Ils ont attendu toute la nuit sur le site de Sidi Allal Tazi proche de Kénitra. Ils savaient que la brigade de la gendarmerie les attendait. Après avoir volé et chargé leurs camions de dizaines de tonnes de sables doré, au levé du jour, le convoi tente de franchir de force le barrage. Devant leur détermination, les gendarmes ont ouvert le feu et réussit à intercepté deux véhicules de poids lourd. Les fuyants font l’objet actuellement d’une recherche que j’espère aboutira rapidement à leur interpellation.
Les brigades de lutte contre l’extraction illégale du sable mise en place il y a un peu plus d’un an semblent réussir à lutter, ou du moins, à contrecarrer ce trafic qui n’épargne aucune région et qui dévaste l’environnement du pays. Cependant, certaines initiatives restent à entreprendre pour accompagner cet effort militaire.
Des services corrompus, des lois dépassées
En effet, si les voleurs de sable ont attendu toute la nuit en espérant que le barrage sera levé au matin c’est qu’ils ont été
alertés. Des taupes se cachent donc probablement parmi les brigades sapant ainsi l’effet de surprise. La corruption, ici encore, est un poison qui tue notre environnement à petit feu, tandis
qu'un grand camion chargé de sable volé arrêté par la gendarmerie s'est avéré appartenir à un
député.
Aussi, il y a un grand vide juridique concernant l’interdiction d’extraire le sable sans autorisation. Les poursuites judiciaires actuelles reposent sur un Dahir qui date de l’époque du protectorat, et le code pénal ne prévoit aucune peine pour ces délits. Par conséquent, plusieurs poursuites judiciaires contres des voleurs de sable n’aboutissent pas, ce qui les encourage à récidiver.
Pourtant, l’extraction illégale du sable est malheureusement une pratique qui dure depuis trop longtemps, au grand dam des riverains et
associations qui observent impuissants devant le sabotage de l’environnement et incapables de s’opposer à ces mafias qui opèrent même en plein jour. Néanmoins, suite au discours du Trône 2009, le
ministère de l’environnement est en charge d’élaborer une charte de l’environnement. Cette charte, selon la ministre Mme
Benkhadra, « instituera des principes fondamentaux, notamment ceux du développement durable, de la notion du droit environnemental, de la participation et de l'engagement ». La
France a adopté une charte de l’environnement qui aujourd’hui a la même valeur juridique que la Déclaration des Droits
de l’Homme de 1789.
Des hommes, des yeux et des lois pour protéger notre terre
Une enquête interne doit être menée afin d’identifier les taupes qui alertent les voleurs lorsque les brigades organisent une
descente. Des méthodes pratiques d’isolation et de changements des équipes peuvent être utilisées secrètement pour les repérer. Une fois identifiés, il faut en profiter pour aider les brigades à
les mener jusqu’au mafieux avec lesquels ils collaborent. De là, il faut remonter toute la filière de trafic du sable volé et découvrir les entreprises qui alimentent ce funeste marché afin de le
démanteler. Aussi, le dispositif de traçabilité mis en place par le gouvernement doit être élargi au secteur
privé.
Par ailleurs, les sites victimes d’extraction illégale doivent être identifiés sur tout le territoire si ce n’est pas déjà fait. Une surveillance de ces sites peut être facilitée en installant discrètement des caméras infrarouges sur chacun d’entre eux, et en les connectant à des postes de brigade de la gendarmerie prêtes à intervenir lorsque les voleurs se pointeront.
Enfin, s’agissant de la charte de l’environnement, qui fera l'objet de concertations régionales et qui doit être finalisée
en Mars prochain, à coté du volet « économie verte » de ce programme qui tourne autour de l’énergie, il est indispensable d’établir les bases juridiques de protection de
l’environnement, notamment pour les plages et les dunes qui sont vitales pour leurs écosystèmes. Une loi doit être promulguée interdisant clairement la participation à n'importe quel niveau au
trafic illégal du sable. Le désastre provoqué par FADESA à Saïdia sur le sable et d'ailleurs sur tout l'environnement (voir vidéo ci-dessous), avec la bénédiction du gouvernement, est une erreur
qui doit nous servir de leçon pour l'avenir et éviter ainsi à la plage blanche de Goulmime de subir le même sort. Car plus que des brigades de gendarmerie, c’est bien l’état de droit qui doit se
dresser devant les pilleurs de sable.
http://74.53.192.83/?artid=33556
J'aimerais si tu permets verser une anecdote au dossier. Il y a une quinzaine d'années, l'un de mes amis qui vivait à Dar Bouazza avait décidé de s'opposer aux pilleurs de sable qui sévissaient (qui sévissent toujours sans doute) dans cette région. Chaque nuit, il enfourchait sa moto, une solide enduro, et sillonnait les environs. Et quand il tombait sur des pilleurs, il leur cassait le travail en allant prévenir les gendarmes.
évidemment, les gendarmes n'étaient pas forcément heureux de pouvoir compter sur lui parce qu'il les mettait souvent en porte-àfaux mais ils étaient bien forcés d'intervenir vu que mon ami est étranger.
Mais quand il a déménagé de dar Bouazza, il a été bien forcé lui aussi d'interrompre ses rodéos, d'autant qu'il commençait à risquer sérieusement sa peau, ce que les gendarmes, relativement impuissants, n'avaient pas manqué de lui faire observer.
Aujourd'hui, on a vu ce que les bétonneurs ont fait du sable pillé sur les plages de Dar Bouazza, préisément à Dar Bouazza. Le Canard Libéré leur avait d'aieurs l'année dernière taillé un costard de toute beauté et je crois savoir que bien des promoteurs en avaient été traumatisés, surtout que certains avaient été nommément cité par le canard en question.
Quant à Saaidia, quel catastrophe ! je suis désolé, affligé, meurtri biologiquement parlant, dans la mesure ou je sais que je dépends de l'écosystème tout autant que les oiseaux ou les poissons, et ce que je vois se faire impitoyablement là-bas me glace de panique et d'effroi.
Des camions interceptés qui appartiennent à des députés ? Quelle honte !C'est quand les prochaines élections ?
@Salvadorali,
Merci pour ton compliment, même si j’estime que celui a du courage est plutôt ton ami qui guettait les voleurs pour prévenir les gendarmes. C’est typiquement l’exemple que nous devrions suivre en tant que « société civile ». A l’instar du sniper qui a filmé la corruption en live, nous devrions nous organiser pour dénoncer les atteintes à notre environnement proche.
tant pis pour ta modestie, je maintiens mes félicitations pour le travail d'information et de sensibilisation que tu fais.
Mais pour ce qui est des "snipers", je réprouve absolument cette pratique.
D'abord parce que les snipers de guerre n'ont que mon mépris : moi je ne me cache pas pour tirer sur un ennemi, je l'affronte en face, c'est comme ça qu'on m'a appris à me battre quand il le faut nécesairement.
Ensuite parce que les images rendues publiques de gendarmes en flagrant délit faussent le débat : les images qu'il faudrait plutot rendre publiques, ce sont celles DES CITOYENS CORRUPTEURS !!!!!
Je soupçonne en fait les snipers de chercher à discréditer, au-delà des invividus indignes de l'uniforme qu'ils portent, le symbole même de ces uniformes.
Manipulation de l'opinion en somme. Mais quand je vois comment TelUel ou d'autres canards foireux ont héroïsé les snipers, ça ne fait que confirmer mon analyse.
Ce sont les corrupteurs qu'il faut punir extrêmement sévèrement, encore plus sévèrement que les corrompus.
Evidemment, ça ne cadre pas avec la thorie d'un pauvre peuple victime de son état, de son administration etc. Mais ça suffit de déresponsabiliser les citoyens et de créer un écran de fumée aussi malhonnete.
Marocains, encore un effort pour mériter votre citoyenneté !
C’est un point de vue intéressant. Les corrupteurs sont souvent tout autant en tort que les corrompus, surtout lorsqu’ils ont un autre choix que de participer à ce fléau.
Quant à la méthode du sniper, le courage réside dans le fait de risquer sa vie pour apporter ces images, car ça n’a probablement pas été du goût des services qui ont en été la cible. Aussi, s’il peut être vaillant de combattre en se montrant clairement à son adversaire, il aurait été juste impossible de filmer les agents en plein délit de corruption en se montrant face à eux. La clandestinité ici est plus une nécessité qu’une lâcheté.
Enfin, seul l’auteur de la vidéo connait mieux ses intentions en diffusant ses vidéos. Il serait en effet regrettable de s’en servir pour s’en prendre aux symboles de l’Etat et de l’ordre général. Car, les fautes des uns ne signifient pas que tous les agents sont corrompus. L’objectif est d’appeler à une meilleure discipline des agents et des citoyens, et non à renverser tout le tableau.
Du courage ? Il fallait aussi le sens des responsabilité : par exemple envoyer systématiquement ses films à l'état major de la gendarmerie, en prenant conscience de ce que bien des gens se sont réjouis de la publicité faite autour de cette affaire, notamment les patrons de ces journaux dont les intentions sont de plus en plus claires et qui ont fait leur choux gras de ce scandale, avec la bénédiction des annonceurs et de l'OJD...
Tu sais quoi ? Les blogueurs devraient demander une carte de presse, eux aussi. ça aurait le mérite de moucher le caquet de bien des journalistes qui refusent d'admettre qu'il ne sont que des gamins morveux....
C'est en incriminant et en punissant TRES sévèrement les corrupteurs qu'on pourra prétendre remoraliser notre société.
tu es resté au 19 eme siecle toi je crois?? il faut se reveiller.....
Quand aux cartes de presse pour blogueurs, si ça équivaut à reconnaitre leur fonctionnalité en tant que rouages démocratiques, pourquoi pas ?