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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 19:34

Je suis un jeune en formation :
Je suis passionné de politique. Si je ne cesse de nourrir ma soif de connaissance théorique à travers la littérature à laquelle j’ai accès, je demeure un novice en matière de pratique de la politique sur le terrain. Quoi de mieux pour combler cette lacune que de s’engager dans la vie interne d’un parti ? Après avoir passé une année aux cotés de la Chabiba ittihadia (la jeunesse de l’USFP) à Casablanca, j’ai été déçu (pour ne pas dire choqué) par la faiblesse, ou l’absence, de l’action militante sur le terrain. Je peux compter sur les doigts de mes mains le nombre d’actions concrètes qui ont été réalisées en un an. Pour le reste, nos réunions se réduisaient à prendre un thé au Café Casablanca Bd My youssef et parler de choses personnelles.

Arrivé à Paris, et animé par le même besoin de me former, j’ai rejoins le Mouvement des jeunes socialistes au printemps dernier, durant la manifestation du 1er mai.  J’ai été stupéfait par le dynamisme de cette organisation. Je suis passé, si on m’excuse l’expression darija, de l’âne à l’avion. Chaque lundi, je reçois par mail le planning de la semaine des actions militantes prévues, souvent une voire plusieurs actions par jour : Réunions de section, cafés actu, diffusion ou collage de tracts, manifestations de soutien, formations thématiques, voyages, meetings avec le PS, etc. A chaque réunion, je croise des jeunes qui ont pour la plupart entre 18 et 20 ans, mais dont la conscience et les compétences politiques m’impressionnent compte tenu de leur âge (J’avoue qu’à cet âge là moi, je ne m’intéressais qu’à ce qui pouvait me faire rire ou me divertir). A chacune de leur prise de parole, dans le verbe comme dans la forme, j’ai le sentiment d’être devant une jeune pousse qui court vers un brillant avenir politique.

J’ai assisté hier soir à l’assemblée générale du MJS. Le mandat de la direction prenant fin, les trois courants du Mouvement concourent afin d’accéder à la direction et lui donner le ton de sa propre sensibilité. Pour résumer, il existe un courant dit de centre gauche qui admet le système économique actuel mais tente de le moraliser à la marge, il y a celui dit de social-démocratie qui aussi admet le capitalisme mais est plus offensif quant à l’affirmation des valeurs socialistes (biens sociaux, puissance publique, etc.), et enfin il y a le courant de socialisme authentique qui entend supprimer le capitalisme et le remplacer (ma sensibilité personnelle). Durant cette assemblée, les trois motions ont été présentées puis débattues avec l’assistance. Le MJS partage la crise identitaire de tous les mouvements de gauche, même ceux du Maroc. Un déchirement entre une persistance pour une alternative au capitalisme d’une part, et une approche progressive qui tente de ramener le système actuel aux valeurs socialistes d’autre part. Un débat passionnant a animé cette assemblée et il semblerait que la motion de « socialisme authentique » l’emportera dans le scrutin du samedi prochain (ce sera mon choix de vote en tout cas), que voulez-vous la jeunesse est idéaliste par nature. Malgré les difficultés que traversent le PS et toute la gauche en France, j’ai entendu des jeunes confiants dans l’avenir du socialisme, dans leur capacité à fédérer d’avantages de monde autour de leur idéaux et à changer le monde. La jeunesse est optimiste.

Wa finekoum wou fine’hna

Au Maroc, il me semble que nous partons de loin si nous évaluons l'organisation des mouvements de jeunes militants. La jeunesse des partis est atomique et centralisée à Rabat. L’action militante est négligée et se résume le plus souvent à un congrès durant l’été à Bouznika, surtout si aucune échéance électorale n’est en vue. L’activité des sections, lorsqu’elles existent, se confond avec celui d’autres associations non partisanes. L’accès au parti, quant à lui, relève du parcours du combattant. Moi-même, même en payant ma cotisation, même en ayant fréquenté les dirigeants de la chabiba durant un an et étais présenté à quelques figures du parti et au premier secrétaire lui-même, je ne suis pas arrivé à obtenir ma carte de membre (ils n’étaient peut être pas sûrs de savoir pour qui je voterais éventuellement lors d’un congrès).

D’un autre coté, la culture politique est largement discréditée au Maroc. Depuis notre tendre enfance, on nous explique que la politique, lorsqu’elle n’est pas dangereuse, ne concerne que les corrompus et les criminels. On nous explique que de toute manière il n’existe qu’une seule Personne au Maroc qui fait la politique et que tout le reste n’est qu’une bande de figurants. Et pour finir de nous dégouter de cette matière, on nous bachote au lycée un cours de droit constitutionnel indigeste (dit Education civique) alors que nous ne comprenons même pas encore ce qu'est le droit et encore moins ce qu'est la constitution.

Une mise à niveau de l’action politique au Maroc :

 Nous avons besoin de partis qui promeuvent, soutiennent et encadrent le militantisme des jeunes. Un parti qui investit dans sa jeunesse garantit sa pérennité et son dynamisme. Parce qu’ils ont plus de temps libre que les adultes, les jeunes ont une énergie précieuse à employer pour les partis. Il lui faut donc créer des sections de jeunes pour chaque quartier, former les jeunes à l’organisation et à l’animation des sections. Il faut leur donner les moyens de publier leur journal et de le distribuer, rédiger des tracts et les diffuser, organiser les réunions pour discuter l’actualité et l’histoire pour former jeunes membres et leur permettre de défendre les idéaux du parti au sein de leur environnement. Que les jeunes militants soient des porteurs d'idées et non pas des pions qu'on habille au couleurs du parti lors des scrutins et qu'on envoie distribuer des tracts dont ils ne connaissent même pas le contenu. 

Nous avons besoin de partis qui montrent aux jeunes que les actions militantes servent à quelque chose. Nous avons besoin que les jeunes retrouvent cette foi inébranlable en leur capacité à faire progresser notre société et qu’ils s’y investissent avec force et dynamisme. Il faut que la jeunesse militante et politique retrouve dans la société la place qu’elle a perdue, bon sang la répression politique des années 80 est passée maintenant ! Comment peut-on espérer une participation massive des gens à la politique si les écoles sont aseptisées de toute activité militante ? Place à un espace riche de militantisme dans les écoles et les universités pour ceux que cela intéresse ! Place à un retour du citoyen dans l’espace public pour se préoccuper de son pays !  Jeunes marocains donnez de vous-même à votre pays !

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Evènement
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