Abonne toi au Podcast iTunes

Annuaire Blogs

Main sur le coeur

Ton avis sur ma proposition

Justice

Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /2009 13:16

Les faits :

Peut être un symptôme du faible niveau de l’action politique au Maroc, il semble que ces derniers temps, au parti de l’Istiqlal notamment, quiconque veuille faire parler de lui tire injustement sur l’honneur d’une des plus grandes figures politiques du Maroc.

En Mai dernière déjà, Hamid Chabat, alors qu’il affronte un défi politique devant l’élection à l’UGTM et à la mairie de Fès, défraie la chronique en déclarant que Ben Barka est un tueur, en faisant références à des évènements au Maroc qui se seraient produits dans les années 50. Etait il déjà né à cette époque ? peut être pas mais aujourd’hui il est à la tête de l’UGTM et est réélu à la mairie de Fès.


 Ce mois, le journal Almassae publie une interview d’un autre istiqlalien, Abdellah Bekkali, où il remue le couteau dans la plaie. Il déclare que, si certaines personnes glorifient la figure du résistant, chacun aurait le droit de considérer Benbarka comme il veut. Lui aussi, comme Chabat, affirme que Benbarka était istiqlalien et non de l’USFP. Quel siège brigue Bekkali ?

 

Analyse :

Qualifier une personne de criminel n’est pas une considération comme une autre. Il s’agit d’une accusation. Quel intérêt aurait certaines personnes d’accuser Benbarka plus de 40 ans après sa disparition ? La raison que je vois est le coup bas politicien. Comment ? Benbarka a depuis longtemps était une des figures majeures auxquelles s’identifie l’USFP, donc tirer sur Benbarka revient à tirer sur les partis de gauche de manière générale. Pourquoi ? parce que Benbarka a quitté le parti politique unique au Maroc de l’indépendance, l’Istiqlal, le jugeant trop bourgeois et trop à droite pour ses convictions démocratiques, pour fonder l’UNFP. L’USFP est née d’une scission de l’UNFP après que certains de ses militants comme Habib Malki et Fathallah Oualalou ont décidé la création d’un nouveau parti pour se démarquer idéologiquement. A ce moment là, Benbarka avait disparu depuis 10 ans, mais l’USFP a continué jusqu’à aujourd’hui* à honorer à chaque occasion la mémoire des martyrs de la lutte démocratique au Maroc. Vu ainsi, on peut dire que Benbarka est plus proche de l’USFP (qui a été à la base un courant dans l’UNFP) que de l’Istiqlal qu’il a quitté de son vivant. Alors oui, Benbarka a été une des figures majeures de l’Istiqlal du temps où ce parti avait pour seul objectif de libérer le Maroc du protectorat français. Mais il est cependant faux de dire qu’il est Istiqlalien, même si les faits dont il est accusé remontent à cette période de parti unique.

Une autre raison, comme je l’ai mentionné plus haut, est de profiter de cette polémique pour faire parler de soi.

Cette attitude est déplorable car elle ignore un principe fondamental de droit : la présomption d’innocence. Dans le moyen âge, et encore aujourd’hui visiblement, certaines personnes pouvaient surgir brusquement dans la foule et accuser bruyamment un tel ou une autre d’être un voleur, un traitre, un fornicateur, une sorcière, etc, précipitant immédiatement ainsi sur la victime les foudres de la foule qui n’attend qu’un prétexte pour projeter tous ses démons, et ce sans vérifier la véracité des accusations. Ayant remarqué que ces indexations arbitraires sont une offense aux droits humains les plus élémentaires et qu’ils créent une confusion puisque chacun peut juger facilement quiconque, les sociétés modernes ont remis à leur système judiciaire le droit exclusif d’accuser les hommes et ont interdit de fait qu’une personne puisse accuser qui que ce soit en dehors des formes que prévoit l’ordre judiciaire. La présomption d'innoncence est actuellement consacrée par le système judiciaire marocain.

De fait, en agissant ainsi, ces leaders du parti dirigeant du gouvernement marocain se font d’abord offense à eux même et à leur image, puisqu’ils montrent à quel point ils méprisent l’ordre et la justice. Justice dont Chabat semble échapper une fois de plus après que la chambre correctionnelle du tribunal de 1ère instance de Rabat ait rejeté lundi dernier la plainte à son encontre alors qu’il est poursuivi, avec d’autres, pour occupation du siège de la MGPAP, recours à la violence, injures et diffamation, obstruction du travail normal et incitation, ingérence dans des domaines relevant de l'autorité administrative, en investissant les bureaux pour empêcher l'exécution d'ordres émis par l'administration et outrage à fonctionnaire. En aout, ce même tribunal avait rejeté la plainte de la jeunesse USFP contre Hamid Chabat au sujet de son accusation de Mehdi Benbarka.


Proposition :

Toutes les personnes qui accusent Benbarka de meurtre devraient être traduites en justice pour violation de la présomption d’innocence. Leurs mandats respectifs ou leurs fonctions au sein des partis ne saurait les mettre au dessus des lois. Ici la preuve du délit est flagrante.

S’ils tiennent absolument à porter des accusations posthumes envers Benbarka, et ce à la place des familles des victimes (Bendriss ?) je les invite à saisir la justice et construire dossier d’accusation et plaidoyer afin de faire les choses dans les règles. Pour le moment, Chabat prétend se baser sur des livres d’histoires pour étayer ses accusations. Je n’ai pas lu encore ces livres mais je sais qu’un historien, quel qu’il soit, ne se substitue pas à un juge.

S’ils n’ont aucun respect pour les martyrs de la résistance marocaine, je les invite à se montrer dignes des fonctions politiques qu’ils occupent en respectant au moins le système judiciaire marocain.

  

*Une exposition en hommage à Mehdi Ben Barka sera organisée aux Oudayas à Rabat le 31 octobre.

  


 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Justice
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /2009 19:00

Etat des lieux :

Le cas se base sur ce malheureux fait divers qui a fait l’objet de ce reportage sur 2M

 


Ce qui n’est pas dit dans le reportage, mais précisé dans Almasse, est que le juge accusé a tenté de soudoyer le père de la victime pour taire cette affaire. Ce dernier, qui a vu la vie de sa fille basculé dans l’enfer, a refusé de marchander ce crime et a participé à la manifestation de samedi devant la cours d’appel d’Oujda aux cotés d’associations de protection de l’enfance.

 

Problématique :

Les organisations des droits de l’homme à l’échelle mondiale bannissent le travail des enfants, et le considère comme de l'esclavage. Nous sommes tous d’accord que, dans le meilleur des mondes, la place de l’enfant est à l’école et dans les parcs de jeux. Néanmoins, le Maroc n’est malheureusement pas le meilleur des mondes pour une bonne partie des enfants. Ces derniers ont pour mission, dès leur jeune âge, d’aider leur père à subvenir aux besoins de la famille. Cela se traduit souvent pour les jeunes filles de se voir placées dans des foyers en tant que servantes. Le nombre d’enfants travailleurs de moins de 15 ans s’élève au Maroc à 177.000, dont 66.000 enfants servantes.

Le souci vient non seulement de ce que ces enfants sont ainsi privées d’enfance et d’éducation proprement dite, mais aussi du fait que les conditions de vie pour ces enfants est totalement précaire.  Elles ne bénéficient en effet d’aucune garantie quelle qu’elle soit quant à leurs conditions de travail (nature des tâches à exécuter, horaires, logement, etc), ni ne bénéficient de la rémunération de leur travail. Ce faisant, elles demeurent à la merci de leur employeur, de sa bonté ou de sa cruauté. Human Right Watch dénonce "des abus physiques et verbaux fréquents, refus d’éducation, de nourriture et de soins médicaux appropriés, et du harcèlement sexuel de la part d’employeurs ou de membres de la famille de leurs employeurs". Pour le cas de la petite Zineb, originaire de Taza, la cruauté semble avoir atteint son paroxysme, mais combien d’autres Zineb souffrent tous les jours dans les foyers où elles travaillent ?

Pour le Maroc, comme pour d’autres pays pauvres, cette situation est dramatique et nécessite d’être corrigée progressivement. Il est peut être utopique de proclamer et d’interdire de faire le travail des enfants sans donner des alternatives, mais le chemin vers cette utopie peut être gravi pas à pas.

  

Proposition :

Accorder des aides sociales aux familles les plus pauvres afin qu’elles ne soient pas contraintes de faire travailler les enfants au lieu des le envoyer à l’école. La scolarité pour cette catégorie de la société devrait être totalement gratuite tant pour l’enseignement que pour l’équipement scolaire. A ce propos, l’opération de distribution de cartables équipés est une bonne initiative qui devrait être étendue dans tout le Royaume.

Donner à l’Association « Touche pas à mon enfant » (touche pas à mes enfants) ou à une institution publique le droit de recenser et de contrôler le travail des enfants servantes, le droit d’entrer dans les maisons pour discuter avec elles et vérifier si elles sont traitées dignement. Encourager leur éducation et leur alphabétisation. Ouvrir et faire connaitre un centre d’accueil pour les enfants servantes qui veulent fuir d’urgence le foyer dans lequel elles travaillent, afin que plus aucune Zineb Chtet n’èrre dans la rue dans le sang en demandant l’aide d’inconnus. Ces centres auraient pour mission de protéger juridiquement et assurer l'intégrité des servantes maltraitées. Human Right Watch propose également de formaliser le travail des domestiques en contrat de travail, cela peut sûrement aider en effet à protéger juridiquement mais le contexte marocain souffre de la non déclaration des travailleurs sur bien d'autres secteurs du travail, ici aussi du progrès doit être fait. 

Quant au fonctionnaire de la justice, pour ne pas dire juge, qui est accusé de maltraitances inhumaines envers la petite Zineb, l’enquête devrait être menée jusqu’au bout et, si l’accusation confirmée, aboutir à une sentence exemplaire. La réforme de la justice annoncée ici et là commencerait dans ce cas par nettoyer le personnel d’individus indignes de travailler à faire respecter la loi et l’ordre. Ce dernier ne pouvait ignorer le Code de travail qui interdit l’emploi d’enfants âgés de moins de 15 ans.

Enfin, Cette sinistre affaire devrait inciter les parlementaires à s’empresser d’adopter, dès cette rentrée, le "projet de loi contre le travail des petites bonnes"* portée par Nouzha Skalli dont «l'objectif est d’arriver à un Maroc sans petites bonnes d’ici 2010». Ce dernier est toujours à l’étude au secrétariat général du gouvernement. Le texte en question prévoit des sanctions contre toute personne qui emploie un enfant de moins de 15 ans en tant que domestique et ce sans prendre en considération l‘autorisation du tuteur, toute personne qui joue le rôle d’intermédiaire dans l’emploi des enfants et aussi toute personne qui s’abstient de porter assistance à un enfant alors qu’il pouvait intervenir soit personnellement soit en notifiant les autorités concernées. Cette dernière disposition aurait pu éviter bien des blessures à la petite Zineb, mais peu de gens osent encore dénoncer ces crimes, pourtant c'est un devoir citoyen.

En attendant, je me joins symboliquement au sit-in organisé la semaine dernière par l'AMDH pour dénoncer les bafouements des droits de l'enfance:  

 

 

 *L’utilisation du terme « bonne » est indigne pour ces enfants servantes, Mme Skalli lui préfère "petites filles en situation de travail". Jean Jaurès disait : "quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots." Puissions-nous lui donner tort sur cette question.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Justice
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /2009 19:05


Non à la susceptibilité et au non respect de la société, Oui à la justice !

 

Etat des lieux :

 Une procédure judiciaire a été ouverte, dimanche 19 Juillet, par le Ministère de l’Intérieur à l’encontre de la députée Aïcha El Korch. Cette dernière « a saisi le 15 juillet dernier SAR le Prince Moulay Rachid déclarant que le dénommé Aït El Haj se prévaudrait du soutien de SAR Moulay Rachid pour réaménager et rouvrir un cabaret au rez-de-chaussée de l’immeuble où elle habite à Casablanca et cela sans respecter les procédures réglementaires d’autorisation des travaux ni les règles de sécurité d’un lieu destiné au public», indique le ministère dans un communiqué parvenu, dimanche 19 juillet, à la MAP. 

Depuis plus d’un mois, Aïcha El Korch, avocate à la cour suprême du Royaume, mène bataille contre les travaux d’aménagement du cabaret en devenir. Elle a saisit le Wali de Casablanca, envoyé un courrier au Gouverneur d’Anfa, tenu des réunions avec ces derniers, a posé une question orale au parlement et a adressé une lettre au Ministère de l’Intérieur dénonçant les agissements du nouveau propriétaire du cabaret. 

 

Problématique :

 Le système judiciaire au Maroc présente des lacunes sur beaucoup d’aspects. En raison des dysfonctionnements des institutions de droit dans notre pays, beaucoup de concitoyens estiment que seul le Roi ou les proches de l’environnement monarchique sont à même de répondre à leurs problèmes individuels ou même collectifs. De fait, à chaque déplacement du Monarque, une pluie de lettres lui sont envoyées par le public dans l’espoir d’être entendu.

 La démarche d’Aïcha El Korch s’inscrit probablement dans cet esprit et en dernier recours, cela d’autant plus qu’un éminent membre de la monarchie semble être indûment cité dans le problème en question. Ce n’est certainement pas en cherchant à impliquer le Prince que la lettre lui a été envoyée. Au contraire, comme le précise le communiqué du PPS, et contrairement à ce qui aurait pu être (mal) interprété de l’article rédigé dans les colonnes d’Al Bayane, c’est pour laver son Nom de l’entreprise malhonnête de Mahfoud Aït El Haj et démunir ce dernier de son faux passe droit.

 Cette démarche et surtout les articles parus à ce sujet ont été maladroits. La députée ne pourra probablement pas prouver que l’entrepreneur se prévaut de la protection du Prince, d’autant plus qu’Aït El Haj a déjà nié cette allégation et même accusé l'avocate de tentative de corruption. C’est donc sa parole contre la sienne, et le Prince se trouve malencontreusement cité dans une affaire qui lui est complètement étrangère, ce qui l’expose a un risque de voir son image injustement dégradée.

 

Proposition :

 Au lieu d’engager un procès d’intention à l’encontre d’Aïcha El Korch, la justice devrait se pencher sur la légalité des travaux d’aménagement sur lesquels porte le litige. C’est là le cœur de l’affaire.

 Cette procédure judiciaire, une première au Maroc, ne devrait pas aboutir à une sanction de la députée, même si l'affaire se rapproche de celle de la lettre adressée par le député islamiste d'Oujda à l'Ambassade de France et qui s'est soldé par la démission de ce dernier. 

 Sur le long terme, le système judiciaire au Maroc et la gouvernance des institutions locales doivent mettre en oeuvre sans plus attendre les chantiers de réformes déjà proposées par tant d'acteurs de la société civile. 

 Enfin, sans aucune prétention à connaître mieux que le Prince son rôle à jouer dans la société, il serait judicieux de Sa part de transformer cette malheureuse affaire en une formidable chance pour le progrès de la justice au Maroc. En effet, Son implication dans l'éducation des jeunes générations ou dans la promotion du Festival International du Film de Marrakech, entre autres, a permi à chaque fois de donner un réel élan à ces chantiers et initiatives. Il y a peut être dans le domaine de la réforme de la justice à venir au Maroc et de la gouvernance locale un rôle de sponsor à jouer par une haute autorité comme la Sienne. Cette initiative, en plus de confirmer Sa probité, favoriserait l'émergence des institutions qui empêcheront que des affaires similaires se reproduisent.

 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Justice
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /2009 22:24

Etat des lieux :

 Les trois quotidiens, «Al Massae», «Al Jarida Al Oula» et «Al Ahdath Al Maghribiya», ont été condamnés chacun, lundi 29 juin, par le tribunal de première instance de Casablanca, à 1 million DH de dommages et intérêts et 100.000 DH d'amende. Le verdict concerne le procès intenté par Mouammar Kadhafi pour atteinte à la personne et à la dignité d'un chef d'Etat (voir article ALM). A l’origine de l’affaire, la parution d'articles incriminés notamment dans «Al Jarida Al Oula» (du 18 novembre 2008), «Al Ahdat Al Maghribiya»(du 30 juillet 2008) et «Al Massae» (du 19 janvier 2009).


En effet, dans un article d'opinion intitulé "Nous et le Maghreb arabe", Ali Anouzla critiquait Kadhafi, décrivant comment "il s'était emparé du pouvoir à la suite d'un coup d'État militaire il y a 40 ans" tout en pointant le manque, voire l'absence, de démocratie au Maghreb.

Rachid Niny et Younes Meskini sont inculpés pour avoir cité l'ancien ministre de la Communication, Larbi Messari, qui avait déclaré que "les positions adoptées par le président du Venezuela Hugo Chavez ressemblent aux positions puériles du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi".

Mohamed Brini et Mokhtar Labzioui étaient quant à eux poursuivis pour deux articles. Dans le premier, publié en avril 2008, ils rapportaient les démêlés de Hannibal Kadhafi – le fils du colonel, accusé avec sa femme de mauvais traitements envers deux de leurs domestiques marocains - avec la justice suisse.

Dans le second article, publié en février de cette année, Mokhtar Labzioui expliquait la position du dirigeant libyen dans l'affaire du Sahara marocain.

 

Problématique :

Ces condamnations sont réellement fondées ? Traduisent-elles une application stricte de la loi ? Y a-t-il un malentendu dans le sens des articles et l’interprétation qui en a été faite ?

Personnellement, je considère que l’évocation et l'analyse de faits relevant de l’actualité factuelle ou de l’Histoire établie ne peut d’aucune manière relever de l’offense.


Oui Kadhafi s’est emparé du pouvoir en commettant un coup d’Etat. En relisant l’Histoire, on ne peut pas nommer cela autrement, et il faut bien appeler un chat « un chat ». En quoi est ce que le fait de leur dire peut porter atteinte à la dignité ? Un coup d’Etat n’est pas forcément un acte condamnable. La France, par exemple, a réalisé sa révolution dont elle est si fière à travers un coup d’Etat sauvage où le Roi a été décapité. Ceux qui ont commis cette opération sont considérés aujourd’hui comme des héros, non pas en raison de leur coup mais parce qu’ils ont institué un ordre plus juste. D’autres coups d’Etat sont condamnables dans la mesure où ceux qui arrachent ainsi le pouvoir n’en font pas meilleur usage que celui qu’ils ont ainsi destitué. Alors si Kadhafi se sent gêné du simple rappel de l’Histoire, c’est que peut être que le miroir ainsi présenté par cet article ne lui reflète pas une image flatteuse.


Oui, la démocratie prétendue par la libye n'est pas crédible au delà de ses frontières. Nous pouvons débattre de la définition à donner au mots mais, pour la majorité des pays du monde, un régime où les partis politiques sont tout bonnement interdits se nomme une dictature. Lorsqu'une Le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme classe dans son rapport la Libye à la deuxième position après l'Arabie saoudite en matière d'absence de société civile indépendante, il est légitime de s'interroger sur la démocratie libyienne. Lorsque le Comité pour la protection des journalistes classe la Libye à la 5e position des pays où la presse est la plus sensurée dans le monde, il y a des raisons de douter du sérieux de sa démocratie.

Oui, Kadhafi junior a eu affaire à la justice suisse qu’il l’a interrogé sur la manière dont il traite ses domestiques. C’est affaire, qui  fait suite à de nombreuses frasques, a été relayée par la plupart des médias européens. En quoi le fait qu’un journal marocain en parle constitue une offense, sachant que les domestiques en questions sont marocains ? C’est plutôt le peuple maghrébin qui subit une offense à travers l’image que donne Hannibal sur le comportement des chefs d’Etat arabes et leurs familles.


Et oui, un journaliste marocain est tout à fait en droit d’analyser le point de vue de tout dirigeant africain sur son opinion ou ses agissements concernant l’affaire du Sahara marocain. Que Kadhafi soit en faveur de la position marocaine, ou contre, ou hésitant selon son humeur, il est tout à l’honneur de Labzioui de statuer sur cette question. Ici encore, c’est le peuple marocain qui offensé lorsque Kadhafi ne se montre pas solidaire vis-à-vis de l’intégrité de notre territoire.

 

A mon sens, seul l’emploi du mot « puérile » pourrait éventuellement porté « atteinte à la personne et à la dignité » de Kadhafi. Néanmoins, un grand chef d’Etat doit savoir que, dans une véritable démocratie, en tant que personnage public, il s’expose à tous les qualificatifs, positifs et négatifs. Il doit pouvoir se débarrasser de la susceptibilité qui le pousserait à poursuivre chaque voix discordante, fut-elle insensée (Kadhafi a déjà poursuivi d’autres journaux pour des faits similaires). Aussi, je l’invite à visionner une émission du type « les Guignols de l’info » pour mesurer à quel point l’emploi de ce mot est relativement peu de chose comparé à ce que subissent les dirigeants des démocraties européennes. Mais surtout, ce mot a été employé initialement par l’ancien ministre de la communication. Donc, si Kadhafi veut porter plainte, c’est à l’Etat marocain qu’il doit s’en prendre, et non aux journalistes marocains qui n’ont fait que reprendre la citation.

 

Au terme de cette brève analyse, je donne crédit à ceux qui considère l’issue de cette affaire comme relevant d’avantage de la Realpolik que de l’application d’une justice impartiale. Il est probable que des intérêts économiques et géopolitiques aient joué de manière à donner satisfaction à Kadhafi. Il est toutefois à noter que parmi les inconvénients de l’absence ou du manque de démocratie, comme le souligne justement Ali Anouzla, le fait que tant de pouvoirs et d’enjeux soient entre les mains et l’humeur d’un seul homme.

En tout état de cause, cette affaire jette un pavé dans la marre entre le peuple marocain et le dirigeant libyen. Ci-dessous, le reportage d'aljazeera sur la question :

 

 


Propositions :

Kadhafi a entrepris depuis quelques années de se donner une nouvelle image, plus positive, vis-à-vis du monde. (voir l'analyse de Sciences-Po sur l'évolution de la politique libyenne) Il est bon pour la Libye et pour l’Afrique que ses dirigeants aient une réputation soignée. Mais ce n’est pas en faisant la chasse aux critiques journalistiques que Kadhafi y arrivera. Au contraire, c’est en faisant preuve d’ouverture d’esprit et de tolérance vis-à-vis du débat contradictoire qu’il fera preuve de maturité politique. Qu’il ait accédé au pouvoir via à un coup d’Etat ne peut être nié, mais il lui revient de démontrer que malgré ce procédé peu démocratique il est arrivé à instaurer un régime plus juste que l’ancien. Personnellement, pour avoir vécu cinq mois à Tripoli l’année dernière, je peux témoigner que le pays ne reflète pas un développement et une prospérité flagrante. J’ai constaté que le pays est en léthargie depuis 1969, date du fameux coup d’Etat. Certes l’embargo qu’a subit le pays y est pour beaucoup, mais le pays est à l’image de la plupart des pays africains qu’on peut grossièrement décrire comme un régime totalitaire accaparant les ressources nationales et réprimant le peuple par une redistribution chirurgicale des richesses et une répression des aspirations intellectuelles et politiques. (voir l'analyse de RSF sur l'état de la presse en Libye) J’ai remarqué néanmoins que la situation évolue ces dernières années par une ouverture aux capitaux étrangers. Mais l’ouverture, Monsieur Kadhafi, doit d’abord s’opérer vers l’intérieur.


Par ailleurs, lorsqu’un journal proclame une absence de démocratie en Libye, cela n’est pas une offense ni un dédain. Au contraire, c’est un appel à plus de développements et de justice. C’est un appel au progrès. Monsieur Kadhafi, si la Libye n’était pas chère aux yeux des journalistes marocains, ils n’auraient sûrement pas appelé, à leur manière, à d’avantage de progrès et de justice pour le peuple libyen. Ce n’est donc pas un procès qu’ils méritent, mais un remerciement.


Il est indispensable que le jugement soit annulé en appel. Le Maroc doit certes témoigner tout son respect et son amitié vers le peuple libyen frère, mais ne saurait asservir notre démocratie si chèrement acquise et si durement à construire pour des intérêts obscures. Le Maroc a besoin de journaux indépendants et vaillants, capables d’analyser avec un regard objectif l’environnement interne comme externe. La justice doit donner un signal fort en annulant cette condamnation d’autant plus que le code du journalisme n’interdit pas d’évoquer des faits historiques, fussent-ils sensibles à l’égard de leurs protagonistes.


Les journalistes poursuivis, quant à eux, ne doivent pas restés mués durant ce procès, je ne pense pas que ce soit la meilleure manière signifier leur protestation. Au contraire, ils devraient saisir cette opportunité pour rappeler aux juges les véritables valeurs de la justice et de la démocratie. C’est l’occasion de construire un plaidoyer historique qui contribuera à faire progresser nos sociétés maghrébines vers d’avantage de libertés d’expression et de maturité politique.


Souvenirs de Libye :


 Vu sur le parc central depuis l'hôtel.



















L'ancienne cathédrale devenue la mosquée principale de la ville


















Ambiance normale dans le Souk de l'ancienne Médina


















 La Libye conserve les plus grandes ruines romaines en dehors de l'Italie. Ici, je pose devant une anvienne ville romaine.

















 Vue depuis l'hôtel sur le port. Au fond, se dresse le seul hôtel cinq étoile de Lybie (pile près du soleil) et les trois tours (juste un peu à gauche) qui forment le quartier des affaires.





Par Chraîbi Réda - Publié dans : Justice
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /2009 15:14

C’est l’histoire d’une loi faite pour les parlementaires marocains, votée par eux-mêmes, et qui est violée par certains d’entre eux. C’est la loi 36-04 sur les partis politiques qui interdit formellement la transhumance politique, c'est-à-dire de changer de parti, pour les parlementaires dont le mandat est encours. L’attitude du Parti Authenticité et Modernité à ce propos est fort regrettable. Sous prétexte de liberté d’adhésion politique, ce parti incite les parlementaires à contrevenir à la loi afin de se présenter aux élections communales prochaines sous la bannière du PAM. Un signal qu’un grand ménage est nécessaire dans les rangs des représentants de l’Etat.

La loi en question stipule dans le texte :

« Le titulaire d’un mandat électoral en cours au sein de l’une des deux chambres du Parlement, élu sur accréditation d’un parti politique en activité, ne peut adhérer à un autre parti politique qu’au terme du mandat ou à la date du décret fixant, selon le cas, la date des élections législatives générales pour la Chambre des représentants ou la Chambre des conseillers en ce qui concerne les membres du Parlement habilités à se porter candidats à ces élections »

 Contrairement à ce que prétend le PAM, cette loi n’est pas anticonstitutionnelle. Elle n’interdit pas de changer de parti politique. Seulement, si des parlementaires sont élus sur la base d’un programme politique, le minimum qu’ils doivent à leurs électeurs et de respecter leur vote et continuer à les représenter sur la même base jusqu’au terme de leur mandat. C’est le sens de cette loi qui veut mettre un terme à cette pratique partagée par nos voisins africains en voie de démocratisation.

 Deux parlementaires sont aujourd’hui accusés d’avoir récemment transgressé cette loi en « migrant » d u PND au PAM alors que leur mandat électoral n’a pas encore expiré. Relayer ici leurs noms n’est pas sans fondement car c’est une attitude à dénoncer. Il s’agit  de Mohamed Benatiya et Ismaïl Berhoumi. Le Ministre de l’Intérieur Chakib Benmoussa a officiellement rejeté leur candidature et je tiens à saluer ce geste. Il est sans aucun doute indispensable de veiller à ce que les élus au Parlement soient les individus les plus exemplaires dans le respect des lois.

 Cette problématique rappelle la nécessité de reformer la discipline parlementaire notamment concernant l’absentéisme et l’opacité financière. Sachant le contexte de défiance généralisée envers la politique que connaît notre société, aucun effort ne doit être ménagé afin de redonner de la crédibilité au Parlement. Cette Institution doit être le temple de l’exemplarité démocratique. Des règles et des sanctions doivent inciter les parlementaires à assister aux séances et à participer aux travaux. Aussi, chaque élu, qu’il soit parlementaire ou communale, doit accepter le jeu d’une totale transparence sur ses intérêts et sur ses biens. La société doit pouvoir s’assurer ainsi que les élus accomplissent correctement leur mission de représentant du peuple en ne poursuivant aucun intérêt personnel.

 Quant au PAM, après avoir suscité de l’espoir lorsqu’il entendait renouveler et moderniser la scène politique au Maroc, j’ai été d’abord déçu de constater qu’il se présente à des élections sans faire valoir de programme politique, ce qui est une curiosité en démocratie. Aujourd’hui, il nous donne la preuve qu’il n’hésiterait pas à agir de manière rétrograde et antidémocratique pour assouvir sa soif débordante de pouvoir.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Justice
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés