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Economie

Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 12:26

En route pour une escapade dans le désert marocain, je suis passé par le village de Kelaât m’goDSC01926una. J’avais entendu parler depuis longtemps de la fameuse roseraie de cette région et de l’industrie locale qui l’exploite. L’envie me prit de m’arrêter pour acheter certains produits locaux faits à base de ces roses, pour les offrir mais aussi et surtout pour soutenir cette sympathique économie. Eau de rose donc mais aussi savons, crèmes, parfums et même shampoings, une panoplie de produits sont faits à base de cette fleur que des petites boutiques indépendantes écoulent.

En regardant de près, j’ai remarqué que, pour la plupart des produits, les emballages sont rudimentaires (comparé à des produits de grandes surfaces) et que les informations inscrites ne contiennent ni les ingrédients ni l’entité qui a fabriqué le produit. Il fallait donc se renseigner auprès du revendeur sur leur qualité et authenticité, et faire confiance donc à ses paroles de commercial. Mon élan de patriotisme économique s’est alors heurté à une suspicion sur les produits. Ces produits peuvent contenir autre chose que des extraits de roses de Kelaât m’gouna, pire ils pourraient être dangereux pour la santé.

Une fragile authenticité des produits, une identité capitalistique confuse.

C’est que les produits nationaux même artisanaux sont sujets à la contrefaçon et à l’arnaque. Par exemple, les petites bouteilles d’huile d’argan ou de nigelle vendus par les petites boutiques peuvent ne contenir qu’une vulgaire huile de table, et rien sur le produit ne permet de contacter le producteur pour s’en plaindre. Cela suscite la méfiance parmi les touristes, mais aussi parmi les marocains qui souhaitent « acheter marocain ».

Le patriotisme économique signifie préférer acheter des produits locaux plutôt que des produits étranger. C’est moins de la xénophobie que de la rationalité économique. En effet, lorsqu’on achète un produit importé, cela participe au déséquilibre de la balance commerciale nationale et à la sortie des précieuses devises (je passe sur l’empreinte carbone), ce qui se traduit le plus souvent par des répercussions économique sur les contribuables. Cette problématique des importations se pose à l'heure où les accords de libre échange sont signés à droite et à fauche et que les droits de douanes tombent. Aussi, lorsqu’on favorise une entreprise marocaine, nous pouvons supposer que l’argent gagné par cette dernière ne sera pas évacué à l’étranger, et continuera donc à circuler à l’intérieur des frontières. Le must c’est quand il s’agit d’une entreprise publique c'est-à-dire qui appartient à tous les marocains. A titre d’exemple, si on veut « acheter marocain » aujourd’hui  un abonnement téléphonique ou internet, on devrait choisir Meditel, puisque c’est désormais le seul opérateur dont le capital soit 100% marocain, IAM étant à moitié française et Wana désormais à 31% koweitienne.

La marocanité d’autres produits est plus évidente, comme l’huile d’olive, Oulmès, la RAM, etc. Le textile est particulièrement un secteur dont nous disposons d’un certain savoir faire. Des marques comme Marwa et Morrocan touch misent sur la marocanité des modèles, mais les prix sont souvent en décalage avec le pouvoir d’achat de la majorité des concitoyens.

De la nécessité d’investir dans l’économie locale

Les produits marocains doivent être protégés de l’arnaque commerciale. Une agence nationale de certification de l’authenticité doit se charger de garantir la traçabilité et de protéger la qualité des produits en attribuant des labels type « Appellation d’origine contrôlée ». L’emballage des produits et leur commercialisation doivent donner des gages de garanties pour gagner la confiance des consommateurs, ce qui encouragera l’achat et bénéficiera donc au véritables producteurs.

Il n’y a pas que les citoyens qui devraient être encouragés à acheter marocain, l’Etat aussi se doit de préférer les produits et les services marocains avant de chercher à l’étranger. Je ne m’en cache pas, c’est un clair appel au protectionnisme car les règles de concurrence internationale relèvent d’avantage d’une politique opportuniste et de subventions que d’un model libéral de concurrence pure et parfaite. Les concessions de distribution des eaux et de l’électricité par exemple doivent revenir dans le giron marocain voire public en reprenant le savoir faire et les dispositifs mis en place par les concessionnaires étrangers. Nous disposons aujourd’hui des hommes et des moyens pour se charger nous même de ces services, pourquoi continuer alors à recourir à des entreprises étrangères ? Idem pour les concessions de transports publics. Ces deux secteurs sont en particulier concernés car il s’agit de services publics et ils ne doivent donc pas être soumis à la logique économique de marché et de profits, car cela entraine une augmentation inexorable des prix afin de rémunérer le concessionnaire et son capital.

Les autres exemples sont légions en la matière comme la corniche d’Agadir tapissée avec des pavés espagnols ou les fontaines de Fès conçues par des bureaux d’architectes étrangers. Aucune logique économique ne devrait amener à favoriser des entreprises étrangères à des entreprises marocaines même si le prix et la qualité ne sont pas identiques. Car c’est en payant le différentiel de prix que nous encouragerons l’économie locale à se développer et à acquérir un savoir faire équivalent aux concurrents étrangers.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Economie
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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /2009 13:40

Une manifestation pour sonner l’alarme

Les deux principaux syndicats du secteur de la santé au Maroc ont appelé à une grève nationale le 10 décembre prochain. Ils entendent ainsi alerter le gouvernement sur la dégradation sans précédant de ce secteur. Hôpitaux et services de santé seront donc  à priori fermés à l’exception de ceux des urgences et de réanimation bien entendu.

D’après l’article d’Assabah, les grévistes veulent dénoncer l’anarchie qui règne dans les modalités de désignations des postes de responsabilité (directeurs de CHU, directeurs d’hôpitaux, etc .) qui seraient régies par des affinités politiciennes et non pas par des règles transparentes et justes. Sont aussi pointés du doigts la non application de certains points des accords de 2006 entre syndicats et gouvernement, contrairement à ce qu’avait annoncé en 2007 le tout nouveau Président de la Chambre des conseillers, Mr Biadillah, alors Ministre de la santé. Le syndicat national des médecins du secteur libéral, quant à lui, confirme que les conditions de travail des professionnels sont décourageantes : Manque de moyens matériels et humains, manque de dispositifs de prévention contre la grippe H1N1, etc. L’Organisation Démocratique de la Santé avait dressé dès l’année dernière un sombre bilan qui semble toujours d’actualité, accompagné d'une série de mesures proposées.

Un secteur à la santé fragile

Il est insinué que cet appel à la grève est motivé par des raisons politiciennes et stratégiques de la part des syndicats affiliés à l’USFP et au PJD. Une chose est sûre pourtant, le secteur de la santé au Maroc a besoin d’une prise en main volontariste de la part du gouvernement.

A titre d’exemple, le Pr Iraqui souligne le paradoxe de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) qui est censée être un progrès social du gouvernement Jettou. Ici, l’obligation ne porte pas sur la couverture mais sur la cotisation. Cette dernière concerne aussi bien le pauvre que le riche mais « le remboursement est lié à la capacité de payer une contribution supplémentaire ». Dans le cas d’opérations couteuses, les personnes à revenus modestes, contrairement aux riches, ne peuvent accéder au soin alors qu’elles ont cotisé aussi. « C’est donc une solidarité non pas du riche vis-à-vis du pauvre, mais du pauvre envers le riche ». Le Professeur alerte aussi sur les dangers que représente la réforme qui stipule que les cliniques peuvent appartenir à des non professionnels. « Encore une fois, c’est la demande solvable qui sera prise en compte. Une bonne partie de la population marocaine en sera exclue. C’est une aberration totale. On ne peut pas financer un domaine social en faveur de capitalistes ».

Le système de santé marocain connaît depuis trop longtemps une crise chronique qui souffre d’un sous financement persistant, une gestion archaïque, une prise en charge discriminatoire, fondée sur le prépaiement (voire sur la corruption), l’accroissement des inégalités dans l’accès aux soins, un coût d’accès au médicament exorbitant. A ce propos, un excellent travail d’une commission parlementaire sur le coût d’accès au médicament a révélé le 3 novembre ses résultats. Mr Hariri (USFP) qui a conduit cette commission indique, dans le rapport de la mission, que les prix des médicaments sont anormalement élevés au Maroc et que la responsabilité incombe à la fois au secteur industriel et à l’administration chargée de la fixation des prix, en l’occurrence le ministère de la santé.

Le Maroc a besoin d’un plan de santé global

Il est essentiel que les postes de responsabilités dans les CHU et autres centres de soin et de santé soient attribués suivant une méthode juste et démocratique. Seules les compétences techniques, managériales et humaines doivent être prises en comptes, aucun critère d’appartenance politique ou syndical ne doit être considéré.

Le syndicat national des médecins du secteur libéral appelle de son coté le gouvernement à ouvrir un dialogue effectif sur les dossiers du doctorat de médecine et du doctorat national. Il est encore temps pour le gouvernement d’éviter la grève en s’ouvrant réellement aux doléances des professionnels et en mettant à l’œuvre des solutions pour y répondre.

Par ailleurs, la mission parlementaire sur les prix des médicament préconise, entre autres, la séparation des missions d’ autorisation de mise sur le marché (AMM) de celle de fixation des prix des médicaments, de définir un prix de référence pour les médicaments et de sensibiliser les médecins et les patients aux génériques. Une mesure incitative en effet serait d’exclure du remboursement de l’AMO tout médicament coûteux dont il existe un générique et dont le prix est supérieur de 20 % à celui du générique le moins cher.

Alors que Barack Obama s’achemine vers l’adoption de son fameux plan de réforme de la santé, le Maroc a tout autant besoin d’une stratégie globale pour garantir ce bien public et essentiel à la population, mais y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Economie
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 22:57

Les faits :

Les auteurs de la loi de Finance 2010 estiment, à raison, que la crise économique réduira les rentrées fiscales de l’Etat. Selon l’article d’Assabah, cette baisse sera de l’ordre de 11%. Afin de palier cette baisse, l’Etat prévoit de poursuivre la vente des parts publiques (c'est-à-dire celle des marocains) dans les anciennes institutions étatiques. Sont visées par ces opérations notamment Maroc Telecom, Marsa Maroc, Société des sels de Mohamedia, SOCOCHARBO, BIOPHARMA et SONACOS. Ces privatisations apporteront environ 4 milliards de DHs à l’Etat.

Problématique :

La crise économique entrainera inéluctablement une baisse de l’activité pour les entreprises, une baisse du chiffre d’affaires et donc une baisse des impôts directs et indirects pour l’Etat (IS, TVA, etc.). Ce manque de revenus est problématique compte tenu des budgets de fonctionnement et d’investissements prévus. Néanmoins, n’y a-t-il pas d’autres moyens que de vendre les joyaux publics ?

Cette solution n’en est pas réellement une puisque, si elle rapporte un produit de vente l’année de la cession, l’Etat se prive d’une part des revenus annuels de ses entités (Maroc Telecom par exemple est un des meilleurs pourvoyeurs de dividendes dans le CAC40), d’autre part l’Etat se prive d’une marge de manœuvre pour orienter la stratégie de ces entités vers une politique macro économique et sociale qui dépasse leurs environnements respectifs.

Cette décision de poursuite de la privatisation est d’autant plus surprenante que l’Etat prévoit d’octroyer d’avantages d’exonérations fiscales en 2010.  En effet, le total de ces exonérations fiscales passera de 26,9 à 28,7 milliards de DHS. Ce sont autant d’exonérations, totales (50%) ou partielles, des réductions, des abattements ou taux préférentiels, de taxation forfaitaire et de facilités de trésorerie qui bénéficient à des secteurs clés de l’économie mais dont la pertinence n’est pas rigoureusement démontrée. Par exemple, les facilités fiscales accordées au secteur immobilier représentent 4,1 MDHS dont seulement 1,1 MDHS concernent le logement social. Les 3 autres milliards de DHS viennent donc renflouer les caisses d’entreprises et de firmes immobilières sur des segments de standing voire de haut standing sans que l’utilité sociale, c'est-à-dire pour tous les marocains, ne soient démontrées. La même problématique se pose pour le secteur de l’industrie automobile ou pour l’intermédiation financière. En résumé, l’Etat vend les entreprises publiques et distribue des aides fiscales à des entreprises privées sans justifier l’utilité de cette opération.

Rendons néanmoins hommage à Bensouda, à la tête de la Direction des impôts, qui depuis près de quatre ans a réduit de 64 le nombre de mesures dérogatoires, soit l’équivalent de 6,5 milliards de DHS.

Proposition :

L’ensemble des niches fiscales doivent être réexaminées afin d’établir que chaque dirhams concédés bénéficie à la collectivité et non à une corporation privée. Que cette politique de la carotte ait en effet un sens politique rationnel. 

L’Etat devrait cesser l’élan des privatisations qui dure depuis 1993 et qui a vu ainsi sacrifier 47 sociétés et 26 institutions. 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Economie
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 17:31

Résumé :

Malgré le contexte de crise économique et son impact sur les recettes de l'Etat, la CGEM continue à exiger d'avantage de réductions d'impôts. Il serait plus opportun d'encourager d'avantage d'efforts collectifs pour construire un Maroc plus juste et plus solidaire.

 

Les faits :

Le projet de loi de finances 2010 continue à être peaufinée. C’est dans ce cadre que la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) a souhaité apporter sa pierre à l’édifice en proposant une série de mesures fiscales. Rappelons que la loi de finances consiste, en gros, à estimer combien l’Etat va percevoir de rentrées et qu’est ce qu’il compte en faire. Alors que nous propose les patrons marocains ?

·         Baisser du taux marginal de la TVA de 20% à 16%

·         Baisser (d’avantage) l’impôt sur le revenu

·         Créer un Plan d’Epargne en Actions défiscalisé

·         Défiscaliser les fusions et scission d’entreprises

·         Supprimer la Redevance informatique

·         Mise en place de crédit d’impôt pour la recherche

Selon le communiqué de la Commission Fiscalité, le président de la CGEM, Mr Horani, nous assure que ces mesures tiennent compte des difficultés financières que rencontre l’Etat marocain suite à la crise économique.

 

Analyse :

Un seul mot d’ordre gouverne les propositions du CGEM : Baisser les impôts, tous les impôts.

Il n’est pas étonnant  de la part des chefs d’entreprises de proposer toujours et encore de baisser les impôts et de les baisser encore. Dans l’esprit d’un patron, payer les employés sert à rémunérer leur travail, acheter des équipements sert à produire, payer les factures d’énergie sert à faire tourner la boite, mais ils ne voient que rarement à quoi leur sert-il de payer les impôts. Pourtant, il suffit de se pencher sur la loi de finance justement pour se renseigner sur toutes les dépenses de l’Etat. Par conséquents, on peut tout simplement déduire que moins d’impôts implique moins d’Etat, et l’Etat c’est la collectivité, c’est nous tous. Les anti-impôts répondent qu’’il suffit de privatiser les services de l’Etat. C’est dans l’ordre du possible mais cela ne garantit pas un meilleur rendu, voire une situation catastrophique comme pour le cas des transports en bus à Casablanca, sans parler du coût du capital que cela engendre.

Il y a au moins deux raisons principales qui légitiment la présence d’un Etat fort :

1.       Certains chantiers essentiels pour le pays ne peuvent être entrepris par le privé, soit en raison de leur taille qui nécessite des investissements trop grands (aménagement du territoire, tramways, Marina, etc.) soit parce qu’ils sont orientés vers des objectifs humains et sociaux et non financiers (réforme de la justice, réforme de l’éducation, etc.)

2.       La collecte de l’impôt et son investissement dans la société participe à une redistribution des richesses dont l’objectif est de réduire l’écart entre les catégories sociales et dont le Maroc donne un exemple bouleversant pour ceux qui visitent notre pays.

Les propositions de la CGEM sont d’autant plus impertinentes qu’elles tombent à un moment où l’Etat manque gravement de ressources. Mr Horani n’explique pas comment est ce que leur propositions sont « conscientes de la pression qui s’exerce sur les finances publiques à travers la décélération des recettes fiscales ». C’est comme s’ils disaient, nous savons bien que l’Etat n’a pas beaucoup de sous, nous en sommes désolés, mais on voudrait vous donner encore moins d’impôts l’année prochaine... »

 

Proposition :

La TVA est un impôt particulier puisqu’il impacte tous les consommateurs, quelque soit leur niveau de revenus. Il suffit de passer à n’importe quelle caisse pour payer la TVA. La réforme de cette taxe n’est pas une simple baisse de son taux pour tout le monde, mais une personnalisation en fonction du profil des contribuables. Il faut augmenter la TVA pour les riches et la faire baisser pour les pauvres. En présentant les documents prouvant leur situation économique modeste, ces consommateurs pourraient ainsi se voir déduire de leurs factures cette taxe, à commencer par celle sur l’eau et l’électricité.

 Il est légèrement hypocrite de la part des entreprises de défendre la baisse de l’impôt sur le revenu. Cet impôt étant prélevé à la source, il s’apparente d’avantage à un impôt que paye l’entreprise sur les salaires, tels que les cotisations sociales, qu’un impôt ressenti par les salariés. Ces derniers, quoi qu’il en soit, négocie et ne connaissent que le montant net de leur salaire. Par conséquent, la baisse de l’impôt sur le revenu doit se traduire par une augmentation du salaire net (contrairement à ce qui a été fait il y a trois ans lors de la baisse de l’IR). Cette baisse ne doit concerner que les salariés à revenus modeste. Pour ceux dont le salaire est conséquent, l’impôt sur leur revenu devrait être augmenté afin qu’ils participent d’avantage à l’effort collectif.

 

 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Economie
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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 13:04

Résumé :

Le droit du travail a visiblement encore du mal à s’imposer en tant que norme dans le monde professionnel. Pourtant, l’économie marocaine ne saurait progresser durablement sans garantir aux travailleurs leurs droits et leurs sécurités. Il est donc de l’intérêt national de combattre les violations du droit du travail et de promouvoir des relations saines entre employeurs et employés.

 

Les faits :

Cela se passe dans les terres agricoles de Sidi Kacem. Un groupe de travailleurs vient d’être renvoyé suite à la constitution de bureaux syndicaux. Les propriétaires exploitants, les frères Ben zeroual, ne semblent pas avoir de l’estime pour les besoins de leurs employés. Ils n’ont même pas daigné assister à la réunion officielle avec les délégués du Ministère du travail et de la Fédération démocratique du travail tenue le 11 Septembre dernier.

Cette réunion a discuté des revendications des employés : Accorder le salaire minimum du secteur agricole soit 55 DH par jour au lieu de 30 DH, déclarer les employés à la CNSS, fournir des cartes de travailleurs et des bulletins de salaires aux employés, accorder des congés payés et des primes d’ancienneté, etc. En somme, il s’agit simplement de demander à appliquer la loi en vigueur au Maroc, d’être traités dignement.

 

Problématique :

Le Maroc ambitionne de devenir un pays démocratique et développé. Cela suppose donc que l’activité économique soit régie selon des lois garantissant les droits de chacun. Le Code du travail impose aux employeurs d’accorder aux salariés un certains nombre de droits fondamentaux et de les déclarer aux différents organismes sociaux afin qu’ils bénéficient du relais de l’Etat en matière de protection sociale.

L’observation des obligations sociales envers les employés a un coût pour l’employeur. Ce dernier ne voit de conséquences dans la déclaration de ses employés qu’une charge supplémentaire à supporter en termes d’impôts, taxes et autres contributions sociales. Néanmoins, ce que ces exploitants ne voient probablement pas, c’est que s’ils respectent et traitent leurs employés dignement en leur accordant leurs droits, ces derniers seront d’avantage motivés dans leur travail et apporteront donc d’avantage de valeur à l’exploitation. Ce qui est bon pour leurs employés est aussi bon pour eux.

Quoi qu’il en soit, les droits sociaux des employeurs ne sont pas censés être suspendus au bon vouloir des exploitants. La justice doit intervenir de tout son poids pour faire respecter la loi lorsqu’elle est ainsi bafouée. D’ailleurs, paradoxalement, Boubker Benzeroual ne semble pas craindre la justice puisque, d’après les sources citées par l’article d’Assabah, « il invite les employés qui souhaitent ouvrir le débat social à recourir à la justice »

Par ailleurs, la majorité des entrepreneurs sont allergiques aux projets syndicaux. Ils mettent en avant les cas où les employés syndiqués ont abusé de leurs droits sociaux et ont parfois contribué par leurs actions et leurs grèves à répétition à la faillite de leur entreprise. L’action syndicale, qui affronte de défis sérieux d'organisation au Maroc, doit être responsable et réfléchie pour être utile et efficace, et le Maroc se dote actuellement d’une réglementation encadrant le droit de grève et le réglement des conflits par l'arbitrage.

 

Proposition :

La justice doit se saisir de ce dossier et juger les exploitants qui ont enfreint la loi en refusant de déclarer leurs employés. Néanmoins, le jugement ne devrait pas mettre en péril l’exploitation afin d’éviter que les plaignants ne passent d’une situation professionnelle précaire au chômage.La réforme de la justice en cours actuellement dans le Royaume c’est aussi que la loi soit appliquée à tous les concitoyens sans exception.

Les employés renvoyés, au lieu d’augmenter les rangs des martyrs du syndicalisme marocain, doivent être réintégrés dans leur milieu professionnel. Le minimum des droits que leur accorde le Code du travail doit leur être accordé. 

Une autorité de l’Etat indépendante doit être érigée avec pour mission de promouvoir et défendre le droit syndical de tous les travailleurs marocains. Il est indispensable de promouvoir l’esprit démocratique dans le fonctionnement des entreprises marocaines, cela apportera satisfaction sociale et prospérité économique.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Economie
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