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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 16:22

La pollution agricole est un crime contre la santé des hommes et l’environnement 

http://94.23.8.188/~datavip/medias/0609/rolbenzaken-vip-blog-com-505008youssoufia.jpgLa ville de Youssoufia (à 90 kms de Safi) ne compte que 70 000 habitants mais elle est encerclée d’entreprises industrielles liées à l’Office chérifien du phosphate. Les déchets des uns et des autres se déversent sans retraitement dans un cours d’eaux usées à travers la forêt d’eucalyptus environnante. Cette dernière souffre ainsi d’une pollution dont les dégâts sont plus forts que l’odeur qui s’en dégage.

Mais cela n’est, si j’ose dire, que l’arbre qui cache la forêt. D’après l’article de Mohamed Elâoual paru dans Assabah, ce cours d’eaux usées est utilisé par les agriculteurs afin d’arroser leurs champs. Les melons, pommes de terre et autres légumineuses produites tout au long de l’année sont ainsi polluées par ces eaux. Ces produits sont ensuite vendus dans les marchés de la région et se confondent avec les autres produits sainement cultivés. Cela est dangereux pour la santé des personnes et des bêtes qui consomment les produits pollués. Il y a trois ans déjà, quelques 14 vaches habituellement nourries de ces produits pollués ont en fait les frais après que leurs foies et appareils digestifs aient été endommagés.

Cela ne semble pas alerter les agriculteurs qui s’organisent autour de l’exploitation de ces eaux usées ni les autorités locales qui refusent d’intervenir pour mesurer et interdire cette pollution, ou de mettre sur pied la station d’épuration des eaux.

Des lois et des programmes en instance

Pourtant, des lois interdisent cette pollution. La loi 10-95, qui date de 1995, a été promulguée afin de « réglementer les activités susceptibles de polluer les ressources en eau ». Elle a, de plus, institué le Conseil supérieur de l’eau et du climat dont les attributions incluent « la protection et la conservation des ressources en eau ». Elle soumet à autorisation « les prises d'eau établies sur les cours d'eau ou canaux dérivés des oueds ». Le chapitre VI est entièrement consacrée à la lutte contre la pollution de l’eau et l’article 84 stipule explicitement que « l'utilisation d'eaux usées à des fins agricoles est interdite lorsque ces eaux ne correspondent pas aux normes fixées par voie réglementaire ». C’est le cas des eaux usées de Youssoufia, de l’avis des acteurs associatifs locaux.

Néanmoins, ces agriculteurs n’auraient probablement pas agi de la sorte s’ils disposaient de solutions plus pratiques pour irriguer leurs cultures. Aussi, la ville de Youssoufia n’est pas une épave abandonnée. Elle a bénéficié dans le cadre de l’INDH de programmes d’aménagements et sociaux importants d’un montant d’1,2 milliards de DHs. Le Roi s’est même déplacé il y a un peu plus d’un an pour s’enquérir de l’avancement des travaux incluant les réseaux d’assainissement.  

Pour une responsabilisation des acteurs locaux envers l’environnement

La réforme de la justice, selon Mr Radi son ministre de tutelle, passe par le recrutement de centaines d’agents chaque année et la construction de nouveaux tribunaux. C’est probablement vrai mais il est certain que la réforme de la justice passe avant tout par son application stricte et systématique, d’autant plus que la santé des citoyens et de l’environnement est menacée. L’Etat de droit doit s’imposer dans ce microcosme à Youssoufia où les élus locaux semblent complaisants devant les agissements illicites des agriculteurs. Des campagnes de sensibilisation sur les dangers de cette pollution doivent être déployées. Les sanctions prévues par la loi doivent être communiquées et appliquées pour ceux qui persisteraient dans le délit. Ces mesures devraient être accompagnées, dans l’idéal, par des solutions alternatives pour les agriculteurs en termes d’accès à l’eau pour irriguer leurs champs, telles que des aides pour le forage de  puits.

Par ailleurs, si on peut supposer que les agriculteurs puissent ignorer le code de l’environnement et les enjeux de cette pollution à laquelle ils prennent activement part, il en est autrement des autorités locales. Des enquêtes administratives doivent être menées afin d’établir dans quelle mesure les élus locaux et l'OCP sont responsables de cette pollution. On ne saurait attendre une bonne gouvernance de la commune ou de l'Office si les manquements aux devoirs de certains ne sont pas dûment punis. http://www.acme-eau.org/photo/580651-708844.jpg

Enfin, les travaux pour la mise en œuvre de la station d’épuration des eaux de Youssoufia semblent stoppés en raison de « problèmes techniques ». Devant de tels enjeux pour la santé et l’environnement, aucun problème technique ne devrait entraver la réalisation de cette station, sinon cela débouchera sur des problèmes sanitaires. Il est indispensable que les institutions chargées de surveiller la qualité des sources d’eau veillent à ce que chaque cours d’eaux usées dans le Royaume soit traité par une station. En effet le cas de la ville de Youssoufia n’est pas isolé, la ville voisine de Chemaia souffre du même problème. Il est urgent pour la santé de tous d’installer des stations pour traiter les eaux usées à l’instar de la station de pompage « Oued Lihoud » inaugurée jeudi dernier à Tanger. Le ministère de l’environnement et celui de la justice doivent peser de tout leur poids pour imposer l’Etat de droit.


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Par Chraîbi Réda - Publié dans : Dévoloppement durable
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