Mr Mezouar a été élu durant le week-end dernier à la présidence du RNI. Le remplacement de Mr Mansouri ne s’est pas fait normalement dans le cadre d’un congrès, il a été provoqué par une procédure particulière. A l’origine, un mouvement réformateur interne se forme petit à petit pour protester contre la gestion du parti. Ce mouvement a formulé des revendications qui ne semblent pas avoir trouvé échos auprès de la direction du parti. A partir de là, ce mouvement a décidé de conquérir le pouvoir pour appliquer lui-même ses réformes. Le plus appréciable est que cette conquête s’est faite par l’application des règles internes prévues par ce parti. L’histoire nous montrera si ce mouvement réformateur est sincère ou opportuniste. Mais, il y a une leçon à retenir de cet évènement : c’est la fin annoncée du mode de gouvernance des partis basé sur le charisme des leaders.
Archaïsmes des partis traditionnels
Traditionnellement, les partis se forment autour de figures de proue qui, par leur engagement et
leur sacrifice, incarnent littéralement les idéaux et les valeurs promues par le parti. Lorsque l’on parle par exemple de stalinisme, de gaullisme ou autre révolution bolivarienne, on lie
explicitement le mouvement politique, c'est-à-dire cet ensemble d’idées et de projets, à une personne physique, et cela n’est pas sans conséquences. Le charisme des leaders peut donc se justifier
par leur intellect ou par leur effort personnel de militantisme, mais aussi, comme c’est malheureusement encore le cas au Maroc, par les privilèges économiques ou par la proximité aux sphères du
pouvoir dont ils jouissent. En tout cas, une fois cette légitimité établie, le fonctionnement du parti est entièrement tourné vers ces personnes. Ces dernières, convaincues que la destinée
du parti repose sur leurs épaules, mettent entre leurs mains toutes les sources d’initiatives, laissant pour « la base militante » la seule tâche ingrate d’exécuter leurs décisions.
Dans une récente apparition sur 2M, Mr Sassi (PSU) indiquait justement que le mode de gouvernance des partis traditionnels qui reposait sur le charisme des leaders les dispensait de se doter d'une structure démocratique.
Le fait de confondre ainsi charisme personnel des leaders et projets politiques d’un parti présentent beaucoup d’inconvénients. Lorsque les dirigeants se montrent sourds aux messages de leurs militants et se bornent à se conduire comme ils l’entendent, ils suscitent la frustration et, souvent, la désunion. A propos, L’USFP est un véritable cas d’école en la matière puisqu’il n’a cessé de voir des groupes internes se désolidariser et s’en aller créer de nouvelles formations. On se retrouve aujourd’hui paradoxalement avec des partis portant des noms différents mais qui affichent grossièrement le même projet politique. A la désillusion des militants qui ont fait scission s’ajoute la perplexité de la société. Au final, c’est le projet politique qui autrefois réunissait tout ce beau monde qui en victime, en témoigne les bas scores électoraux et le poids politique affaibli de ces groupes disparates.
Du pragmatisme et de la justice
Le salut des idéaux et du parti qui les porte vient de la démocratie interne qui le régit. La modernité ici réside dans le fait d’attribuer, non pas à des personnes, mais à la force des idées et de la structure interne au parti les garanties de constance et dynamisme du parti. La démocratie interne doit reposer sur un ensemble de règlements, procédures et organisations qui lui garantissent certains principes vitaux dont ceux-ci :
Ces principes sont appliqués en façade et à des degrés différents par les partis marocains. Il m’est arrivé d’assister à une université d’été d’un parti au Maroc et à des ateliers de débats pour proposer des programmes, même si je ne savais où s’acheminait le flux d’idées produit ni ce qu’il en était fait. La situation n’est donc pas nulle, mais bien des choses restent à améliorer, notamment en termes organisationnels. Les partis qui me semblent dotés d’une structure moderne aujourd’hui sont le PJD, le PSU et, à ce que je vois, le RNI quoi que ce dernier a compté dans ses rangs Mr jaouhari, ex député de Meknès, aujourd’hui poursuivi pour trafic de cocaïne. Le PAM est typiquement le parti qui repose sur le charisme de son leader (charisme attribué par contagion dirait les sociologues). L’USFP quant à lui semble à peine entamer sa réforme maintenant que son secrétaire général a été libéré de sa fonction ministérielle.
Pour inciter les partis à se moderniser, l’Etat a déjà promulgué une loi qui constitue une bonne avancée. Cette loi n’a toutefois pas mis un terme au phénomène de transhumance politique, le plus souvent au profit du PAM depuis sa création comme c’est le cas cette semaine encore où une trentaine de conseillers communaux de la région de Fès appartenant à l’Istiqlal et au RNI ont migré en groupe vers le tracteur. J’aurais pensé qu’il serait bon que cette loi aille plus loin et détermine avec beaucoup plus de précision le mode de fonctionnement et de direction des partis comme c’est le cas pour les entreprises. Après tout, les partis ont une fonction pour la société, et une responsabilité envers elle, toute aussi importante.
Néanmoins, lorsqu’on sait combien des lois comme celle de la moudawana peinent souvent à trouver stricte application par les juges, combien de droits de travailleurs basiques tel le droit de perce
Je suis agréablement surpirs par ton approche de la situation, toujours méthodique et objective!
On peut le partger ou pas, mais elle a l'avantage d'apporter un regard serein sur la vie politique dans ce pays!
Je te rejoins sur un pont fondamental que tu as soulevé : la justice est la clé de voûte de tout changement sérieux au Maroc!