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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 13:04

Résumé :

Les transports en commun dans la ville de Casablanca seront livrés à un monopole privé, celui de M’dina Bus. Compte tenu des difficultés financières de cette société et des problèmes de circulation que connait la capitale économique, la situation des usages du transport risque de se dégrader. Seule l’implication de l’Etat peut remédier durablement à cette situation.

 

Les faits :

Les autorités de Casablanca ont notifié aux concessionnaires privés, à l’exception de M’dina Bus, de cesser toute activité à la fin de leurs contrats de concession. Par conséquent, à partir de début 2010, M’dina Bus se retrouvera en situation de monopole pour gérer les transports en commun. Il est prévu que cette société reprenne, de la part des autres concessions, les bus en état de circuler ainsi que leurs chauffeurs uniquement. Le même cas de figure se pose pour Véolia Transport à Rabat

Plus de précisions dans les articles de LaVieEco et de l’Economiste (numéro du 7 octobre).

 

Problématique :

Il n’est pas besoin d’être un usager des transports en commun à Casablanca pour constater de visu qu’il y a un souci à ce niveau : l’état de certains bus est vétuste et dégage une nuée de pollution à son passage, ce qui n’est pas sans danger pour les usagers autant que pour les autres citadins ; les bus sont rares et souvent en retard ce qui entraine une surcharge et une gêne pour les usagers ; les s’arrêtent au milieu du boulevard pour prendre les usagers au lieu de se garer aux places qui leurs sont réservés, la circulation des bus n’est indiquée par aucun plan ni au niveau des arrêts de bus ni ailleurs ce qui n’encourage pas à emprunter cette voie.

Cette situation déplorable est ainsi alors qu’une dizaine de sociétés de transports se concurrencent sur le « marché casablancais ». Qui a dit que la concurrence suscite automatiquement de la qualité ? Avec l’avènement prochain du monopole de M’dina Bus, il est fort douteux qu’elle puisse gérer à elle seule ce qu’ils n’ont pu ou su faire à plusieurs. Par ailleurs, soumettre les transports publics à une logique économique ou capitaliste risque fort d’entrainer des désagréments qui vont à l’opposé de la mission confiée. Certaines lignes peu empruntées risquent d’être tout simplement abandonnées car jugées non rentables, le prix des tickets de bus pourraient augmenter et cela sans distinction des catégories des usagers.

Enfin, pour les sociétés amenées à cesser leur activité, rien à ce jour ne garantit que leurs centaines de salariés garderont leur emploi et ne se retrouveront pas du jour au lendemain au chômage et sans revenu pour leurs familles. On ne pourrait reprocher à M’dina Bus de ne pas les embaucher puisqu’elle-même connaît des difficultés financières, du moins c’est ce qui semble transparaître de ses comptes.

 

Proposition :

Il faut cesser de considérer les transports publics comme un vulgaire service individuel marchandé. Il faut penser global et systémique. Le problème des embouteillages de voitures et de la pollution sans directement liés à la situation catastrophique des transports publics. Proposer un service de bus correcte et lisible encouragerait beaucoup de citadins à abandonner les voitures et taxis à leur profit. Les nouveaux aménagements de la ville et l’augmentation des prix immobiliers entrainent les familles à revenus modestes encore plus loin dans les périphériques de la ville avec les problèmes de transport qui leurs sont liés. Pourtant, la ville continue de dépendre de toutes les forces vives et se doit de garantir leur irrigation dans ses veines.

Il faut abandonner la concession à M’dina Bus (qui d’ailleurs a son propre groupe d’anti M’dina Bus sur Facebook). L’Etat doit prendre en charge ce secteur en abandonnant la logique rentière. Le secteur des transports en commun est un investissement coûteux à faire, mais c’est un investissement dont le rendement se mesurera à la qualité de la vie pour les citadins, le gain de temps dans la circulation, la qualité de l’air et l’attrait de la ville. Il faut engager des budgets massifs pour l’augmentation et l’amélioration du parc de bus en circulation. Quelques 140 bus sur les 300 en circulation attendent désespérément des fonds pour les réparer. Il faut aménager et moderniser les arrêts de bus, les rendre lisibles. Il faut communiquer sur les transports en commun et promouvoir ce moyen afin d’engager les citadins dans un démarche écologiste et économique.

Il faut cesser de ne voir dans les transports en commun qu’une niche économique à exploiter. Il s’agit avant tout d’hommes et de femmes aux services de tous les citadins. Les centaines de salariés menacés de chômage doivent se voir proposer des plans sérieux de reconversion. La fréquence des bus et le prix des tickets doivent être modulés afin de tenir compte des besoins et catégories de revenus de chacun. Les étudiants doivent pouvoir bénéficier de subventions pour se déplacer vers les écoles et universités. Un investissement public dans les transports en commun et un investissement sur l’économie de demain.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Transports
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