En route pour une escapade dans le désert marocain, je suis passé par le
village de Kelaât m’gouna. J’avais entendu parler depuis
longtemps de la fameuse roseraie de cette région et de l’industrie locale qui l’exploite. L’envie me prit de m’arrêter pour acheter certains
produits locaux faits à base de ces roses, pour les offrir mais aussi et surtout pour soutenir cette sympathique économie. Eau de rose donc mais aussi savons, crèmes, parfums et même shampoings,
une panoplie de produits sont faits à base de cette fleur que des petites boutiques indépendantes écoulent.
En regardant de près, j’ai remarqué que, pour la plupart des produits, les emballages sont rudimentaires (comparé à des produits de grandes surfaces) et que les informations inscrites ne contiennent ni les ingrédients ni l’entité qui a fabriqué le produit. Il fallait donc se renseigner auprès du revendeur sur leur qualité et authenticité, et faire confiance donc à ses paroles de commercial. Mon élan de patriotisme économique s’est alors heurté à une suspicion sur les produits. Ces produits peuvent contenir autre chose que des extraits de roses de Kelaât m’gouna, pire ils pourraient être dangereux pour la santé.
Une fragile authenticité des produits, une identité capitalistique confuse.
C’est que les produits nationaux même artisanaux sont sujets à la contrefaçon et à l’arnaque. Par exemple, les petites bouteilles d’huile d’argan ou de nigelle vendus par les petites boutiques peuvent ne contenir qu’une vulgaire huile de table, et rien sur le produit ne permet de contacter le producteur pour s’en plaindre. Cela suscite la méfiance parmi les touristes, mais aussi parmi les marocains qui souhaitent « acheter marocain ».
Le patriotisme économique signifie préférer acheter des produits locaux plutôt que des produits étranger. C’est moins de la xénophobie que de la rationalité économique. En effet, lorsqu’on achète un produit importé, cela participe au déséquilibre de la balance commerciale nationale et à la sortie des précieuses devises (je passe sur l’empreinte carbone), ce qui se traduit le plus souvent par des répercussions économique sur les contribuables. Cette problématique des importations se pose à l'heure où les accords de libre échange sont signés à droite et à fauche et que les droits de douanes tombent. Aussi, lorsqu’on favorise une entreprise marocaine, nous pouvons supposer que l’argent gagné par cette dernière ne sera pas évacué à l’étranger, et continuera donc à circuler à l’intérieur des frontières. Le must c’est quand il s’agit d’une entreprise publique c'est-à-dire qui appartient à tous les marocains. A titre d’exemple, si on veut « acheter marocain » aujourd’hui un abonnement téléphonique ou internet, on devrait choisir Meditel, puisque c’est désormais le seul opérateur dont le capital soit 100% marocain, IAM étant à moitié française et Wana désormais à 31% koweitienne.
La marocanité d’autres produits est plus évidente, comme l’huile d’olive, Oulmès, la RAM, etc. Le textile est particulièrement un secteur dont nous disposons d’un certain savoir faire. Des marques comme Marwa et Morrocan touch misent sur la marocanité des modèles, mais les prix sont souvent en décalage avec le pouvoir d’achat de la majorité des concitoyens.
De la nécessité d’investir dans l’économie locale
Les produits marocains doivent être protégés de l’arnaque commerciale. Une
agence nationale de certification de l’authenticité doit se charger de garantir la traçabilité et de protéger la qualité des produits en attribuant des labels type « Appellation d’origine contrôlée ». L’emballage des produits et leur commercialisation doivent donner des gages
de garanties pour gagner la confiance des consommateurs, ce qui encouragera l’achat et bénéficiera donc au véritables producteurs.
Il n’y a pas que les citoyens qui devraient être encouragés à acheter marocain, l’Etat aussi se doit de
préférer les produits et les services marocains avant de chercher à l’étranger. Je ne m’en cache pas, c’est un clair appel au protectionnisme car les règles de concurrence internationale relèvent
d’avantage d’une politique opportuniste et de subventions que d’un model libéral de concurrence pure et parfaite. Les concessions de distribution des eaux et de l’électricité par exemple doivent
revenir dans le giron marocain voire public en reprenant le savoir faire et les dispositifs mis en place par les concessionnaires étrangers. Nous disposons aujourd’hui des hommes et des moyens
pour se charger nous même de ces services, pourquoi continuer alors à recourir à des entreprises étrangères ? Idem pour les concessions de transports publics. Ces deux secteurs sont en particulier concernés car il s’agit de services publics et
ils ne doivent donc pas être soumis à la logique économique de marché et de profits, car cela entraine une augmentation inexorable des prix afin de rémunérer le concessionnaire et son capital.
Les autres exemples sont légions en la matière comme la corniche d’Agadir tapissée avec des pavés espagnols ou les fontaines de Fès conçues par des bureaux d’architectes étrangers. Aucune logique économique ne devrait amener à favoriser des entreprises étrangères à des entreprises marocaines même si le prix et la qualité ne sont pas identiques. Car c’est en payant le différentiel de prix que nous encouragerons l’économie locale à se développer et à acquérir un savoir faire équivalent aux concurrents étrangers.
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D’après l’





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