la montagne, dans d’autres régions du Royaume, qui doivent parcourir des kilomètres quotidiens pour atteindre leur classe. Néanmoins, le soutien aux étudiants de Taghjijt est embarrassé lorsque, parmi eux, des sahraouis, aux opinions séparatistes avérées, se mettent à défier les forces de l’ordre. Ici, la confusion est triple puisque le militantisme progressiste est non seulement parasité par les séparatistes sahraouis mais aussi par les berbéristes radicaux. Par ailleurs, le blogueur en question ne faisait pas mystère de ses opinions berbéristes sur son blog. Ici aussi, on peut soutenir une cause défendant les droits de la promotion de la culture berbère au Maroc, mais ce dirigeant de l’association berbériste locale Tamaynut avait aussi publié certains articles appelant ouvertement à envisager la violence dans leur militantisme. Cet article que j’avais lu ne figure plus maintenant sur son blog et je pense qu’il est juste de censurer tout appel à la violence quel qu’il soit. Il y a un mois, ce blogueur a été condamné à six mois de prison ferme après un procès encore entaché d’irrégularités (de forme au moins), rajoutant ainsi une couche à ses faits qui donnent au Maroc l’image d’un pays liberticide et donnant du grain à moudre à tous les militants radicaux.
Rigueur et pragmatisme du milantisme
Il est indispensable que les mouvements de gauche, qui militent pour l’amélioration des conditions d’études et pour le progrès social de manière général, se démarquent des mouvements séparatistes et des berbéristes radicaux ainsi que de tout mouvement extrémiste antidémocrates. La part doit clairement être faite entre la revendication purement progressiste et de droits de l’homme d’un côté, et les mouvements politiques antidémocratiques d’un autre. En effet, il serait bon que les mouvements de gauche dite radicale tiennent compte de l’évolution du contexte de la région du Sahara et qu’ils en tirent les conséquences quant à leur solidarité. Le soutien de la cause palestinienne par exemple n’a rien à voir avec celui du Polisario.
Par exemple, il est possible de défendre les droits des détenus salafistes, accusés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, de bénéficier de procès équitables et juste, tout en dénonçant les thèses antidémocratiques que présente leur idéologie. Car c’est précisément en se montrant exemplaire que l’idéologie démocratique peut convaincre de son mérite par rapport à ses adversaires.
Aussi, le milantisme progressiste et démocrate ne doit jamais s'entacher de
violence. D'un autre coté, l'Etat devrait éviter les comportements et les attitudes qui attisent les frustrations et les ressentiments susceptibles de se transformer en réactions violentes.
Cela veut dire qu'il incombe à l'Etat de rechercher la paix sociale à travers la promotion des droits de l'homme, du progrès social et de la démocratie effective.
Enfin, vous pouvez vous joindre à une pétition pour la libération de Zahra Boudkour et de ses camarades afin de défendre son droit à un procès équitable et une justice
impartiale.
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Après une séance qui a fini en bagarre générale
où la police a dû intervenir pour séparer les conseillers comme des enfants dans une cour,
Traditionnellement, les partis se forment autour de figures de proue qui, par leur engagement et
leur sacrifice, incarnent littéralement les idéaux et les valeurs promues par le parti. Lorsque l’on parle par exemple de stalinisme, de gaullisme ou autre révolution bolivarienne, on lie
explicitement le mouvement politique, c'est-à-dire cet ensemble d’idées et de projets, à une personne physique, et cela n’est pas sans conséquences. Le charisme des leaders peut donc se justifier
par leur intellect ou par leur effort personnel de militantisme, mais aussi, comme c’est malheureusement encore le cas au Maroc, par les privilèges économiques ou par la proximité aux sphères du
pouvoir dont ils jouissent. En tout cas, une fois cette légitimité établie, le fonctionnement du parti est entièrement tourné vers ces personnes. Ces dernières, convaincues que la destinée
du parti repose sur leurs épaules, mettent entre leurs mains toutes les sources d’initiatives, laissant pour « la base militante » la seule tâche ingrate d’exécuter leurs décisions.
Dans une récente apparition sur 2M, Mr Sassi (PSU) indiquait justement que le mode de gouvernance
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