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Dévoloppement durable

Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 11:15

La bataille contre les mafias du trafic du bois de cèdre continue de faire rage à Tounfite dans la région de Khenifra. C’est ainsi que la gendarmerie royale, en collaboration avec le service des eaux et forêts, a mis la main le vendredi 12 février sur un camion transportant 50 plateaux de bois de cèdre de l'Atlas.http://parcnationalthenietelhad.dz/images/6.jpg L’interrogation du chauffeur a permis de remonter à l’endroit où s’entreposaient 40 autres plateaux. C’est léquivalent de 9 m² de forêt pour une « valeur marchande » de 52000 dhs. Cette interpellation a été relativement calme comparée à celle réalisée dans la forêt de Tanourdi. Là, les mafieux avaient chargé des mulets de convoyer une grande quantité de bois volé, mais lorsque les services des eaux et forêts les avaient surpris la scène s’est transformée en échanges de coups de feu. Piégés, les mafieux ont alors tenté d’effacer leurs traces en brulant les mulets vifs avec le bois qu’ils transportaient. Cette tentative a échoué puisque l’identité des voleurs a été établie. Le plus grave est que dans la plupart des cas ces trafics sont commandités par des fonctionnaires de l’autorité locale*.

Une autre région, un autre danger. Le conseil de la ville de Salé a décidé récemment de créer, au cœur de la forêt Maâmora, un centre de traitement des 200.000 tonnes annuels de déchets ménagers. Mr Nouredine Lazrak, président du Conseil de la ville, se targue que ce projet bénéficie de l'aval du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification. Pourtant, l’étude d’impact de ce projet sur l’environnement semble ignorer que Maâmora, classée patrimoine de l’humanité, est la plus grande forêt de chêne liège au monde (malgré le pillage dont elle souffre qui lui a fait perdre 30% de sa superficie) et que l’installation de cette unité industrielle se traduira forcément par un déboisement d’une grande partie. De plus, le site est situé à 200 mètres du Centre national Mohammed VI des handicapés et non loin de la Faculté de droit qui seront ainsi sujets aux odeurs dégagées.  

Notre vie dépend de celle des arbres, et celle-ci dépend de pressions économiques

Si le cèdre est à ce point convoité c’est qu’il existe un marché local pour écouler ce bois volé. La faute ne revient donc pas seulement à ces braconniers qui n’ont probablement pas mieux à faire. La faute revient aussi à notre système économique qui permet d’intégrer des matières premières dont la source n’est pas vérifiée. Qui a dit que la recherche de l’intérêt individuel conduit à la réalisation de l’intérêt collectif ? Cela vaut pour le cèdre mais aussi pour le sable volé des plages et des dunes dont s’approvisionnent  l’industrie immobilière.

http://www.haut-beaujolais.org/Sylviculture%20et%20m%C3%A9canisation%20%C3%A0%20Mardore.jpgC’est cette même industrie qui pourrait largement profiter d’un déboisement massif de la forêt Maâmora. Cela lui ouvrirait la voie vers des projets de construction dans un site bien situé. Le lobby de cette industrie est d’ailleurs soupçonné par les associations qui militent pour la préservation de la forêt de faire pression pour faire aboutir à Maâmora ce projet de centre de recyclage. En tout cas, la commune de Salé avait proposé au Wali de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër de déplacer le site côté échangeur autoroutier Rabat-Tanger-Meknès, mais ce dernier a refusé cette proposition. Pourquoi donc ?

Responsabilité et démocratie

Les efforts militaires des gendarmes et services des eaux et forêts doivent être accompagnés de mesures économiques. Il faut établir dans les unités industrielles d’exploitation de ce bois des dispositifs efficaces pour s’assurer que leur activité n’alimente pas ce trafic criminel. Des mesures de traçabilité peuvent être instaurées pour s’assurer que bois acheté provient d’une source légale. Une instance nationale doit se charger d’attribuer des labels aux bois commercialisés et auditer l’approvisionnement des principaux utilisateurs du cèdre. Ce dispositif pourrait d’ailleurs être intégré au futur cadre légal de construction actuellement en attente d’être voté par le parlement. Lorsque les trafiquants se rendront compte que plus personne ne veut acheter leur bois ils abandonneront cette activité.

Aussi, il serait temps de généraliser au Maroc la sylviculture durable afin de permettre d’exploiter le bois de la forêt sans nuire à sa biodiversité ou sa capacité à se régénérer. Voici là une contribution à notre débat sur la Charte de l’environnement. Dans le même esprit, une bonne initiative est venue de l’association Ettahadi à Midelt qui, en collaboration avec l’Agence de développement social et le Haut commissariat aux eaux et forêts, incite financièrement les populations locales à substituer le gaz au bois dans leur consommation pour en diminuer l’exploitation.

http://www.lefigaro.fr/medias/2009/12/14/02066e10-e888-11de-b3d4-641fb170ed9c.jpgLa ville de Salé, quant à elle, doit abandonner l’idée de faire de Maâmora une poubelle géante. Cette décision est trop importante pour reposer sur la seule personne du Wali. Il faut associer les citoyens de la région à cette décision en identifiant les autres sites potentiels et procéder à un referendum pour choisir où est ce que la société Pizzorno traitera leurs déchets ménagers. Voici là une proposition pour notre projet de régionalisation avancée, un dispositif qui donne aux citoyens de la région de décider sur des questions qui les mobilisent. En tout cas, ce droit démocratique, principe par lequel qui donne au peuple le droit de gouverner, sera revendiqué le 18 Avril, journée mondiale de la terre, lors d’un grand rassemblement de mobilisation organisée par les associations écologistes.

*Source : Article d’Ahmed Baidi paru dans le numéro du journal Alittihad du 8 Mars 2010.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 12:06

Ils ont attendu toute la nuit sur le site de Sidi Allal Tazi proche de Kénitra. Ils savaient que la brigade de la gendarmerie les attendait. Après avoir volé et chargé leurs camions de dizaines de tonnes de sables doré, au levé du jour, le convoi tente de franchir de force le barrage. Devant leur détermination, les gendarmes ont ouvert le feu et réussit à intercepté deux véhicules de poids lourd. Les fuyants font l’objet actuellement d’une recherche que j’espère aboutira rapidement à leur interpellation.

Les brigades de lutte contre l’extraction illégale du sable mise en place il y a un peu plus d’un an semblent réussir à lutter, ou du moins, à contrecarrer ce trafic qui n’épargne aucune région et qui dévaste l’environnement du pays. Cependant, certaines initiatives restent à entreprendre pour accompagner cet effort militaire.

Des services corrompus, des lois dépassées

En effet, si les voleurs de sable ont attendu toute la nuit en espérant que le barrage sera levé au matin c’est qu’ils ont été alertés. Des taupes se cachent donc probablement parmi les brigades sapant ainsi l’effet de surprise. La corruption, ici encore, est un poison qui tue notre environnement à petit feu, tandis qu'un grand camion chargé de sable volé arrêté par la gendarmerie s'est avéré appartenir à un député.

Aussi, il y a un grand vide juridique concernant l’interdiction d’extraire le sable sans autorisation. Les poursuites judiciaires actuelles reposent sur un Dahir qui date de l’époque du protectorat, et le code pénal ne prévoit aucune peine pour ces délits. Par conséquent, plusieurs poursuites judiciaires contres des voleurs de sable n’aboutissent pas, ce qui les encourage à récidiver.

http://menara.ma/images/NS_amina-benkhadra_G.jpgPourtant, l’extraction illégale du sable est malheureusement une pratique qui dure depuis trop longtemps, au grand dam des riverains et associations qui observent impuissants devant le sabotage de l’environnement et incapables de s’opposer à ces mafias qui opèrent même en plein jour. Néanmoins, suite au discours du Trône 2009, le ministère de l’environnement est en charge d’élaborer une charte de l’environnement. Cette charte, selon la ministre Mme Benkhadra, « instituera des principes fondamentaux, notamment ceux du développement durable, de la notion du droit environnemental, de la participation et de l'engagement ». La France a adopté une charte de l’environnement qui aujourd’hui a la même valeur juridique que la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789.

Des hommes, des yeux et des lois pour protéger notre terre

Une enquête interne doit être menée afin d’identifier les taupes qui alertent les voleurs lorsque les brigades organisent une descente. Des méthodes pratiques d’isolation et de changements des équipes peuvent être utilisées secrètement pour les repérer. Une fois identifiés, il faut en profiter pour aider les brigades à les mener jusqu’au mafieux avec lesquels ils collaborent. De là, il faut remonter toute la filière de trafic du sable volé et découvrir les entreprises qui alimentent ce funeste marché afin de le démanteler. Aussi, le dispositif de traçabilité mis en place par le gouvernement doit être élargi au secteur privé.

Par ailleurs, les sites victimes d’extraction illégale doivent être identifiés sur tout le territoire si ce n’est pas déjà fait. Une surveillance de ces sites peut être facilitée en installant discrètement des caméras infrarouges sur chacun d’entre eux, et en les connectant à des postes de brigade de la gendarmerie prêtes à intervenir lorsque les voleurs se pointeront.

Enfin, s’agissant de la charte de l’environnement, qui fera l'objet de concertations régionales et qui doit être finalisée en Mars prochain, à coté du volet « économie verte » de ce programme qui tourne autour de l’énergie, il est indispensable d’établir les bases juridiques de protection de l’environnement, notamment pour les plages et les dunes qui sont vitales pour leurs écosystèmes. Une loi doit être promulguée interdisant clairement la participation à n'importe quel niveau au trafic illégal du sable. Le désastre provoqué par FADESA à Saïdia sur le sable et d'ailleurs sur tout l'environnement (voir vidéo ci-dessous), avec la bénédiction du gouvernement, est une erreur qui doit nous servir de leçon pour l'avenir et éviter ainsi à la plage blanche de Goulmime de subir le même sort. Car plus que des brigades de gendarmerie, c’est bien l’état de droit qui doit se dresser devant les pilleurs de sable.



Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 16:22

La pollution agricole est un crime contre la santé des hommes et l’environnement 

http://94.23.8.188/~datavip/medias/0609/rolbenzaken-vip-blog-com-505008youssoufia.jpgLa ville de Youssoufia (à 90 kms de Safi) ne compte que 70 000 habitants mais elle est encerclée d’entreprises industrielles liées à l’Office chérifien du phosphate. Les déchets des uns et des autres se déversent sans retraitement dans un cours d’eaux usées à travers la forêt d’eucalyptus environnante. Cette dernière souffre ainsi d’une pollution dont les dégâts sont plus forts que l’odeur qui s’en dégage.

Mais cela n’est, si j’ose dire, que l’arbre qui cache la forêt. D’après l’article de Mohamed Elâoual paru dans Assabah, ce cours d’eaux usées est utilisé par les agriculteurs afin d’arroser leurs champs. Les melons, pommes de terre et autres légumineuses produites tout au long de l’année sont ainsi polluées par ces eaux. Ces produits sont ensuite vendus dans les marchés de la région et se confondent avec les autres produits sainement cultivés. Cela est dangereux pour la santé des personnes et des bêtes qui consomment les produits pollués. Il y a trois ans déjà, quelques 14 vaches habituellement nourries de ces produits pollués ont en fait les frais après que leurs foies et appareils digestifs aient été endommagés.

Cela ne semble pas alerter les agriculteurs qui s’organisent autour de l’exploitation de ces eaux usées ni les autorités locales qui refusent d’intervenir pour mesurer et interdire cette pollution, ou de mettre sur pied la station d’épuration des eaux.

Des lois et des programmes en instance

Pourtant, des lois interdisent cette pollution. La loi 10-95, qui date de 1995, a été promulguée afin de « réglementer les activités susceptibles de polluer les ressources en eau ». Elle a, de plus, institué le Conseil supérieur de l’eau et du climat dont les attributions incluent « la protection et la conservation des ressources en eau ». Elle soumet à autorisation « les prises d'eau établies sur les cours d'eau ou canaux dérivés des oueds ». Le chapitre VI est entièrement consacrée à la lutte contre la pollution de l’eau et l’article 84 stipule explicitement que « l'utilisation d'eaux usées à des fins agricoles est interdite lorsque ces eaux ne correspondent pas aux normes fixées par voie réglementaire ». C’est le cas des eaux usées de Youssoufia, de l’avis des acteurs associatifs locaux.

Néanmoins, ces agriculteurs n’auraient probablement pas agi de la sorte s’ils disposaient de solutions plus pratiques pour irriguer leurs cultures. Aussi, la ville de Youssoufia n’est pas une épave abandonnée. Elle a bénéficié dans le cadre de l’INDH de programmes d’aménagements et sociaux importants d’un montant d’1,2 milliards de DHs. Le Roi s’est même déplacé il y a un peu plus d’un an pour s’enquérir de l’avancement des travaux incluant les réseaux d’assainissement.  

Pour une responsabilisation des acteurs locaux envers l’environnement

La réforme de la justice, selon Mr Radi son ministre de tutelle, passe par le recrutement de centaines d’agents chaque année et la construction de nouveaux tribunaux. C’est probablement vrai mais il est certain que la réforme de la justice passe avant tout par son application stricte et systématique, d’autant plus que la santé des citoyens et de l’environnement est menacée. L’Etat de droit doit s’imposer dans ce microcosme à Youssoufia où les élus locaux semblent complaisants devant les agissements illicites des agriculteurs. Des campagnes de sensibilisation sur les dangers de cette pollution doivent être déployées. Les sanctions prévues par la loi doivent être communiquées et appliquées pour ceux qui persisteraient dans le délit. Ces mesures devraient être accompagnées, dans l’idéal, par des solutions alternatives pour les agriculteurs en termes d’accès à l’eau pour irriguer leurs champs, telles que des aides pour le forage de  puits.

Par ailleurs, si on peut supposer que les agriculteurs puissent ignorer le code de l’environnement et les enjeux de cette pollution à laquelle ils prennent activement part, il en est autrement des autorités locales. Des enquêtes administratives doivent être menées afin d’établir dans quelle mesure les élus locaux et l'OCP sont responsables de cette pollution. On ne saurait attendre une bonne gouvernance de la commune ou de l'Office si les manquements aux devoirs de certains ne sont pas dûment punis. http://www.acme-eau.org/photo/580651-708844.jpg

Enfin, les travaux pour la mise en œuvre de la station d’épuration des eaux de Youssoufia semblent stoppés en raison de « problèmes techniques ». Devant de tels enjeux pour la santé et l’environnement, aucun problème technique ne devrait entraver la réalisation de cette station, sinon cela débouchera sur des problèmes sanitaires. Il est indispensable que les institutions chargées de surveiller la qualité des sources d’eau veillent à ce que chaque cours d’eaux usées dans le Royaume soit traité par une station. En effet le cas de la ville de Youssoufia n’est pas isolé, la ville voisine de Chemaia souffre du même problème. Il est urgent pour la santé de tous d’installer des stations pour traiter les eaux usées à l’instar de la station de pompage « Oued Lihoud » inaugurée jeudi dernier à Tanger. Le ministère de l’environnement et celui de la justice doivent peser de tout leur poids pour imposer l’Etat de droit.


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Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /2009 13:40

Les faits :

Une initiative fort louable est réalisée par une association de jeunes à Fès nommée « Espace Anouar et initiative des jeunes ». Depuis ce lundi, ils ont investi le marché « souikat sellaline » près de Bab boujloud dans la vielle ville où ils ont installé une petite tente d’accueil, avec comme objectif : sensibiliser les passants, et surtout les femmes habituées à fréquenter le marché, des dangers de l’utilisation du sac plastique, l’mika. Ils semblent remporter un vif succès, d’après l’article d’Almassae, alors que près de 600 femmes sont venues les écouter.

Cette opération n’a bénéficié de l’aide ni du conseil de la ville de Fès (qui préfère probablement investir dans de belles fontaines dans les carrefours de la ville ou de s'attaquer à Ben Barka) ni de la préfecture de la médina de Fès. L’aide est venue plutôt d’une institution de coopération française qui a accordé une subvention de 55.000 DHs, grâce à quoi ces jeunes fassis comptent distribuer durant cette semaine environ 300 paniers en paille traditionnels, l’gouffa comme on dit chez nous. Je les félicite vivement pour cette initiative !

 

Analyse :

Pour rappel, l’utilisation des sacs plastiques nuit gravement à l’environnement, aux plantes, aux animaux et donc à nous autres bipèdes bien pensants. Ils contiennent des produits toxiques qui polluent la nature et empoisonnent les animaux qui les prennent pour de la nourriture. Vous avez probablement vu un jour, quelque part au Maroc, un troupeau de moutons qui broute au milieu de sacs plastiques. Le malheur avec ces sacs est qu’ils ne se dégradent pas avant 4 siècles, et leur incinération produit un gaz d’une toxicité fatale.

La problématique des sacs plastiques est partagée par le monde entier. Si le Maroc consomme 1.5 milliards de sacs par an, ce chiffre monte à 3 milliards en Belgique, 6 milliards à Taïwan et 17 milliards en France. Néanmoins, de nombreux pays prennent différentes dispositions pour lutter contre cette tare de l’industrie. La cible prioritaire étant les sacs noirs et denses.

Au Maroc, deux raisons spécifiques semblent expliquer la difficulté de se débarrasser de la mika :

Premièrement, la plupart des gens préfèrent utiliser un sac noir et opaque afin de dissimuler leurs courses aux yeux des voisins. Dans notre société où prime l’apparat et le commérage, on préfère que les autres ne sachent pas si on dine avec de la sardine ou du foie, ou quel type de boisson nous avons acheté.

Deuxièmement, comme pour beaucoup d’autres secteurs malheureusement, la production des sacs noirs est faite en bonne partie dans l’informel. Ainsi, selon les sources de Telquel, dans la région de Aïn Harrouda, plusieurs dizaines d’unités travaillent au noir, produisant des sacs dans une totale illégalité. Avec des investissements minimes, les fabricants récupèrent des machines en fin de vie et procèdent à la transformation de rouleaux importés à bas prix de Chine. Sans aucune taxe ou impôt, ils réalisent des profits estimés à 2 milliards de DHs.

Ce deuxième point constitue le talon d’Achille du dispositif juridique mis en place au Maroc pour lutter contre les sacs plastiques. En effet, un arrêté ministériel appliqué depuis le 4 septembre interdit l’utilisation de matière colorante noire pour les sacs en plastique. En plus, la traçabilité, l’origine et l’identité du fabricant deviennent obligatoires. Je rends hommage l’Association marocaine de la plasturgie et aux ministères de tutelles qui ont pris cette initiative qui va dans le bon sens. Elle permettra d’obliger les industriels à introduire des mesures environnementales dans le processus de fabrication des sacs. Mais quid du secteur informel ?
 

Proposition :

Une lutte coordonnée contre les producteurs informels des sacs doit être menée et maintenue jusqu'à éradication afin que l’Etat puisse prendre des mesures de sécurités environnementales. Des enquêtes doivent être menées à partir de toutes les sources d’approvisionnement dans les souks et les épiceries. Evidemment, étant entendu que les grandes surface tel Marjane et Acima ne se procurent que chez les producteurs agréés. Toutes les unités de production illégale découvertes doivent être saisies et démontées. L’importation des machines, matériaux et autres consommables pour cette industrie doivent être contrôlées à la douane pour s’assurer qu’ils n’alimentent pas le réseau informel. Les sanctions en matière de travail non déclaré doivent être appliquées.

 

Une fois dans un environnement maitrisé, une taxe lourde doit venir peser sur les prix des sacs plastiques. Cette taxe se justifie par le coût écologique que subit la société par l’utilisation de ces sacs, coût dont personne ne se charge pour le moment mais qui se répercute sur la santé de la population qui est atteinte de près ou de loin par la toxicité de ces sacs. Les commerçants doivent vendre ces sacs au lieu de les distribuer gratuitement, car dans l’esprit de la plupart le gratuit n’a aucune valeur.

Il faut promouvoir l’utilisation de sacs réutilisables. Pour les petites courses, il existe des petits sacs en tissus qui se rangent très facilement comme un mouchoir, et qu’on peut sortir tout le temps avec nous pour y mettre les courses rapides et imprévues. Pour les grandes courses, il existe de grands sacs, du gabarit de la « gouffa », qui permettent d’embarquer les achats sans les emballer dans un sac plastique.

Par ailleurs, des campagnes d'assainissement et de nettoyage des champs doivent être entreprises par l’Etat en associant des sponsors afin de soigner l’image du Maroc outdoors et d’éviter que d’avantages d’êtres vivants ne soient contaminés par ses sacs.

Enfin, il faut que l’Etat soutienne la production et la promotion de sacs biodégradables, qui se dégradent justement en 4 mois au lieu de 4 siècles. Il faut aider les associations écologistes, comme celle présentée plus haut, qui travaillent sur le terrain afin d'accompagner les politiques. A termes, nous devrons interdire purement et simplement les sacs noirs, comme tant de pays l’ont fait. Si le Rwanda et le Bangladesh l'ont fait, pourquoi pas nous ?

Je vous propose de visionner
cette présentation pps percutante que j'ai trouvé sur le site de Afak (également impliquée dans cette lutte), elle date un peu mais garde pour nous toute sa pertinence.  

 

 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 23:37

Les faits :

Le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime a concocté le plan « Maroc Bleu » dont le rapport sera présenté au Roi le 29 septembre.

Selon l'article de l'Economiste, les objectifs de ce plan peuvent être résumés comme suit :

  • · Conformer le secteur aux normes internationales et aux directives de l’OMC
  • · Améliorer la compétitivité du secteur et accroitre sa contribution dans l’économie nationale
  • · Garantir la qualité et la traçabilité des produits à tous les niveaux de la filière.
  • · Préserver la ressource halieutique

Les moyens qu’il se donne :

  • · Mise à niveau des 16.000 barques artisanales et 1.800 bateaux de pêche côtière en modernisant les équipements et en décentralisant les activités
  • · Adéquation entre la flotte en activité et les capacités halieutiques
  • · Mise en place d’un «plan de sortie de flotte» moyennant indemnisation des armateurs souhaitant se retirer définitivement du secteur
  • · Mise à niveau des circuits de commercialisation et la modernisation de l’entreprise de pêche (gestion des ports de pêche, implantation de marchés de gros au poisson et construction d’une nouvelle génération de halles au poisson)

 

Analyse :

Avec un littoral de 3600 kms, le mérite de ce plan est de chercher à réformer un secteur clé pour l’économie de notre pays, présente et future. Le mot d’ordre semble être la modernisation. Le progrès est certes le bienvenu, mais que ce cache derrière ce mot ?

Ce qui me semble flagrant dans ce plan est une marche forcée vers les règles de l’OMC marquée de la griffe du libéralisme économique. La modernisation ici passe par l’introduction de règles de qualité afin de sécuriser les travailleurs autant que l’hygiène des produits. Cela induit des coûts supplémentaires à supporter pour les exploitants et les artisans pêcheurs. Par conséquent, pour parler jargon économique, c’est une véritable barrière à l’entrée qui va s’instaurer dans ce secteur. Ceux qui pourront surmonter la barrière devront suivre. Un « plan de sortie de flotte » est poliment prévu pour les autres, une hypothèse donc qui semble être prévue comme une fatalité.

De l’avis même des auteurs du rapport, ce sont environ 400.000 emplois qui sont menacés par ce plan (le genre d’emplois que même le HCP n’ignorerait pas) et 11 milliards de dirhams de recette d’exportation.

Par ces temps de crise du chômage, est-il raisonnable d’hypothéquer autant d’emplois dans un secteur pour lequel on cherche initialement le progrès ? Le progrès devrait d’abord être humain avant d’être économique. La crise du libéralisme dont on semble à peine sortir nous a clairement montré que c'est bien l’économie qui doit être mise au service de l’homme et non le contraire. Aujourd’hui déjà, une situation tout à fait scandaleuse se produit chaque jour sur les côtes marocaines où les artisants pêcheurs marocains sont bloqués à quai avec leurs bateaux et n’ont que leurs yeux pour observer les chalutiers étrangers amasser aux filets le poisson sans arrêt ni mesure. Qu’en sera-t-il alors dans l’avenir ? une industrie de rente contrôlée par des multinationales qui sert le capital et nargue les marins ?

Par ces temps de disettes des devises, où le Maroc dispose de terriblement peu de rentrées de devises cette année encore, est-il raisonnable de cracher sur 11 milliards de dirhams de devises ?

Enfin, la préservation des ressources halieutique est un enjeu autant écologique qu’économique. Dans le domaine de la pêche aussi, la triste histoire de certains cas comme en Egypte on montré qu’une ressource non protégée est une ressource qui finit par disparaitre complètement. Un cas emblématique au Maroc est celui de l’algue rouge d’El-Jadida. Une pêche sans réglementation qui tourne au braconnage pour des milliers de familles qui vivent de sa capture et sa vente chaque année. 
Voici un reportage sur cette problématique des algues rouges :

Thalassa - Maroc : les trésors de l'algue rouge - Ma-Tvideo France3
Au Maroc, sur la côte Atlantique, chaque été, des hommes, des femmes, des enfants, passent la journée à récolter une algue rouge, du gélidium. L’équipement est rudimentaire. Une simple chambre à air de camion sert souvent d’embarcation flottante. Un compresseur d’air bricolé permet aux plongeurs de rester des heures sous l’eau. L’algue rouge est une vraie richesse et fait vivre des milliers de familles. Les industries en extraient en effet une précieuse poudre blanche : l’agar-agar. Il s’agit du meilleur gélifiant naturel au monde très prisée dans les pays développés, utilisé aussi bien dans l’alimentation que dans la recherche microbiologique. La côte marocaine possède le plus important gisement naturel au monde d’algues rouges. Mais comment gérer cette ressource dont dépendent aujourd’hui des milliers de familles ?
 

 

  
 Proposition

L’orientation générale de ce Plan devrait protéger avant tout les intérêts des marocains qui vivent directement de la pêche. Les règles de modernisation à introduire ne devraient pas exclure de fait ces artisans de ce qui pour la majorité leur unique source de revenu. Si la gestion des ports, des marchés de gros et des halles de poisson peuvent être entièrement prises en charge par l’Etat, les équipements à imposer pour la pêche et pour le traitement des produits de la pêche devrait être subventionnés soit par des prêts ou par du micro crédit à taux nul. La réussite de ce Plan devrait dépendre de si oui ou non il améliore le quotidien des pêcheurs marocains avant tout.

Il est indispensable d’imposer et de renforcer des quotas pour réglementer scientifiquement les quantités de tous les poissons à pêcher et ce dans toutes les zones, sans oublier le cas des algues rouges, afin de ne pas tuer la poule aux œufs d’or. Cette réglementation passe aussi par la déclaration des ramasseurs d’algue, leur donner statuts et droits comme tout travailleur qui se respecte. Le Maroc ne saurait demeurer cette zone de non droit écologique où des européens peu scrupuleux et où des marocains sans alternatives sérieuses viennent surexploiter le poisson et les autres produits de la mer.

Enfin, la modernisation du secteur de la pêche ne saurait ignorer de moderniser le dialogue social entre ses différents acteurs. La répression meurtrière des syndicats de pêcheurs doit cesser. La parole concertée et organisée des ouvriers du secteur doit être entendue et respectée afin de satisfaire aussi ceux qui vivent quotidiennement de la pêche. Les orientations politiques doivent intégrer aussi dans leurs instances les avis et recommandations des associations écologiques marocaines.


Regardez ce reportage accablant sur la situation dramatique que vivent les pêcheurs d'Essaouira. 

 

 

 

 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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