Sous l’égide de Sciences Po
Monde arabe, l’association Capdéma a organisé hier une
conférence intitulée : La gauche marocaine, bilan et perspectives. Etaient invités à débattre sur ce thème le Professeur Najib Akesbi (PSU), Nabil Benabdellah (PPS) et Omar Balafrej
(USFP).
Après des interventions sommaires de la part des invités, certaines interrogations de la part de l’assistance ont tenté de se faire entendre et chercher réponses auprès de ces représentants de la gauche marocaine et ses perspectives d’union.
Je suis d’accord avec la démarche du Pr Akesbi qui cherche avant tout à faire un état des lieux de la gauche marocaine avant de pouvoir envisager un avenir commun. Il est certes essentiel de
savoir d’où nous venons avant d’envisager une direction pour l’avenir. Le bilan ainsi fait, sombre ou nuancé, fait état d’un échec quant aux espoirs populaires soulevés par les diverses
mouvances socialistes.
En effet, force est de constater
que le ministre USFP de l’économie et des finances qu’a été Fathallah Oualalou a été partie prenante des politiques de privatisations et libéralisations de l’économie. Nous pouvons être pour ou
contre ses mesures, mais il est certain qu’il ne s’agit pas de mesures socialistes. Ceci n’est qu’un exemple, Habib ElMalki (USFP) dans l’éducation ou Mohamed Elyazghi au ministère de
l’aménagement du territoire n’ont pas apporté les réformes essentiels permettant de réformer socialement ces secteurs. C’est précisément ces contradictions entres revendications partisanes et
exécutions effectives de politiques paradoxales qui a miné la scène politique marocaine, propagé la confusion dans l’esprit des gens et, de fait, scellé la désaffection et la méfiance de la
population envers les partis socialistes et la politique de manière générale.
Maintenant, que faire de ses constats ? Je suis pour la démission des dirigeants politiques qui ont failli à leur mission et qui ont trahi les orientations politiques des partis qu’ils représentaient. Au pire, il est nécessaire que les partis en question les écartent de leurs instances afin de montrer que l’engagement politique n’est pas une simple question d’opportunisme personnel. Le militantisme politique est un don de soi, une fidélité aux valeurs qu’on représente et le courage de porter au devant les actions qui s’inscrivent dans l’idéologie. A titre d’exemple, Driss Lachgar ne cesse de donner des signes d’ouverture tantôt au PJD et dernièrement au PAM. La majorité militante du parti était elle d’accord avec ces agissements ? si ce n’est pas le cas, alors il ne devrait plus représenter un parti qui souhaite trancher avec l’intégrisme religieux et les pratiques politiciennes que représente le PAM. Il est indispensable que la gauche marocaine se présente non seulement avec un discours nouveau mais avec des visages nouveaux.
Par ailleurs, quant aux perspectives d’union de la gauche, il est apparu primordial de définir clairement le socle des valeurs communes auxquels pourraient s’apparenter les différents partis de l’union. Omar Balafrej revendique par exemple la question de la laïcité. Je le félicite pour le courage d’avancer une question aussi essentielle pour les valeurs de gauche car l’incompréhension qui entoure cette notion vaut bien des méfiances, voire des injures. La laïcité n’est pas une démarche pour écarter la religion de la société. Bien au contraire, la laïcité défend l’exercice de tous les cultes et ce dans toutes leurs interprétations possibles et selon la sensibilité de chacun. Partant du principe de l’émancipation de l’individu, elle est le seul régime qui permet à chaque individu de vivre sereinement sa spiritualité sans être contraint par l’ingérence des autres. Elle est le seul régime qui écarte les dangers de l’exploitation politicienne de la religion.
Parmi les autres piliers de la gauche, considérer que chaque politique, chaque décision, doit se soucier de l’intérêt de l’humain, voire de la société et de l’environnement, avant de se soucier du matériel et du capital. A ceux qui se demandent à quoi bon réunir la gauche, à quoi bon un clivage gauche droite, et s’il ne vaux pas mieux se concentrer sur des politiques qui développent la richesse du pays d’abord, il a été répondu, à juste titre, que tous les politiques sont pour le développement économique du pays, la question est de savoir comment distribuer les richesses et quelles priorités de développement donner. Comment en effet justifier, par exemple, les milliards de dirhams prévus par le projet de TGV au Maroc alors que cet argent pourrait bénéficier à des institutions plus vitales à la société telle que la santé, l’éducation et la justice. Pourquoi chercher à se transporter plus vite si nous ne pouvons pas compter sur des soins de qualité dans les hôpitaux ou si les conditions d’éducation d’une grande partie de la population sont encore précaires ? Nabil Akesbi quant à lui insiste, avec une passion qui m’a ému, sur la nécessité absolue de réformer la Constitution marocaine afin de rendre le fonctionnement des institutions plus démocratiques. Je me joins totalement à son propos et à sa cause, néanmoins je doute que la méthode qui consiste à boycotter les élections et le gouvernement soit la meilleure manière de faire progresser la société sur cet aspect. La réforme constitutionnelle est une série de mesures qui peuvent être entreprises et mise en œuvre progressivement.
Pour ma part, et brièvement, j’estime que la désunion de la gauche est due essentiellement à un manque, voire une absence, de démocratie interne au sein des grands partis notamment l’USFP, et à l’abandon de la défense des intérêts des classes laborieuses, notamment des syndicats ouvriers.
Mais l’union de la gauche marocaine ne se réalisera pas seulement en faisant le procès des fautifs historiques et en dressant les contours des valeurs communes. Nabil Benabdallah a bien souligné que le rassemblement nécessitera de faire des concessions sur les divergences secondaires et sur les crispations passionnelles des personnes. Les trois invités ont surtout fait un appel, que je souhaite relayer ici, à la société civile et à la jeunesse marocaine. L’union de la gauche ne saurait servir à quelque chose si elle se contente de compiler l’existant. Elle a avant tout besoin que tous les marocains qui partagent les valeurs universelles d’humanisme et de solidarité se joignent à l’effort. L’appel est lancé cette majorité des marocains qui boudent la politique et les urnes. Chacun par ses moyens et par ses méthodes, en étant partisan ou pas, en suivant l’actualité marocaine, en la commentant, et en la critiquant, en réfléchissant à des solutions alternatives prend part au devenir du Maroc. Omar Balafrej a dit que le militant de gauche est une personne qui se révolte devant la misère de nos concitoyens, devant l’injustice sociale et les conditions de vie précaires de la majorité des marocains. Il revient à chacun d’entre nous de prendre sa part de responsabilité et de s’unir pour le bien être de tous. Nous autres jeune génération, nous pouvons nous donner un large délai de 20 ans pour transformer profondément l’état des choses, mais si d’ici là l’état de la démocratie au Maroc reste le même, alors nous ne pouvons le reprocher qu’à nous même.
Derniers Commentaires