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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /2009 13:40

Une manifestation pour sonner l’alarme

Les deux principaux syndicats du secteur de la santé au Maroc ont appelé à une grève nationale le 10 décembre prochain. Ils entendent ainsi alerter le gouvernement sur la dégradation sans précédant de ce secteur. Hôpitaux et services de santé seront donc  à priori fermés à l’exception de ceux des urgences et de réanimation bien entendu.

D’après l’article d’Assabah, les grévistes veulent dénoncer l’anarchie qui règne dans les modalités de désignations des postes de responsabilité (directeurs de CHU, directeurs d’hôpitaux, etc .) qui seraient régies par des affinités politiciennes et non pas par des règles transparentes et justes. Sont aussi pointés du doigts la non application de certains points des accords de 2006 entre syndicats et gouvernement, contrairement à ce qu’avait annoncé en 2007 le tout nouveau Président de la Chambre des conseillers, Mr Biadillah, alors Ministre de la santé. Le syndicat national des médecins du secteur libéral, quant à lui, confirme que les conditions de travail des professionnels sont décourageantes : Manque de moyens matériels et humains, manque de dispositifs de prévention contre la grippe H1N1, etc. L’Organisation Démocratique de la Santé avait dressé dès l’année dernière un sombre bilan qui semble toujours d’actualité, accompagné d'une série de mesures proposées.

Un secteur à la santé fragile

Il est insinué que cet appel à la grève est motivé par des raisons politiciennes et stratégiques de la part des syndicats affiliés à l’USFP et au PJD. Une chose est sûre pourtant, le secteur de la santé au Maroc a besoin d’une prise en main volontariste de la part du gouvernement.

A titre d’exemple, le Pr Iraqui souligne le paradoxe de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) qui est censée être un progrès social du gouvernement Jettou. Ici, l’obligation ne porte pas sur la couverture mais sur la cotisation. Cette dernière concerne aussi bien le pauvre que le riche mais « le remboursement est lié à la capacité de payer une contribution supplémentaire ». Dans le cas d’opérations couteuses, les personnes à revenus modestes, contrairement aux riches, ne peuvent accéder au soin alors qu’elles ont cotisé aussi. « C’est donc une solidarité non pas du riche vis-à-vis du pauvre, mais du pauvre envers le riche ». Le Professeur alerte aussi sur les dangers que représente la réforme qui stipule que les cliniques peuvent appartenir à des non professionnels. « Encore une fois, c’est la demande solvable qui sera prise en compte. Une bonne partie de la population marocaine en sera exclue. C’est une aberration totale. On ne peut pas financer un domaine social en faveur de capitalistes ».

Le système de santé marocain connaît depuis trop longtemps une crise chronique qui souffre d’un sous financement persistant, une gestion archaïque, une prise en charge discriminatoire, fondée sur le prépaiement (voire sur la corruption), l’accroissement des inégalités dans l’accès aux soins, un coût d’accès au médicament exorbitant. A ce propos, un excellent travail d’une commission parlementaire sur le coût d’accès au médicament a révélé le 3 novembre ses résultats. Mr Hariri (USFP) qui a conduit cette commission indique, dans le rapport de la mission, que les prix des médicaments sont anormalement élevés au Maroc et que la responsabilité incombe à la fois au secteur industriel et à l’administration chargée de la fixation des prix, en l’occurrence le ministère de la santé.

Le Maroc a besoin d’un plan de santé global

Il est essentiel que les postes de responsabilités dans les CHU et autres centres de soin et de santé soient attribués suivant une méthode juste et démocratique. Seules les compétences techniques, managériales et humaines doivent être prises en comptes, aucun critère d’appartenance politique ou syndical ne doit être considéré.

Le syndicat national des médecins du secteur libéral appelle de son coté le gouvernement à ouvrir un dialogue effectif sur les dossiers du doctorat de médecine et du doctorat national. Il est encore temps pour le gouvernement d’éviter la grève en s’ouvrant réellement aux doléances des professionnels et en mettant à l’œuvre des solutions pour y répondre.

Par ailleurs, la mission parlementaire sur les prix des médicament préconise, entre autres, la séparation des missions d’ autorisation de mise sur le marché (AMM) de celle de fixation des prix des médicaments, de définir un prix de référence pour les médicaments et de sensibiliser les médecins et les patients aux génériques. Une mesure incitative en effet serait d’exclure du remboursement de l’AMO tout médicament coûteux dont il existe un générique et dont le prix est supérieur de 20 % à celui du générique le moins cher.

Alors que Barack Obama s’achemine vers l’adoption de son fameux plan de réforme de la santé, le Maroc a tout autant besoin d’une stratégie globale pour garantir ce bien public et essentiel à la population, mais y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Economie
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Commentaires

merci pour cette article
Commentaire n°1 posté par mutuelle chomeur le 18/11/2009 à 10h23
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