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Société

Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 22:21

http://www.laprovince.be/zc/thumb300x200/mediastore/_2009/septembre/hermes/ID4127493_couteau_H21K4L_0.JPG.jpgAprès une journée de cours dispensés à l’Institut Annasr de Aïn Aouda (Temara), trois enseignantes se dirigent vers la sortie où elles subissent l’assaut à l’arme blanche d’une bande de délinquants. Une d’elles n’arrive pas à fuir. Il est environ cinq heure de l’après midi lorsque cette victime s’effondre suite aux coups et blessures qu’elle reçoit, dont une hémorragie à la tête. Elle aurait certainement pu y laisser la vie si des personnes sur place n’avaient pas eu le courage de chasser les assaillants et de la porter aux urgences*. Aujourd’hui en convalescence, cette dame se demande probablement si elle censée risquer sa vie et son intégrité physique pour exercer son noble métier.

Un cri d’alerte au grand jour pour protéger l’école

Malheureusement, ce fait divers n’est pas isolé. L’école est devenue ces dernières années un terrain privilégié pour les agresseurs, voleurs et autres dealeurs de drogue. La majorité des villes du Royaume sont concernées. Les élèves sont serrés à la sortie des classes, pour un portable ou un iPod. Les filles subissent harcèlement sexuel et moral, pendant que les dealers sévissent sur des mineurs forcément naïfs.

Si la montée de la violence dans les rues peut être expliquée entre autres par le manque d’éducation et les frustrations sociales, il n’est pas normal d’abandonner l’école à ce sort. Comment s’expliquer que les agences bancaires et les magasins de commerce par exemple sont tous gardés par un vigil alors que les écoles ne sont pas gardées ? L’enseignement serait-il moins important que la monnaie et le shopping ?

Heureusement, certaines initiatives aboutissent ici et là. Le lycée Lyautey a mis en place un système de sécurité privé qui a réduit significativement l’insécurité à ses portes. Le lycée El Ouaha quant à lui a bénéficié d’agents de sécurité affectés par les autorités tandis que des associations de parents d’élèvent du lycée Khenata Ben Bakar à Casablanca ont pris l’initiative d’instaurer un système de sécurité. Ce sont des mesures efficaces, mais combien de lycées marocains demeurent sans protection ? Combien d’autres drames comme celui de cette enseignante à attendre avant de prendre des mesures d’envergure ?

Un gardien pour l’école, un éducateur pour les délinquants

Il doit être inscrit dans la charte ou le cahier des charges de tous les établissements scolaires de mettre en place d’un système garantissant la sécurité des élèves et du corps enseignant. Les écoles privées doivent engager des vigils ou une entreprise de sécurité. Les écoles publiques doivent pouvoir bénéficier systématiquement d’agents fournis par les autorités. Ce personnel doit être en mesure d’assurer la sécurité et de collaborer avec la police pour la traque des délinquants et des dealers de drogue.

Puisque tous les élèves n’ont pas la chance d’être attendus par une voiture pour les accompagner chez eux, les écoles doivent être obligées d’assurer le transport des élèves et du personnel. Des bus faisant des rondes par quartier faciliteront leur vie quotidienne. Le coût de fonctionnement de ces bus ainsi que des agents de sécurité serait certainement inférieur à celui de l’insécurité. Il aurait été préférable pour tout le monde que l’Etat se charge de la sécurité de cette enseignante plutôt que de lui payer aujourd’hui son arrêt maladie qui s’est imposé à elle et dont elle se serait bien passée.  

Enfin, le mal, dont cette délinquance est un symptôme, doit être traité à la source. Des éducateurs de rue doivent être employés afin d’aborder les jeunes errants et de les aider à s’orienter vers une voie plus saine pour eux. C’est que la violence qui surgit d’une personne n’est que peu de choses à coté de la souffrance qui brûle en elle.


 *Source : Article d’Assabah

 


Par Chraîbi Réda - Publié dans : Société
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 20:48

La culture chinoise se renforce au Maroc 

Ainsi vient d’ouvrir à Rabat le 3 décembre l'Institut Confucius, né d'un partenariat entre l'Université Mohammed V-Agdal et l'université de Pékin pour les études internationales, selon le communiqué de la MAP. Le Maroc rejoint donc les quelques 80 pays où sont répartis près de 3000 autres Instituts Confucius. Les enjeux de l’ouverture de cet Institut sont perçus différemment en fonction des objectifs qu’on lui assigne.

Mr Boutaleb Joutei,  Président de l'Université Mohammed V-Agdal met l’accent sur l’apprentissage de la langue. Il souligne, à juste titre, combien le poids économique et politique de la Chine prend de l’importance depuis des décennies et qu’il est grand temps pour que l’enseignement du chinois soit fortement promu au Maroc afin d’être en mesure de profiter d’avantage d’une coopération positive avec ce géant.

Mr Zhou Lie, quant à lui, confirme que cet Institut se chargera en effet d’enseigner la langue, en fournissant les moyens matériels et humains nécessaires, mais laisse entendre que son objectif est aussi de participer à la promotion de l’échange culturel entre le monde arabe en général et la Chine, rapporte l'article de Libération. La promotion de la culture chinoise est en tout cas clairement affichée pour l’Institut Confucius de Paris.

Quoi de bon à prendre dans la culture chinoise ?

De part son étendu extraordinaire, la culture chinoise ne peut être dignement résumée en un seul billet, mais j’aimerais mettre le doigt sur un des fondements de cette culture dont l’origine revient justement à …Confucius lui-même : Un homme qui a vécu voici 2500 ans et qui a légué ce qu’on nomme aujourd’hui le confucianisme. Cette philosophie fait l’objet d’immenses études mais je choisi ici volontairement certains aspects qui mérite attention.

Confucius n'a pas chercher à s'ériger en maître à penser, au contraire il voulait développer chez ses disciples l'esprit critique et la réflexion personnelle.

Alors que de son temps, les empereurs et princes locaux se succédaient par héritage du sang, il a instauré un enseignement ouvert à tous, fils de princes comme humbles paysans. Les hauts dignitaires et fonctionnaires de l’Etat n’étaient donc plus désignés pour leurs appartenances familiales mais pour leurs compétences, leur savoir et la sagesse acquis dans l’enseignement. Aujourd’hui, on nomme cela « la méritocratie », une des bases de la démocratie. A l’époque c’était une révolution !

Confucius considère qu’il va de soi de se soumettre au père et au prince, car cela garantit la cohésion familiale et nationale, mais incite à apporter des critiques constructives, et ce dans le respect et la dignité, lorsqu’on estime que le père ou le prince se trompe de direction.

Enfin, le Maître Kong souligne l’importance de perpétuer les rites et les traditions commémoratives. Non pas qu’il était fervent croyant aux mythes et croyances de son entourage, mais il estimait que perpétuer les rites sociaux favorise l’harmonie du peuple et le sentiment des individus d’appartenir à un seul corps. Les sociologues modernes lui donneront entièrement raison.

Echange, métissage, diversité, richesse, prospérité

Si les chinois ont aujourd’hui une sulfureuse réputation en matière de contrefaçons en tout genre, leur culture, qui compte parmi les plus illustres de l’humanité, a certainement beaucoup à nous apprendre.

Développer « l'esprit critique et la réflexion personnelle » chez nos concitoyens marocains est une entreprise globale qui doit accompagner tous les aspects de la vie d’une personne. L’école d’abord doit être un lieu où les enfants et les adolescents apprennent à penser et non pas « apprennent par cœur ». Il ne s’agit pas de changer radicalement le contenu des matières, mais de changer la manière dont les élèves accèdent à ce contenu, car c’est la méthode que l’on retient au final.  Aussi, la philosophie, mère de toutes les sciences, doit avoir une place centrale dans l’enseignement, les élèves doivent s’y initier le plus tôt possible en tant que discipline afin d’apprendre à réfléchir. Puisse l’actuelle réforme de l’enseignement prendre en considération ces aspects. Ensuite, développer l’esprit critique dans la vie adulte, c’est favoriser le dialogue social dans l’entreprise, favoriser les divergences d’opinions dans les journaux, et c’est aussi inviter les gens à donner leur avis sur les sujets qui les intéressent, que ce soit dans le cadre de rencontres-débats ou dans des forums.

C’est dans ce cadre que s’inscrit la  soumission critique au père et au prince. Les élus de la nation doivent être respectés, et non pas craints, pour le service qu’ils sont censés rendre à la nation en la servant, mais cela devrait se faire dans un environnement qui admet et entend aussi les critiques et les opinions divergentes sur la manière dont ils agissent si cela s’avère nécessaire. Ainsi, pourraient-ils bénéficier de conseils supplémentaires tout en permettant au premier concernés de se sentir entendus et intégrés. L'art de gouverner réside aussi dans la concertation.

La méritocratie ne semble pas non plus épouser notre culture locale pour le moment, pourtant elle est indissociable de la justice et de la démocratie. L’accès à l’enseignement doit être assuré pour tous et dans des conditions équitables. Cela implique de mettre des dispositions pratiques pour les élèves dans le milieu rural. Les « pistons » doivent être bannis afin que les postes de responsabilité et les opportunités de travail reviennent aux plus méritants et non aux favorisés. Les appels d’offre publics doivent gagner en transparence et s’attribuer aux meilleurs offrants et non à la corruption.

Enfin, la pratique et le respect des rites ont depuis toujours soudé les sociétés humaines. Par exemple, le 11 janvier ou le 18 novembre, ne devrait pas être de vulgaires jours fériés où la plupart chôment ou n’ont pas cours sans même savoir pourquoi le jour est férié. Au contraire, des activités thématiques et tout aussi obligatoires doivent être proposées pour raviver la mémoire collective de ces moment fondateurs de notre nation et le sentiment d’appartenance à cette communauté appelé Maroc.

A l’heure où notre société est partagée entre une « wahabisation » rampante et télé-importée, et une « californication » où le model occidental se présente au marocain comme la référence, il serait bon de s’ouvrir aussi aux cultures asiatiques, à leur mode de vie et leur vsion du monde. L’idée n’est pas de chercher à tout va des cultures étrangères pour habiller le Maroc, mais de s’enrichir de l’échange et du métissage des civilisations, d'en prendre de la graine. Remarquez qu’un des symboles ou clichés typiques du Maroc est cette image de théière, pourtant c’est bien du thé chinois qui y infuse et ce depuis toujours. Nous y avons néanmoins ajouté de la menthe pour la touche perso. 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Société
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /2009 22:00

Les faits :
Beaucoup de choses ont été dites sur ce qu’on peut appeler aujourd’hui « l’affaire MALI », autant
chez nous que dans la presse étrangère.

Certains avancent que le Maroc a franchement mieux à faire que de proposer le droit de ne pas jeuner durant le Ramadan. En effet, la réforme de l’éducation ou de la justice, pour ne citer qu’elles, sont certainement plus urgentes et plus utiles. Mais le progrès dans certains domaines n’empêche ni n’entrave celui dans d’autres. Concernant la question du jeûne, le progrès consiste à discuter et à entendre l’avis de tous sur cette question.

D’autres ont minimisé la portée de cette action en comptant le nombre infime de personnes formant le MALI (une dizaine somme toute) comparé aux 30 millions de marocains. Il est vrai que le groupe est réduit par ses membres, mais il est certain que si leur action a eu autant d’échos c’est que le sujet porté au devant de la scène concerne bien plus que 10 personnes au Maroc. Contrairement à la France qui veut légiférer sur la burqua portée par quelques 300 femmes sur le territoire, nous avons ici affaire à une problématique d’envergure au moins nationale.

Enfin, on peut aussi sous-estimer l’enjeu derrière cette revendication. Après tout, il s’agit seulement du droit de ne pas jeuner durant Ramadan. Qu’ils aillent le faire chez eux répondent la plupart. Or, cette initiative inaugure bien plus que le droit du Ramadan. Il s’agit du droit de vivre sa foi, ou le manque ou l’absence de sa foi, en toute liberté. Il s’agit de la marge de la liberté légale vis-à-vis de la loi religieuse. En fin de compte, il s’agit de la question de la laïcité au Maroc.

 

Analyse :

Il est curieux, de la part des oulémas et d’autres, de critiquer le bienfondé de cette action uniquement en opposant la loi, alors que le but même de cette action est de changer la dite loi. La question n’est donc pas de savoir si oui ou non ils ont le droit aujourd’hui de ne pas jeuner, mais quel est le sens de cette loi ? Pourquoi cette loi devrait être maintenue ou au contraire supprimée ?

Il est aussi maladroit d’accuser le MALI d’inciter les marocains à ne pas jeuner. Il existe une nuance entre militer pour le droit individuel à ne pas jeuner, et inciter les autres que soi à ne pas jeuner. A titre d’exemple, donner le droit aux femmes de demander la rupture du contrat de mariage n’est pas une incitation à divorcer mais un droit de vivre sa vie de couple en liberté. On peut donc tout à fait, ne serait-ce qu’imaginer, un Maroc où toute personne est théoriquement en droit de ne pas jeuner en public mais qu’en même temps tous les marocains observent ce rite avec conviction. Si le MALI avait appelé les marocains à ne pas jeûner, comme l'a mal compris le prédicateur Abdelbari Zemzmi, il aurait été juste de qualifier son acte d'incitation à dévier de la religion, de "fitna", et de les mettre hors état de nuire. Mais je n'ai vu nulle part un tel appel. Ils ont plutôt demander le droit pour eux même, et eux même seulement, de ne pas jeuner en public, allant jusqu'à s'auto attribuer ce droit pour créer le buzz.

Néanmoins, je suis un légaliste. Je suis donc contre le fait qu’une personne ou qu’un groupe contrevienne délibérément à une loi même si cette loi lui parait injuste. Ici réside, à mon sens, l’erreur du MALI. En bravant publiquement la loi, ce groupe s’est offert à toutes les critiques les plus grossières qui ne se sont pas encombrées des nuances dans leurs revendications. Cela sans parler de l'irritation et la suspicion que provoque l'intervention de la presse étrangère dans ce genre d'affaires. Il aurait probablement été plus opportun d’ouvrir un débat sur cette loi, sans passer à l’acte. Cependant, la question posée se heurte au tabou et à tout le poids des traditions qui ne sont pas ouverts au changement. A ce rythme là, le Maroc n’est pas prêt de voir émerger un consensus majoritaire sur la liberté individuelle vis-à-vis de la religion.

Et pour cause, excommuniés en première page par le journal Al alam (journal du parti du premier ministre) proclamant "qu'ils ne sont pas des nôtres", les membres du MALI sont aujourd’hui harcelés et menacés de mort en attendant leur jugement, alors qu’une application stricte des lois islamiques conduirait normalement au plus à une peine de deux mois de jeûne ou de nourrir 60 pauvres. Nous aimons tous voir nos convictions confortées et confirmées par notre entourage, mais le déchainement de cette violence trahit probablement une fragilité des opinions sur le sujet et une peur démesurée de ce qui est différent de soi.

 Rappelons que l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Maroc est signataire, inclut les stipulations suivantes :

« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté d'avoir ou d'adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction,  individuellement ou en commun, tant en public qu'en privé. [...] La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection [...] de la morale d'autrui. ». Ces dispositions légales ne manquent pas cependant de contredire les articles de la constitution et de loi marocaine. 
 

Proposition :

L’intégrité physique et morale des membres de MALI doit être garantie et préservée par les autorités. Jusqu’à preuve du contraire, ils ne sont accusés ni de meurtre ni de vol, alors que bon nombre de voyous en col blanc circulent encore sans inquiétude. Les autorités devraient entendre l'appel de Human Right Watch et cesser les actions de la police, arrestations à répétition et visites inopinées aux domiciles contre les membres de ce groupe.

Le sujet abordé par le MALI, ainsi que le sujet du rapport des libertés individuelles vis-à-vis de la religion de manière générale doivent être abordés et discutés. Dans un planning qui ne déborde pas sur le mois de la spiritualité par excellence (disons à partir de maintenant..), ces débats ouverts devraient avoir pour objectif non pas de contrevenir à la loi mais de réfléchir au sens de chaque mot évoqué par cette question : Que signifie la liberté individuelle ? Qu’est ce que le respect de l’opinion ? Comment devient on "notoirement connu pour son appartenance à l'islam" comme dit le fameux article 222 du code pénal ? Y a-t-il place pour autre chose que l’islam dans la marocanité ? Est-ce que la diversité est source de richesse culturelle ou d’instabilité ? Le progrès est à faire dans la connaissance et dans les mentalités. Ce débat n'est pas un piège comme le prétend Jamal Hajjam (du journal L'opinion), c'est une nécessité à laquelle tout le monde y gagnera. L'islam n'incite t il pas à réfléchir ?

"Discuter d'une liberté individuelle qui ne respecte pas l'islam ouvre la porte au non-respect de la patrie et de l'institution monarchique" prévient d'emblée Abdelbari Zemzmi. De son coté, Sarah  Leah Whitson, directrice pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord à Human Rights WatchTout, pense que tout gouvernement peut certes intervenir lorsque la morale publique est réellement menacée. Mais pas lorsque cela bafoue les droits fondamentaux des personnes. 

  Pour ma part, je ne suis pas théologien, mais je pense que champ religieux et la oumma musulmane au Maroc gagnerait à laisser libre le choix aux marocains d’appliquer les rites. Une personne qui a choisi en toute liberté de jeûner alors qu’elle est tout à faire libre de ne pas le faire agit de manière active: elle a choisi. Alors qu’une personne qui jeune pour la simple raison qu’elle imite son entourage, qu’elle veut éviter les condamnations et qu’elle n’a pas le choix n’agit pas, elle subit : elle est passive.  Le débat est en tout cas lancé. 

Mon rêve est que notre société porte des marocains qui vivent leur foi avec choix et conviction, sereins dans leur pratique du culte, et qui respectent leurs frères qui choisissent une autre manière de vivre. 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Société
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Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /2009 12:32

Constat :

De l’actuelle polémique sur le sondage censuré, mais désormais célèbre, j’ai retenu les chiffres suivants concernant l’opinion des marocains sur la réforme du code de la famille  :  Ils sont 49% à penser que la réforme donne trop de droits aux femmes, 30% à juger qu'elle en donne suffisamment et ne doit pas évoluer, contre 16% qui jugent qu'il faut aller encore plus loin. Je dois certainement mal connaître la société marocaine pour être surpris de ce score, et la dure réalité s’impose à moi en apprenant que, lundi dernier, un jeune homme a brûlé sa femme ainsi que sa belle mère car il n’a pas supporté la décision de son épouse de demander le divorce.


De ces statistiques, la rédaction du journal Lemonde, qui a collaboré à ce sondage, a conclut à un machisme généralisé au Maroc, ce qui n’a pas manqué d’irriter plus d’un. Quel enseignement devrions-nous tirer de ces résultats ?


Analyse :

Le machisme se définit comme étant une attitude, ou un système social, fondés sur l’idée selon laquelle l’homme serait supérieur à la femme. En soi, cette définition n’est pas péjorative. Il revient à chacun, homme ou femme, d’estimer la position qui lui revient dans la société, selon son éducation ou selon sa propre interprétation de la religion. Le qualificatif de machisme est d’ailleurs relatif : Le marocain moyen est certainement plus machiste que l’européen moyen, mais certainement moins que le saoudien ou le pakistanais moyen. Aussi, le machisme est en général commun à la plupart des communautés fortement religieuses.

Pour ma part, je crois en l’égalité des sexes. Je crois que les conditions sociales du moyen âge qui ont probablement nécessité une disposition avantageuse à l’homme ne se justifient plus au 21e siècle. J’adhère aussi au propos du Roi lorsqu’il dit : « Il est nécessaire de s’inspirer des desseins de l’Islam tolérant qui honore l’homme et prône la justice, l’égalité et la cohabitation harmonieuse, et de s’appuyer sur l’homogénéité du rite malékite, ainsi que sur l’Ijtihad qui fait de l’Islam une religion adaptée à tous les lieux et toutes les époques, en vue d’élaborer un Code moderne de la Famille, en parfaite adéquation avec l’esprit de notre religion tolérante »                

De là, il semble que la réforme du code de la famille, qui figure parmis ce qui m'a le plus marqué positivement du bilan du Roi durant cette première décennie, ait besoin d’être accompagnée par des mesures afin de promouvoir son acceptation et son application dans la société.


Proposition :

Il est nécessaire d’entreprendre toutes les initiatives visant à faire évoluer les mentalités au sujet des droits de la femme. Tous les champs de la culture doivent être investis dans cette entreprise. Les films, les émissions radios, les livres et les représentations artistiques de tout genre doivent interpeler les gens sur les vices et les dérives qui naissent de la discrimination des femmes.

La réforme de la moudawana est intimement liée à une relecture de la doctrine religieuse. Le champ religieux marocain doit s’investir également pour accompagner et soutenir cette réforme, à défaut de quoi nous risquons de la voir d’avantage rejetée. La formation des prédicatrices doit de son coté insister sur la nécessité de faire progresser le statut de la femme, ce qui est aussi une manière de lutter contre les discours extrémistes.

Enfin, il est indispensable que la justice prenne réellement acte de cette réforme et applique ses articles de loi. A titre d’exemple, la polygamie, strictement encadrée, et le mariage de mineurs, désormais interdit, persistent voire prennent de l’ampleur alors qu’ils sont sensés diminuer. La volonté politique doit accompagner les associations féministes à préserver cet acquis qui fait rayonner la fierté du Maroc dans le monde entier. 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Société
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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /2009 12:43

 

Le respect de la différence des autres nous garantie notre propre liberté.

Etat des lieux :
Le débat sur ce qui est interdit et ce qui est licite en matière d'habillement se rencontre partout dans le monde. Certains comme en Iran franchissent le pas de l'interdiction légale et répriment les femmes qui laissent dépasser une mèche de cheveux de leur voile, y voyant un signe de dépravation. D'autres en France souhaitent interdire le voile intégrale, dit burqua, y voyant une atteinte aux valeurs républicaines. Au Maroc, il n'y a pas de lois en matière de voile, bien que certains moralisateurs prétendent interpréter la loi divine en ce sens. Ici, comme en Palestine, certains hommes semblent essayer de dompter leur pulsions en s'en prenant à l'apparence des femmes.
 

Problématique :

Obliger une femme à porter le voile ne lui fera pas porter pour autant la pudeur. Nombreux sont les cas de femmes voilés dont le comportement est contradictoire, et les cas de femmes habillées légèrement mais doté d'un comportement pudique impeccable.


Interdire à une femme de porter la burqua ne lui fera pas changer de mentalité, mais lui fera probablement changer de lieu de résidence ou de mode de vie.

Ceux qui souhaitent que toutes les femmes se voilent expriment des craintes compréhensibles mais infondées. Il est légitime de vouloir conseiller et aviser les femmes, attirer leur attention sur leur comportement, il est même louable de chercher à conserver la tradition et la culture qui soudent notre identité, mais il est illégitime de chercher à imposer sa propre vision et interdire aux autres de vivre de la manière qu’il leur semble convenable. 

Ceux qui veulent interdire le voile intégrale expriment aussi des craintes compréhensibles mais insensées. On ne sait pas qui se cache derrière la burqua, oui mais personne ne prête attention aux autres dans la foule. Ceux qui veulent se cacher se masquent derrière une barbe et des lunettes. Sous la burqua on pourrait dissimuler une bombe, oui mais les auteurs des attentats prennent soin de s’habiller et se raser de manière conventionnelle justement pour se fondre dans la masse. Cette manière de s’habiller ne représente pas notre culture, elle est importée du moyen orient, oui mais il n’est dit nulle part que la mode doit être importée de partout dans le monde sauf du moyen orient. Ce mode vestimentaire est choquant, oui comme l’a été le jean taille basse, le maillot deux pièces et la mode gothique à leur parution, jusqu’à ce que cela devienne banal.

Le débat sur le code vestimentaire cache souvent une xénophobie ou un racisme qui ne dit pas son nom, ou trahit des lacunes politiques sur des sujets sociaux bien plus vitaux.

 

Proposition :

Chaque personne doit être libre de s’habiller comme elle le souhaite dans les limites conventionnelles de la pudeur. Ces limites doivent être flexibles afin que ce soit la liberté qui forge les frontières de la pudeur et non pas des limites arbitraires qui contiennent la liberté. Que celles qui veulent suivre la mode afghane le fassent, comme celles qui veulent suivre la mode "Cosmopolitan", et que celles qui veulent se déguiser en Teletubbies dans la rue soient libres de le faire.

Cette liberté doit être protégée grâce à des lois contre le harcèlement. Une marocaine doit avoir le droit de marcher dans la rue sans subir des commentaires insultants. Elle doit être protégée aussi des pressions théologiques qui considèrent le fait de ne pas porter le voile comme un pêché grave.

La banalisation des codes vestimentaires est un moyen ludique de les intégrer dans la société. Comprendre l'état d'esprit de ceux qui s'habillent d'une manière ou d'une autre permet d'accepter leur différence. L'humour doit aussi avoir toute sa place dans cet autre rendez-vous de la mondialisation.

 

 

 

 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Société
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