Un vent de militantisme chaleureux a porté la soirée que je viens de passer.
18H30 je rejoins les membres de l’association CapDéma qui m’ont informé de la manifestation commémorant le 44e
anniversaire du rapt de Mehdi BenBarka. J’ai réalisé que cette manifestation a lieu chaque année. 50 à 60 personnes se sont réunis devant la fameuse brasserie Lipp
à St Germain, brandissant des pancartes avec des photos de l’homme historique, pour honorer la mémoire de celui dont le nom est indissociable de l’histoire récente du Maroc.
Les fils Benbarka ont pris la parole, d’abord pour remercier
les organisations qui soutiennent leur action et leur cause, et ensuite pour rappeler leur combat pour la vérité et la
justice, justice toujours en instance depuis des décennies. Bachir a défendu l’honneur de son père contre ceux qui tentent de salir son nom à des fins opportunistes, au Maroc
comme en France. Nous autres, nous avons senti l’âme de ce grand homme planer sur notre rassemblement.
Il est important de se souvenir, de commémorer le destin singulier et tragique de la « dynamo ». En lui rendant hommage, nous rendons hommage à son combat pour la démocratie et l’émancipation du peuple marocain. Nous nous inspirons de ses idéaux pour leur donner un souffle nouveau. Nous inscrivons notre propre démarche dans un élan quasi centenaire.
19H30 fin de la manifestation. Je fais la connaissance Mohamed
Fredj (photo ci-contre). Prise de photo avec Bachir Ben Barka (photo ci-dessous) et collecte de tracts. J’ai reçu un papier appelant à la solidarité avec les 850 ouvriers licenciés dans la
région de Khouribga par la filiale de l’OCP. Je n’étais pas au courant de cette affaire, mais je tiens à relayer ici leur histoire. Il s’agit encore d’un cas de licenciement de personnel suite à
leur souhait d’adhérer à un syndicat ouvrier. J’insiste
régulièrement sur mon blog, suite à ce genre d’affaires, pour rappeler que le syndicalisme est un droit fondamental du travailleur et un outil à la disposition du bien être des salariés et de
la prospérité de l’entreprise. Je souhaite que le gouvernement se saisisse de leur sort et les préserve de la précarité dans laquelle ils se sont subitement retrouvés.
20H je m’attable dans un café avec des membres de CapDéma et le
Professeur Najib Akesbi. Nous avons eu un débat passionné autour de sujets en vrac. Bloging, Economie, Politique, Agriculture, etc. J’ai été sensibilisé aux conséquences anti démocratiques de
l’article 51 de la constitution. Ce dernier en effet donne un droit de Véto au gouvernement
sur les amendements de la loi de Finances, cette dernière ne peut dans ce cas bénéficier des concertations parlementaires si elles déplaisent au gouvernement. Ce véto aurait été utilisé des
dizaines de fois l’année dernière.
Ainsi en est-il également pour d’autres dispositions qui rendent l’accès d’un parti à un gouvernement problématique puisqu’elles l’empêchent de gouverner librement et d’appliquer son programme électoral pour lequel, théoriquement, il serait élu. Je réalise désormais combien l’avènement de la démocratie au Maroc est tributaire d’une réforme constitutionnelle.
Nous avons enfin discuté de l’initiative du PPS, du PT et FFD qui ont décidé de former un même pôle progressiste, et de la position du PSU vis-à-vis de
cette démarche. Je pense à ce sujet qu’il serait regrettable de manquer cette occasion de rassembler les partis de gauche et de les unir en un seul parti. Je n’entends pas l’argument qui dit
qu’un parti comme le PSU ne se joindrait pas à ce pôle car il ne partage pas la même opinion que les autres partis sur certains sujets et certaines notions « de gauche », ni la critique
qui consiste à discréditer un parti comme le PPS ou même l’USFP sous prétexte que certains de leurs membres ont été au gouvernement durant des années et qu’ils n’ont pas appliqué leurs programmes
et leurs revendications.
D’abord, il ne faut pas porter de jugement sur tout un parti en analysant les faits et gestes d’un seul de ses membres, fût il un représentant du dit parti. Car si cette personne a trahit ses idéaux c’est elle qui s’est discréditée non pas le parti et encore moins ses idéaux.
Ensuite, il est tout à fait normal que les différents partis de gauche aient des points de vue différents même sur les notions les plus fondamentales. Pourtant,
cela ne saurait être un obstacle pour la création d’un parti qui les rassemblent tous. D’ailleurs, il n’existe probablement pas un grand parti dans le monde où tous les membres sont tous d’accord
sur tout. Au contraire, je vois parfaitement tous les partis progressistes réalisant un même parti tout en gardant leurs identités propres en formant des courants en son sein.
Ainsi, il reviendrait à chacun d’eux de batailler pour faire pencher la majorité au sein du parti vers ses propres sensibilités, mais l’essentiel est qu’ils soient tous embarqués dans un même
véhicule qui fera avancer efficacement les idéaux socialistes au Maroc et les conduira à conquérir le pouvoir par les urnes. Il faut garder à l’esprit que l’union implique obligatoirement des
compromis, mais l’union fait la force. Pourquoi ne pas reformer l'Union de Ben Barka, l'UNFP.
Revenons pour finir aux basics, à cette soirée consacrée en l'honneur des héros et fondateurs de la gauche marocaine, je vous invite, pour ceux qui ne la connaisse pas, à visionner la vidéo Ben Barka : l'équation marocaine, introduite par le
témoignage émouvant de Mr Mohamed Fredj.
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