Une grève dans le secteur des transports, dont la date sera vraisemblablement annoncée le 4 janvier, se profile sur fond de désaccord entre les instances politiques et représentatives.
Nous nous souvenons encore des débrayages massifs qui ont été tenus durant le printemps dernier par les transporteurs routiers,
alors que le ministre de tutelle avait tenté de faire passer un code de la route dont le seul mérite est d’être inspiré du code suédois. Depuis, on a laissé l’eau couler sous les ponts et
entrepris cette fois d’ouvrir une démarche de dialogue social avec les principaux concernés du secteur.
Adopté en janvier dernier par la chambre des représentants, le projet attend aujourd’hui de passer le cap de la chambre des conseillers.
Un dialogue social mal organisé et peu maitrisé
L’Union des syndicats professionnels du secteur du transport déplore que les réunions de négociation aient compris uniquement les syndicats locaux de Casablanca, excluant de fait du dialogue les représentants syndicaux du reste du Royaume. Le secrétaire générale de cette Union n’exclut pas d’appeler à des grèves même si le projet est adopté par la chambre des conseillers.
Pourtant, d’après l’article d’assabah, les amendements négociés ont fait aboutir certaines revendications des syndicats. Le montant de certaines amendes ainsi que la durée de retrait du permis (un an initialement) ont été divisés par deux. Le nombre des points du permis est passé de 24 à 30, et les points à enlever lors d’infractions ont été diminués. Ces amendements ont certes été vus et approuvés par des associations professionnelles du secteur routier qui ont tenu une réunion mercredi dernier au ministère du transport, mais pas par les principaux syndicats.
Ces derniers, sous la houlette de l’ODT, exigent que leurs revendications soient prises en compte et discutées à la chambre des conseillers. Selon l’article d’Almassae, ils souhaitent que ce projet dépasse le cadre du code de la route pour s’élargir notamment à d’autres considérations comme l’établissement d’un statut des professionnels du secteur et l’affiliation à la CNSS. Ils ont même élaboré un « manifeste de bonne conduite » à paraitre prochainement qui se veut un substitut au projet de code de la route. Ce manifeste comprend une série de mesures procédurales, sociales et disciplinaires.
Le progrès social passe par la mise en collaboration de tous les acteurs sociaux
Il n’est pas juste d’exclure les centrales syndicales des autres régions que Casablanca dans les négociations du projet de loi, même si cela ne facilitera pas le passage à la chambre des conseillers. Il est illusoire de croire que les représentants exclus se résigneront au silence en laissant d’autres personnes décider pour leur sort. Il est essentiel que ce projet voie l’ensemble des représentants sociaux y collaborer.
La route continue à apporter chaque jour son lot de victimes des chauffards, mais le projet de
code la route ne doit pas passer à la chambre des conseillers avant d’avoir l’aval de l’ensemble des centrales syndicales. En tentant de passer en force, le gouvernement se retrouve aujourd'hui
avec un front de 58 organisations syndicales qui s’apprêtent à lancer un mouvement « sans précédent ». En essayant de faire vite, le gouvernement risque de nous faire perdre encore six
mois de conflits. L’urgence ne justifie pas la précipitation et le bâclage des travaux, mais la concertation et le sens des responsabilités.
Les syndicats quant à eux ne doivent pas s’illusionner avec un projet de code ou de manifeste parallèle. Ils doivent apporter leur
idées et propositions lors des tables de négociations et les défendre avec des arguments logiques et non uniquement avec des menaces de grèves. La réforme ne se fera pas en dehors du
gouvernement et du parlement, mais il serait en effet opportun de voir plus grand que la réforme du seul code de la route. La chambre des conseillers propose de réformer également les prestations des auto-écoles, il serait en effet bon moderniser cette formation et d’assainir la
triche qui y sévit par moment.
Dans la mesure où ce projet de code de la route a fait plancher les instances politiques sur l’environnement des routiers professionnels, il serait aussi opportun d’accompagner cette occasion par une réforme des dispositions sociales de cette catégorie de travailleurs. En proposant d'améliorer leurs conditions sociales, le gouvernement peut trouver un moyen de persuader des routiers d'accepter un nouveau code de la route plus sévère et plus stricte.
Enfin, lorsque les négociations aboutiront et que les accords globaux seront ratifiés par tout le monde, il sera du devoir de chacun de s’y tenir.
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