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Politique

Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 01:58

Le Maroc, à l’instar d’autres pays proches ou lointains (Espagne, France, UK, Belgique, Turquie, Chine, etc.), est confronté à un mouvement indépendantiste qui provient principalement des frontières du Sud (il existe aussi un groupuscule qui réfléchit à l’indépendance du Rif, mais l’ampleur de son mouvement est relativement négligeable)

Le Maroc est aussi appelé à démocratiser, et même régionaliser, l’exercice de son pouvoir à tous les points de vue, notamment administratif. Il est par ailleurs un principe démocratique que le peuple choisisse librement son destin, choisisse librement le cadre législatif et politique dans lequel il souhaite vivre tout en ménageant les droits des minorités.

Dans ce contexte, le rapport du militantisme démocrate aux mouvements indépendantistes a depuis l’indépendance été tumultueux. Depuis lors, et aujourd’hui encore, la reconnaissance du principe démocratique d’indépendantisme en soi et non le soutien subjectif à la cause des séparatistes du Sahara passe par un acte de haute trahison, ce qui a valu la vie et la torture de nombreux militants de gauche historiques, et causent encore aujourd’hui des conflits. 

Le contexte national est d’autant plus complexe que les militants indépendantistes du Sahara ne semblent pas mus de principes démocratiques, eu égard aux conditions déplorables de détentions des réfugiés de Tindouf et de leur tentative malhonnête de biaiser les conditions de ce qui aurait pu être théoriquement un scrutin d’autodétermination. Par conséquent, reconnaître ce cas particulier d’indépendantisme ne se traduit pas clairement par un soutien au principe démocratique. A contrario, instaurer une autonomie de cette région, dans le cadre du projet de régionalisation avancée, en permettant aux compatriotes du sud de personnaliser les aspects de leurs politiques locales est un moyen efficace et juste de joindre le principe démocratique d’un peuple qui se gouverne lui-même sans risquer d’abandonner la région aux mains d’une mafia dictatoriale aux intérêts opportunistes et spéculatives. C’est en tout cas ma propre lecture de ce problème.

Le mélange des genres

La problématique de ce sujet est née du constat qu’au Maroc certains partis de gauche dite radicale, tel Annahj, sont d’une part des militants acharnés des droits de l’homme et de la démocratie au Maroc ce qui peut susciter une certaine sympathie pour les progressistes, mais d’un autre coté soutiennent la cause du Polisario du droit à l’autodétermination du peuple Sahraoui. Par conséquent, soutenir Annahj, ou un parti qui opère la même stratégie, équivaudrait à soutenir le polisario, ce qui passe par pour un acte de trahison.

Cette problématique dépasse le cadre de ces seuls partis. Les militants étudiants basistes, par exemple, œuvrent dans le même sens, à cette nuance d’importance qu’ils prônent ouvertement une lutte « violente » dans leur militantisme. Ils prétextent que la violence est un ultime recours pour faire avancer la démocratie dans le contexte marocain, or ils ignorent que la démocratie est avant tout une démarche qui prône le règlement pacifique et consensuel de l’ordre social, et qu’en recourant à la violence ils jouent le même jeu que « les terroristes obscurantistes » contre lesquels ils se dressent. Lutter violement pour le progrès social est tout simplement du terrorisme gauchiste. Comme son pendant islamiste, il ne sert pas les intérêts du progrès social, il préfigure simplement un projet gauchiste dictatoriale comme il en a été dans certains pays durant le 20e siècle. La violence est tout simplement antagoniste à tout mouvement démocrate.

Plusieurs cas récents de manifestations estudiantines ou populaires ont posé cette problématique où l’on a vu des marocains militants pacifiquement pour le progrès social et démocratique aux cotés de minorités de militants qui profitent de l’occasion pour attiser violement la flamme du séparatisme. Ici il ne s’agit pas de sit-in pacifiques avec des messages objectifs inscrits dans des pancartes, il s’agit d’affrontement avec les forces de l’ordre avec jets de pierre, incendies et agressions de fonctionnaires de l’Etat. Lorsque ce cocktail épouse de surcroit la cause sacrilège du séparatisme, cela incite les autorités à répondre violement à ces manifestations sans faire de distinction entre les profils de ces militants, les plutôt progressistes ou les plutôt séparatistes.

La manifestation des étudiants à Marrakech du 14 Mai 2008 est un exemple flagrant où se confondent militantisme progressiste pour le droit des étudiants de l’université Cadi Ayyad et indépendantisme des Sahraouis. Dans la vidéo ci-dessous prise lors de la manifestation on peut entendre des slogans séparatistes sahraouis (3emn30) se confondre avec des slogans progressistes.


Lorsque les étudiants ont ouvert les hostilités avec les forces de l’ordre qui les empêchaient de marcher vers la présidence de l’Université, cela a dégénéré en une escalade de violence que les représentants de l’Etat étaient obligés de gagner. Cela s’est soldé par des arrestations violentes d’étudiants et des procès inéquitables. La seule fille parmi eux, Zahra Boudkour, est toujours incarcérée aujourd’hui alors que son procès n’a toujours pas eu lieu. Victime de torture et d’abus des autorités, elle mérite notre solidarité pour l’être humain qu’elle est et pour les droits dont elle doit bénéficier, quelles que soit ses opinions politiques ou la nature de son activisme militant.

La même problématique se retrouve aussi chez les « berbéristes radicaux » parmi nos compatriotes. Si la pleine reconnaissance de la culture berbère au Maroc est une cause juste, et que les timides efforts entrepris pour l’instant pour son émancipation doivent être poursuivis, certains militants poussent le bouchon trop loin en confondant militantisme progressiste et appel à la violence pour rallier un mouvement douteux de « libération de la tamozgha ». Défendre démocratiquement le droit des populations berbères parmi les marocains à bénéficier de droits équitables avec les arabophones est une cause juste, tenter d’imposer la thèse que le Maroc d’aujourd’hui n’a d’autres racines que la berbérité est non seulement une erreur mais un affront à la démocratie.

Le récent cas de Boubker Alyadib en est symbolique. Ce blogeur a été interpelé suite à sa couverture des incidents de Taghjijt. Cette autre région pauvre du Royaume manque d’infrastructure notamment pour les étudiants qui ont organisé une revendication pour l’accès gratuit aux transports notamment. Ici aussi, des sahraouis séparatistes étaient de la partie et ici aussi la manifestation a dégénéré en affrontement avec les forces de l’ordre. La cause revendiquée est juste car il faut en effet que l’Etat soutienne, autant que les moyens le permettent, l’effort des étudiants de tout âge à accéder au savoir, et je pense ici tout particulièrement à ces enfants de la montagne, dans d’autres régions du Royaume, qui doivent parcourir des kilomètres quotidiens pour atteindre leur classe. Néanmoins, le soutien aux étudiants de Taghjijt est embarrassé lorsque, parmi eux, des sahraouis, aux opinions séparatistes avérées, se mettent à défier les forces de l’ordre. Ici, la confusion est triple puisque le militantisme progressiste est non seulement parasité par les séparatistes sahraouis mais aussi par les berbéristes radicaux. Par ailleurs, le blogueur en question ne faisait pas mystère de ses opinions berbéristes sur son blog. Ici aussi, on peut soutenir une cause défendant les droits de la promotion de la culture berbère au Maroc, mais ce dirigeant de l’association berbériste locale Tamaynut avait aussi publié certains articles appelant ouvertement à envisager la violence dans leur militantisme. Cet article que j’avais lu ne figure plus maintenant sur son blog et je pense qu’il est juste de censurer tout appel à la violence quel qu’il soit. Il y a un mois, ce blogueur a été condamné à six mois de prison ferme après un procès encore entaché d’irrégularités (de forme au moins), rajoutant ainsi une couche à ses faits qui donnent au Maroc l’image d’un pays liberticide et donnant du grain à moudre à tous les militants radicaux.

Rigueur et pragmatisme du milantisme

Il est indispensable que les mouvements de gauche, qui militent pour l’amélioration des conditions d’études et pour le progrès social de manière général, se démarquent des mouvements séparatistes et des berbéristes radicaux ainsi que de tout mouvement extrémiste antidémocrates. La part doit clairement être faite entre la revendication purement progressiste et de droits de l’homme d’un côté, et les mouvements politiques antidémocratiques d’un autre. En effet, il serait bon que les mouvements de gauche dite radicale tiennent compte de l’évolution du contexte de la région du Sahara et qu’ils en tirent les conséquences quant à leur solidarité. Le soutien de la cause palestinienne par exemple n’a rien à voir avec celui du Polisario. 

Par exemple, il est possible de défendre les droits des détenus salafistes, accusés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, de bénéficier de procès équitables et juste, tout en dénonçant les thèses antidémocratiques que présente leur idéologie. Car c’est précisément en se montrant exemplaire que l’idéologie démocratique peut convaincre de son mérite par rapport à ses adversaires.

Aussi, le milantisme progressiste et démocrate ne doit jamais s'entacher de violence. D'un autre coté, l'Etat devrait éviter les comportements et les attitudes qui attisent les frustrations et les ressentiments susceptibles de se transformer en réactions violentes. Cela veut dire qu'il incombe à l'Etat de rechercher la paix sociale à travers la promotion des droits de l'homme, du progrès social et de la démocratie effective.

Enfin, vous pouvez vous joindre à une pétition pour la libération de Zahra Boudkour et de ses camarades afin de défendre son droit à un procès équitable et une justice impartiale.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Politique
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Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /2010 20:51

Après la peur et la tristesse suite à l’incident de la mosquée Bab Al Berdieyinne à Meknès, les familles des victimes et les habitants de la cité ont été pris de colère. Une colère légitime car les pluies diluviennes qui s’abattent sur le pays dernièrement à elles seules ne justifient pas qu’un édifice, monument ancestral de surcroit, s’effondre et cause un grand nombre (apparemment invérifié) de morts et de blessés. Cette colère les poussa à marcher ensemble vers la wilaya pour une protestation pacifique et pour ouvrir un dialogue avec le wali M. Mohamed Fawzi. Cette fois-ci, les agents de sécurité ont eu la décence de ne pas entraver cette manifestation.

http://www.yabiladi.com/images/elections_maroc2009.jpgCe qui m’interpelle ici, comme dans chaque reportage diffusé ces derniers jours sur les maisons qui s’effondrent comme ici à Marrakech et là dans les campagnes et les périphéries urbaines à cause des intempéries, c’est que les victimes n’ont appellent plus seulement au secours du Roi mais réagissent également en demandant des comptes aux fonctionnaires locaux chargés d’administrer la cité ou le village. Le Roi a répondu généreusement suite à la catastrophe de Meknès en prenant personnellement en charge les frais d’obsèques des victimes. Mais qu’en est-il de la responsabilité des conseils municipaux et régionaux ? Les victimes ont-elles raison de les interpeller sur cet incident ?


Du contrat social

Avant de demander des comptes au wali de la région qui comprend Meknès, avant de lui reprocher de ne pas avoir pris les dispositions nécessaires pour prévenir que le minaret de la mosquée ne s’effondre, il aurait fallu d’abord que ce dernier se soit engagé à le faire. Or il n’en est rien. Le wali n’a jamais proposé à la population de Meknès d’entretenir ses monuments ni ses mosquées, le wali ne leur d’ailleurs jamais proposé ni promis quoi que ce soit. Car pour être wali, il ne lui a pas fallu être élu par la population, mais être désigné par le pouvoir. Le wali n’a donc de comptes à rendre qu’au pouvoir à qui il doit sa place. Là est toute la problématique.

Le processus électoral aurait permis de mettre ne lice plusieurs personnalités, issues ou pas de partis politiques différents, avec chacun un programme, une proposition, une vision pour la région. A l’instar des élections régionales qui battent leur plein en ce moment en France, dans cette option, le wa

http://www.libe.ma/photo/1420447-1884478.jpg?v=1244539910

li se serait proposé pour gouverner la région sur la base d’une liste de promesses envers ses électeurs. Ces propositions peuvent provenir directement des revendications de la population. Il est à noter que la population de Meknès n’a eu de cesse de prévenir les autorités de la vétusté de la mosquée et les prévient aujourd'hui que 480 maisons dans Meknès peuvent se transformer du jour au lendemain en tombes, mais qui avait réellement intérêt à les écouter ? Dans le cas du scrutin régional, si par exemple le candidat avait promis qu’en cas d’élections il mettrait à niveau l’état des mosquées, et que par la suite une de ces dernières s’était effondrée, la manifestation des victimes organisée il y a quelques jours prendrait tout son sens. On pourrait même imaginer qu’une disposition démocratique du conseil régional prévoit la destitution du Wali. Et lors des prochaines élections régionales ce wali en assumerait toute les conséquences. Nous ne sommes malheureusement pas dans cette hypothèse, mais les choses pourraient changer bientôt.


La réponse du projet de régionalisation avancée

C’est dans ce cadre, entre autres, que se situe la réflexion de la commission consultative de la régionalisation avancée mise en place depuis le début de l’année. Cette commission a pour mission de concevoir un modèle pour doter les régions marocaines de plus d’attributions et de prérogatives. Toutes les idées sont les bienvenues et les partis politiques ont commencé à nourrir cette réflexion. Parmi elles, celle de l’USFP et du PPS, proposent que les conseils régionaux soient issus d’un scrutin comme le sont aujourd’hui les conseils municipaux. Il est même proposé de former des parlements pour chaque région afin que les politiques entreprises par le gouvernement régional soient discutées et débattues. Ce sont certainement des mesures qui vont dans le bon sens, le sens démocratique, mais, afin que le modèle décrit plus haut fonctionne efficacement, nous avons besoin de parfaire certains points :

Nous avons besoin de prendre des mesures très strictes et vigoureuses pour assainir le processus électoral de manière générale et notamment celui des communales qui, malgré les progrès, continue d’être entaché par la corruption et l’achat des voix. Les moyens nécessaires doivent être investis pour doter chaque campagne électorale d’un nombre suffisants d’observateurs indépendants et étrangers afin d’en juger. Surtout, il faut qu’une police spéciale se charge spécialement d’interpeller sans aucune exception chaque candidat qui utilise des moyens frauduleux pour se faire élire. Les caméras cachés et les « invités surprises » sont autant de moyens pour prendre les candidats malhonnêtes en flagrant délit. L’infraction doit être considérée également du coté des électeurs qui acceptent de percevoir de l’argent pour donner leur voix. La commission qui planche actuellement sur la lutte contre la corruption pourrait aussi proposer des moyens pour enrayer le vote corrompu de notre territoire.

Il faut imposer aux candidats de se présenter avec des programmes clairs et comparables. Il faut instituer la pédagogie de la démocratie en obligeant les candidats à proposer des alternatives aux électeurs afin qu’ils choisissent de la manière la plus objective possible. Il faut aussi instituer également des associations indépendantes dont l’objet est de comparer les politiques entreprises par les élus avec leurs programmes électoraux. Ces associations seraient autorisées à auditionner les élus dans le cas d’écart afin que ces derniers s’expliquent et justifient pourquoi est-ce qu’ils n’honorent pas leurs engagements. Une telle association aurait vite fait de demander aux wali imaginé plus haut pourquoi est ce qu’il n’entreprend pas encore la restauration de la mosquée comme il s’était engagé à le faire. Cela aurait permis certainement de sauver les vies perdues aujourd’hui.

http://medias.lepost.fr/ill/2007/09/09/h-3-1014544.jpgEnfin, il faudrait que le système régional à venir définisse très clairement qui est responsable de quoi entre les régions et les communes, cela aiderait grandement la commission d'enquête actuellement en cours sur l'incident de Meknès afin de désigner les responsables. Il faut aussi donner à chaque partie tous les moyens logistiques et financiers pour entreprendre les politiques auxquelles il s’est engagé pour son élection. En mettant en place des dispositions favorables à la démocratie, nous pourrions inciter chaque citoyen à s’impliquer personnellement à dans la bonne marche de son environnement. Ce n’est qu’ainsi que nous construirons un Maroc plus prospère et des toits pour les mosquées et les habitations qu’aucune pluies ne saurait détruire.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Politique
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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 00:32

L’annonce de la nomination de Driss Lachgar suite au remaniement ministériel du mois dernier n’était pas une chose anodine. Ce qui a spécialement choqué c’est que cet homme deviennent ministre, c'est-à-dire intégrant personnellement le gouvernement, y confirmant donc la présence du parthttp://www.telquel-online.com/289/images/image17_couverture_289.jpgi qu’il représente, l’USFP, alors que quelques semaines encore auparavant il militait ardemment pour le retrait de l’USFP de ce même gouvernement. C’est donc une totale contradiction entre les revendications et l’attitude du militant. Cette véritable volte face spectaculaire a certainement eu des répercussions très négatives sur la perception du peuple et du militant de base sur l’action politique de manière générale. Cela a porté le discrédit sur l’engagement politique et sur la fiabilité des hommes comme des partis qu’ils représentent, alors que le discours officiel dominant souhaite réhabiliter le rôle des partis dans la construction de l’édifice démocratique marocain. Cet évènement porte donc un véritable préjudice à l’effort de démocratisation du Royaume.


J’avoue ne pas connaître comment se déroulent réellement les nominations au postes ministériels au Maroc. Si la constitution stipule que le premier ministre choisi puis propose au Roi des noms pour nomination, je ne sais pas comment, dans les faits, sont choisis les individus, sur quels critères, qui sont les personnes qui influencent de manière déterminante dans ces choix, je ne sais pas si les réunions informelles qu’a tenu Mr Lachgar avec des membres du PAM quelques jours avant la nomination y sont pour quelque chose, je ne sais pas non plus si la proposition a un poste de ministre peut être refusée. Néanmoins, si Mr Lachgar avait le choix de ne pas accepter ce poste, il porte l’entière responsabilité du préjudice évoqué ci-dessus. Si ce n’est pas le cas, ce sont les éléments qui ont concouru à proposer son pour nomination qui en sont coupables. Toutefois, je souhaite demeurer fidèle à l’esprit de ce blog en restant positif. Il y a au moins un avantage à ce que Mr Lachgar soit ministre, c’est que l’idée que l’USFP, parti dit de gauche et progressiste, s’allie au PJD, parti conservateur, est suspendue (et j’espère tombée définitivement). Mr Lachgar satisfait ainsi les vœux du PAM et marque des signes de rapprochement avec ce parti alors qu’il y a encore quelques mois il déclarait dans son blog que «Le PAM est un projet qui nuit aux avancées enregistrées par notre pays». Je voudrais également saisir l’occasion pour souhaiter à Mr Lachgar un bon mandat et formuler quelques remarques et propositions quant à cette nouvelle responsabilité à exercer d’ici 2012.


Le fait d’attribuer à cette fonction un ministère et non pas seulement un secrétariat rattaché au premier ministre est honorant. On pourrait penser que cela témoigne de l’importance que lui accorde le gouvernement, et ce ne serait pas injustifié vu l’importance du rôle que devrait jouer le parlement dans le contrôle du travail gouvernemental. Or, à en croire l’absence répétée des ministres lors des séances adressée au gouvernement, on peut en douter. Mr Lachgar a donc du pain sur la planche, il y a besoin de réforme au sein même de la relation entre le gouvernement et le parlement. Notre nouveau ministre devrait dépasser le bilan qu’il a dressé pour proposer un vrai programme pour son mandat. D’ailleurs, chaque ministre doit proposer dès sa nomination son programme avec le maximum de détails possible afin de permettre de mesurer, à la fin de son mandat, s’il a bien travaillé ou pas. Alors j’espère que Mr Lachgar a une idée sur son programme lorsqu’il déclare vouloir « rationaliser l'action de l'institution législative en vue d'améliorer son rendement et son efficacité » et surtout qu’il ne compte pas encore changer d’avis en cours de route. Voilà en tout cas quelques idées issues de ma perception personnelle du parlement :


Supprimer toutes les dispositions freinant et entravant les initiatives que pourraient prendre les députés et les commissions parlementaires. Il n'est pas étonnant que les parlementaires boudent l'hémicycle si leurs marges de manœuvres et leur capacité d’intervention sont limitées.

Appliquer efficacement la réforme qui impose aux députés de déclarer leur patrimoine avant et après leur mandat. Il s’agit d’une mesure de bon sens pour prévenir que les parlementaires ne profitent de leur siège pour s’enrichir personnellement. Mais elle resterait lettre morte si elle ne bénéficie pas d’instances indépendantes pour en garantir le fonctionnement.

Faire aboutir la création de la chaîne parlementaire afin de braquer d’avantage les caméras sur nos élus et inviter les téléspectateurs à s’intéresser d’avantage au Parlement.

 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Politique
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Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /2010 20:09

  grande-1889624-2588007 Après une séance qui a fini en bagarre générale où la police a dû intervenir pour séparer les conseillers comme des enfants dans une cour, le conseil de la ville de Fès a décidé hier d’interdire le débit d’alcool dans tous les établissements et surfaces de distributions. Le maire, Mr Chabat, justifie cette mesure en voulant faire de Fès une ville « spirituelle » à l’image de la Mecque. C'est une bonne nouvelle pour ceux qui n'ont pas la chance d'aller au pélerinage !

Tout le monde sait que l’abus d’alcool est nocif pour la santé. Enfin, tout le monde, mais peut être pas au Maroc. La raison est que ce sujet demeure tabou. On ne parle pas d’alcool car ce n’est pas quelque chose qui est sensée exister. Et pourtant, elle existe. Les marocains consomment 50 millions de litres de boissons alcoolisées dont 30 millions de bouteilles de vin par an. Cela sans compter l’énorme quantité écoulée dans le circuit informel où à la nocivité de l’alcool s’ajoute le danger des bouteilles mélangées par les trafiquants.

Chabat croit il supprimer la consommation de l’alcool en enlevant les licences de débit de boisson ? Pense-il que les marocains qui ont leur petites habitudes, qui ne les regardent qu’eux d’ailleurs, vont soudainement les changer suite à cette décision ? Peut-être arrive t-il à le faire croire à son électorat. Mais ce que nous nous devons de signaler ici c'est que là où l’Etat recule surgissent les mafias. En retirant les licences d’alcool Chabat ouvre grande la voie à tous les trafiquants qui vont désormais ajouter les bières et le vin à leur liste de produits proposés. 


Des agitations politiciennes et de la poudre aux yeux

En prenant cette décision, Chabat met à mal l’industrie hôtelière et les maisons d’hôtes qui vont voir leurs clients préférer séjourner dans une autre ville pour goûter « aux produits du terroir », passant par la même occasion à coté des recettes fiscales que génèrent ces ventes. Qu’il ne se fasse pas d’idées, ce manque à gagner fiscal ne sera d’aucune utilité pour la ville de Fès, car ceux qui veulent boire feront l’effort d’aller s’approvisionner en gros dans les villes avoisinantes, peut être que de grandes surfaces qui distribuent de l'alcool ouvriront aux portes de la ville, et du spiritueux continuera donc à couler au sein même de la capitale spirituelle.

J’ai personnellement vécu une situation similaire en Libye où la consommation d’alcool est strictement interdite non pas à Tripoli mais dans tout le pays, et pourtant les consommateurs d’alcool là-bas connaissent chacun un dealer qu’il suffit d’appeler pour commander, sans parler de la réputation des touristes libyens en Tunisie qui s’abattent sur les sources d’alcool dès qu’ils dépassent les frontières, à l’image de ces touristes arabes qui viennent au Maroc pour y exercer ce qui dans leur pays est interdit.

En prenant cette décision, Chabat fait ce qui ne peut être appelé autrement que du populisme, adressé à l’électorat de l’Istiqlal. Il sait probablement que son parti s’isole progressivement et que, vu les dernières gesticulations du PAM qui souhaite former une alliance gouvernementale pour 2012 avec le RNI, l’UC et l’USFP, l’Istiqlal sera en quelque sorte forcé de s’allier au PJD, ce dernier étant le champion national en matière de lutte contre la consommation d’alcool mais pour des raisons idéologiques et non de santé.


Soyons réalistes, soyons unis

Il nous faut arrêter de se voiler la face, ce n’est pas en interdisant une pratique qu’on arrive à l’éliminer d’une société. Il faut certes réduire la consommation d’alcool chez les jeunes et chez d’autres catégories de la population car elle provoque des ravages dévastateurs. Pour cela, il faut conseiller ces gens en les informant dans le détail de tout ce que l’abus d’alcool provoque dans l’organisme et, à fortiori, dans la société. Par ailleurs, il nous faut aussi apprendre à respecter les libertés de chacun, et que les conseils communaux pondent des lois qui laissent chacun tranquille au lieu de chercher à imposer les vues des uns sur le reste de la société. Faisons des lois qui nous unissent et non qui cherchent à nous diviser dans l’hypocrisie.


Par Chraîbi Réda - Publié dans : Politique
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 23:07

Mr Mezouar a été élu durant le week-end dernier à la présidence du RNI. Le remplacement de Mr Mansouri ne s’est pas fait normalement dans le cadre d’un congrès, il a été provoqué par une procédure particulière. A l’origine, un mouvement réformateur interne se forme petit à petit pour protester contre la gestion du parti. Ce mouvement a formulé des revendications qui ne semblent pas avoir trouvé échos auprès de la direction du parti. A partir de là, ce mouvement a décidé de conquérir le pouvoir pour appliquer lui-même ses réformes. Le plus appréciable est que cette conquête s’est faite par l’application des règles internes prévues par ce parti. L’histoire nous montrera si ce mouvement réformateur est sincère ou opportuniste. Mais, il y a une leçon à retenir de cet évènement : c’est la fin annoncée du mode de gouvernance des partis basé sur le charisme des leaders.

Archaïsmes des partis traditionnels

http://analysefilmique.free.fr/analyse/d/dictateur.jpgTraditionnellement, les partis se forment autour de figures de proue qui, par leur engagement et leur sacrifice, incarnent littéralement les idéaux et les valeurs promues par le parti. Lorsque l’on parle par exemple de stalinisme, de gaullisme ou autre révolution bolivarienne, on lie explicitement le mouvement politique, c'est-à-dire cet ensemble d’idées et de projets, à une personne physique, et cela n’est pas sans conséquences. Le charisme des leaders peut donc se justifier par leur intellect ou par leur effort personnel de militantisme, mais aussi, comme c’est malheureusement encore le cas au Maroc, par les privilèges économiques ou par la proximité aux sphères du pouvoir dont ils jouissent. En tout cas, une fois cette légitimité établie, le fonctionnement du parti est entièrement tourné vers ces personnes. Ces dernières, convaincues que la destinée du parti repose sur leurs épaules, mettent entre leurs mains toutes les sources d’initiatives, laissant pour « la base militante » la seule tâche ingrate d’exécuter leurs décisions. Dans une récente apparition sur 2M, Mr Sassi (PSU) indiquait justement que le mode de gouvernance des partis traditionnels qui reposait sur le charisme des leaders les dispensait de se doter d'une structure démocratique.

Le fait de confondre ainsi charisme personnel des leaders et projets politiques d’un parti présentent beaucoup d’inconvénients. Lorsque les dirigeants se montrent sourds aux messages de leurs militants et se bornent à se conduire comme ils l’entendent, ils suscitent la frustration et, souvent, la désunion. A propos, L’USFP est un véritable cas d’école en la matière puisqu’il n’a cessé de voir des groupes internes se désolidariser et s’en aller créer de nouvelles formations. On se retrouve aujourd’hui paradoxalement avec des partis portant des noms différents mais qui affichent grossièrement le même projet politique. A la désillusion des militants qui ont fait scission s’ajoute la perplexité de la société. Au final, c’est le projet politique qui autrefois réunissait tout ce beau monde qui en victime, en témoigne les bas scores électoraux et le poids politique affaibli de ces groupes disparates.

Du pragmatisme et de la justice

Le salut des idéaux et du parti qui les porte vient de la démocratie interne qui le régit. La modernité ici réside dans le fait d’attribuer, non pas à des personnes, mais à la force des idées et de la structure interne au parti les garanties de constance et dynamisme du parti. La démocratie interne doit reposer sur un ensemble de règlements, procédures et organisations qui lui garantissent certains principes vitaux dont ceux-ci :

  • Le fond idéologique du parti doit provenir en priorité de la base militante. C’est dans un mouvement de la base vers la direction, et non le contraire, que doivent s’acheminer projets de sociétés concrets et autres propositions de réformes. C’est là qu’est censé résider la force vive du parti.

 

  • L’exercice de la direction doit être transparent. Les comptes financiers et moraux doivent être produits et défendus régulièrement. Des entités indépendantes doivent pouvoir auditer le travail de la direction.

 

  • Les mandats des responsables à tous les niveaux doivent être limités afin de garantir une rotation qui donne un nouveau souffle à ces postes.

 

Ces principes sont appliqués en façade et à des degrés différents par les partis marocains. Il m’est arrivé d’assister à une université d’été d’un parti au Maroc et à des ateliers de débats pour proposer des programmes, même si je ne savais où s’acheminait le flux d’idées produit ni ce qu’il en était fait. La situation n’est donc pas nulle, mais bien des choses restent à améliorer, notamment en termes organisationnels. Les partis qui me semblent dotés d’une structure moderne aujourd’hui sont le PJD, le PSU et, à ce que je vois, le RNI quoi que ce dernier a compté dans ses rangs Mr jaouhari, ex député de Meknès, aujourd’hui poursuivi pour trafic de cocaïne. Le PAM est typiquement le parti qui repose sur le charisme de son leader (charisme attribué par contagion dirait les sociologues). L’USFP quant à lui semble à peine entamer sa réforme maintenant que son secrétaire général a été libéré de sa fonction ministérielle.

Pour inciter les partis à se moderniser, l’Etat a déjà promulgué une loi qui constitue une bonne avancée. Cette loi n’a toutefois pas mis un terme au phénomène de transhumance politique, le plus souvent au profit du PAM depuis sa création comme c’est le cas cette semaine encore où une trentaine de conseillers communaux de la région de Fès appartenant à l’Istiqlal et au RNI ont migré en groupe vers le tracteur. J’aurais pensé qu’il serait bon que cette loi aille plus loin et détermine avec beaucoup plus de précision le mode de fonctionnement et de direction des partis comme c’est le cas pour les entreprises. Après tout, les partis ont une fonction pour la société, et une responsabilité envers elle, toute aussi importante.

Néanmoins, lorsqu’on sait combien des lois comme celle de la moudawana peinent souvent à trouver stricte application par les juges, combien de droits de travailleurs basiques tel le droit de percehttp://www.haca.ma/images/photos/MohamedNaciri.JPGvoir le salaire minimum, de former syndicat ou être déclaré à la CNSS sont bafoués, on peut douter qu’une loi plus stricte envers les partis ne soit en elle-même efficace. Avant d’en arriver là, nous avons besoin de nous doter d’une justice intègre et indépendante qui applique correctement la loi et qui garanti tous les droits. C’est bien la justice qui a aidé le mouvement réformateur du RNI a exigé l’application des dispositions prévues par le règlement et la tenue de son assemblée exceptionnelle, c’est aussi la justice qui devrait permettre aux militants des partis d’exercer un pouvoir de contrainte et de contrôle envers leurs directions. Décidément, la réforme de la justice actuellement en cours est la mère de toutes les réformes. Mr Naciri, nous comptons sur vous pour construire un projet efficace qui réponde aux nobles objectifs. Pour l’amour de la patrie, ne nous décevez pas.
Par Chraîbi Réda - Publié dans : Politique
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