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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 12:06

Ils ont attendu toute la nuit sur le site de Sidi Allal Tazi proche de Kénitra. Ils savaient que la brigade de la gendarmerie les attendait. Après avoir volé et chargé leurs camions de dizaines de tonnes de sables doré, au levé du jour, le convoi tente de franchir de force le barrage. Devant leur détermination, les gendarmes ont ouvert le feu et réussit à intercepté deux véhicules de poids lourd. Les fuyants font l’objet actuellement d’une recherche que j’espère aboutira rapidement à leur interpellation.

Les brigades de lutte contre l’extraction illégale du sable mise en place il y a un peu plus d’un an semblent réussir à lutter, ou du moins, à contrecarrer ce trafic qui n’épargne aucune région et qui dévaste l’environnement du pays. Cependant, certaines initiatives restent à entreprendre pour accompagner cet effort militaire.

Des services corrompus, des lois dépassées

En effet, si les voleurs de sable ont attendu toute la nuit en espérant que le barrage sera levé au matin c’est qu’ils ont été alertés. Des taupes se cachent donc probablement parmi les brigades sapant ainsi l’effet de surprise. La corruption, ici encore, est un poison qui tue notre environnement à petit feu, tandis qu'un grand camion chargé de sable volé arrêté par la gendarmerie s'est avéré appartenir à un député.

Aussi, il y a un grand vide juridique concernant l’interdiction d’extraire le sable sans autorisation. Les poursuites judiciaires actuelles reposent sur un Dahir qui date de l’époque du protectorat, et le code pénal ne prévoit aucune peine pour ces délits. Par conséquent, plusieurs poursuites judiciaires contres des voleurs de sable n’aboutissent pas, ce qui les encourage à récidiver.

http://menara.ma/images/NS_amina-benkhadra_G.jpgPourtant, l’extraction illégale du sable est malheureusement une pratique qui dure depuis trop longtemps, au grand dam des riverains et associations qui observent impuissants devant le sabotage de l’environnement et incapables de s’opposer à ces mafias qui opèrent même en plein jour. Néanmoins, suite au discours du Trône 2009, le ministère de l’environnement est en charge d’élaborer une charte de l’environnement. Cette charte, selon la ministre Mme Benkhadra, « instituera des principes fondamentaux, notamment ceux du développement durable, de la notion du droit environnemental, de la participation et de l'engagement ». La France a adopté une charte de l’environnement qui aujourd’hui a la même valeur juridique que la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789.

Des hommes, des yeux et des lois pour protéger notre terre

Une enquête interne doit être menée afin d’identifier les taupes qui alertent les voleurs lorsque les brigades organisent une descente. Des méthodes pratiques d’isolation et de changements des équipes peuvent être utilisées secrètement pour les repérer. Une fois identifiés, il faut en profiter pour aider les brigades à les mener jusqu’au mafieux avec lesquels ils collaborent. De là, il faut remonter toute la filière de trafic du sable volé et découvrir les entreprises qui alimentent ce funeste marché afin de le démanteler. Aussi, le dispositif de traçabilité mis en place par le gouvernement doit être élargi au secteur privé.

Par ailleurs, les sites victimes d’extraction illégale doivent être identifiés sur tout le territoire si ce n’est pas déjà fait. Une surveillance de ces sites peut être facilitée en installant discrètement des caméras infrarouges sur chacun d’entre eux, et en les connectant à des postes de brigade de la gendarmerie prêtes à intervenir lorsque les voleurs se pointeront.

Enfin, s’agissant de la charte de l’environnement, qui fera l'objet de concertations régionales et qui doit être finalisée en Mars prochain, à coté du volet « économie verte » de ce programme qui tourne autour de l’énergie, il est indispensable d’établir les bases juridiques de protection de l’environnement, notamment pour les plages et les dunes qui sont vitales pour leurs écosystèmes. Une loi doit être promulguée interdisant clairement la participation à n'importe quel niveau au trafic illégal du sable. Le désastre provoqué par FADESA à Saïdia sur le sable et d'ailleurs sur tout l'environnement (voir vidéo ci-dessous), avec la bénédiction du gouvernement, est une erreur qui doit nous servir de leçon pour l'avenir et éviter ainsi à la plage blanche de Goulmime de subir le même sort. Car plus que des brigades de gendarmerie, c’est bien l’état de droit qui doit se dresser devant les pilleurs de sable.



Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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