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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /2009 13:40

Les faits :

Une initiative fort louable est réalisée par une association de jeunes à Fès nommée « Espace Anouar et initiative des jeunes ». Depuis ce lundi, ils ont investi le marché « souikat sellaline » près de Bab boujloud dans la vielle ville où ils ont installé une petite tente d’accueil, avec comme objectif : sensibiliser les passants, et surtout les femmes habituées à fréquenter le marché, des dangers de l’utilisation du sac plastique, l’mika. Ils semblent remporter un vif succès, d’après l’article d’Almassae, alors que près de 600 femmes sont venues les écouter.

Cette opération n’a bénéficié de l’aide ni du conseil de la ville de Fès (qui préfère probablement investir dans de belles fontaines dans les carrefours de la ville ou de s'attaquer à Ben Barka) ni de la préfecture de la médina de Fès. L’aide est venue plutôt d’une institution de coopération française qui a accordé une subvention de 55.000 DHs, grâce à quoi ces jeunes fassis comptent distribuer durant cette semaine environ 300 paniers en paille traditionnels, l’gouffa comme on dit chez nous. Je les félicite vivement pour cette initiative !

 

Analyse :

Pour rappel, l’utilisation des sacs plastiques nuit gravement à l’environnement, aux plantes, aux animaux et donc à nous autres bipèdes bien pensants. Ils contiennent des produits toxiques qui polluent la nature et empoisonnent les animaux qui les prennent pour de la nourriture. Vous avez probablement vu un jour, quelque part au Maroc, un troupeau de moutons qui broute au milieu de sacs plastiques. Le malheur avec ces sacs est qu’ils ne se dégradent pas avant 4 siècles, et leur incinération produit un gaz d’une toxicité fatale.

La problématique des sacs plastiques est partagée par le monde entier. Si le Maroc consomme 1.5 milliards de sacs par an, ce chiffre monte à 3 milliards en Belgique, 6 milliards à Taïwan et 17 milliards en France. Néanmoins, de nombreux pays prennent différentes dispositions pour lutter contre cette tare de l’industrie. La cible prioritaire étant les sacs noirs et denses.

Au Maroc, deux raisons spécifiques semblent expliquer la difficulté de se débarrasser de la mika :

Premièrement, la plupart des gens préfèrent utiliser un sac noir et opaque afin de dissimuler leurs courses aux yeux des voisins. Dans notre société où prime l’apparat et le commérage, on préfère que les autres ne sachent pas si on dine avec de la sardine ou du foie, ou quel type de boisson nous avons acheté.

Deuxièmement, comme pour beaucoup d’autres secteurs malheureusement, la production des sacs noirs est faite en bonne partie dans l’informel. Ainsi, selon les sources de Telquel, dans la région de Aïn Harrouda, plusieurs dizaines d’unités travaillent au noir, produisant des sacs dans une totale illégalité. Avec des investissements minimes, les fabricants récupèrent des machines en fin de vie et procèdent à la transformation de rouleaux importés à bas prix de Chine. Sans aucune taxe ou impôt, ils réalisent des profits estimés à 2 milliards de DHs.

Ce deuxième point constitue le talon d’Achille du dispositif juridique mis en place au Maroc pour lutter contre les sacs plastiques. En effet, un arrêté ministériel appliqué depuis le 4 septembre interdit l’utilisation de matière colorante noire pour les sacs en plastique. En plus, la traçabilité, l’origine et l’identité du fabricant deviennent obligatoires. Je rends hommage l’Association marocaine de la plasturgie et aux ministères de tutelles qui ont pris cette initiative qui va dans le bon sens. Elle permettra d’obliger les industriels à introduire des mesures environnementales dans le processus de fabrication des sacs. Mais quid du secteur informel ?
 

Proposition :

Une lutte coordonnée contre les producteurs informels des sacs doit être menée et maintenue jusqu'à éradication afin que l’Etat puisse prendre des mesures de sécurités environnementales. Des enquêtes doivent être menées à partir de toutes les sources d’approvisionnement dans les souks et les épiceries. Evidemment, étant entendu que les grandes surface tel Marjane et Acima ne se procurent que chez les producteurs agréés. Toutes les unités de production illégale découvertes doivent être saisies et démontées. L’importation des machines, matériaux et autres consommables pour cette industrie doivent être contrôlées à la douane pour s’assurer qu’ils n’alimentent pas le réseau informel. Les sanctions en matière de travail non déclaré doivent être appliquées.

 

Une fois dans un environnement maitrisé, une taxe lourde doit venir peser sur les prix des sacs plastiques. Cette taxe se justifie par le coût écologique que subit la société par l’utilisation de ces sacs, coût dont personne ne se charge pour le moment mais qui se répercute sur la santé de la population qui est atteinte de près ou de loin par la toxicité de ces sacs. Les commerçants doivent vendre ces sacs au lieu de les distribuer gratuitement, car dans l’esprit de la plupart le gratuit n’a aucune valeur.

Il faut promouvoir l’utilisation de sacs réutilisables. Pour les petites courses, il existe des petits sacs en tissus qui se rangent très facilement comme un mouchoir, et qu’on peut sortir tout le temps avec nous pour y mettre les courses rapides et imprévues. Pour les grandes courses, il existe de grands sacs, du gabarit de la « gouffa », qui permettent d’embarquer les achats sans les emballer dans un sac plastique.

Par ailleurs, des campagnes d'assainissement et de nettoyage des champs doivent être entreprises par l’Etat en associant des sponsors afin de soigner l’image du Maroc outdoors et d’éviter que d’avantages d’êtres vivants ne soient contaminés par ses sacs.

Enfin, il faut que l’Etat soutienne la production et la promotion de sacs biodégradables, qui se dégradent justement en 4 mois au lieu de 4 siècles. Il faut aider les associations écologistes, comme celle présentée plus haut, qui travaillent sur le terrain afin d'accompagner les politiques. A termes, nous devrons interdire purement et simplement les sacs noirs, comme tant de pays l’ont fait. Si le Rwanda et le Bangladesh l'ont fait, pourquoi pas nous ?

Je vous propose de visionner
cette présentation pps percutante que j'ai trouvé sur le site de Afak (également impliquée dans cette lutte), elle date un peu mais garde pour nous toute sa pertinence.  

 

 

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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