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Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /2009 19:00

Etat des lieux :

Le cas se base sur ce malheureux fait divers qui a fait l’objet de ce reportage sur 2M

 


Ce qui n’est pas dit dans le reportage, mais précisé dans Almasse, est que le juge accusé a tenté de soudoyer le père de la victime pour taire cette affaire. Ce dernier, qui a vu la vie de sa fille basculé dans l’enfer, a refusé de marchander ce crime et a participé à la manifestation de samedi devant la cours d’appel d’Oujda aux cotés d’associations de protection de l’enfance.

 

Problématique :

Les organisations des droits de l’homme à l’échelle mondiale bannissent le travail des enfants, et le considère comme de l'esclavage. Nous sommes tous d’accord que, dans le meilleur des mondes, la place de l’enfant est à l’école et dans les parcs de jeux. Néanmoins, le Maroc n’est malheureusement pas le meilleur des mondes pour une bonne partie des enfants. Ces derniers ont pour mission, dès leur jeune âge, d’aider leur père à subvenir aux besoins de la famille. Cela se traduit souvent pour les jeunes filles de se voir placées dans des foyers en tant que servantes. Le nombre d’enfants travailleurs de moins de 15 ans s’élève au Maroc à 177.000, dont 66.000 enfants servantes.

Le souci vient non seulement de ce que ces enfants sont ainsi privées d’enfance et d’éducation proprement dite, mais aussi du fait que les conditions de vie pour ces enfants est totalement précaire.  Elles ne bénéficient en effet d’aucune garantie quelle qu’elle soit quant à leurs conditions de travail (nature des tâches à exécuter, horaires, logement, etc), ni ne bénéficient de la rémunération de leur travail. Ce faisant, elles demeurent à la merci de leur employeur, de sa bonté ou de sa cruauté. Human Right Watch dénonce "des abus physiques et verbaux fréquents, refus d’éducation, de nourriture et de soins médicaux appropriés, et du harcèlement sexuel de la part d’employeurs ou de membres de la famille de leurs employeurs". Pour le cas de la petite Zineb, originaire de Taza, la cruauté semble avoir atteint son paroxysme, mais combien d’autres Zineb souffrent tous les jours dans les foyers où elles travaillent ?

Pour le Maroc, comme pour d’autres pays pauvres, cette situation est dramatique et nécessite d’être corrigée progressivement. Il est peut être utopique de proclamer et d’interdire de faire le travail des enfants sans donner des alternatives, mais le chemin vers cette utopie peut être gravi pas à pas.

  

Proposition :

Accorder des aides sociales aux familles les plus pauvres afin qu’elles ne soient pas contraintes de faire travailler les enfants au lieu des le envoyer à l’école. La scolarité pour cette catégorie de la société devrait être totalement gratuite tant pour l’enseignement que pour l’équipement scolaire. A ce propos, l’opération de distribution de cartables équipés est une bonne initiative qui devrait être étendue dans tout le Royaume.

Donner à l’Association « Touche pas à mon enfant » (touche pas à mes enfants) ou à une institution publique le droit de recenser et de contrôler le travail des enfants servantes, le droit d’entrer dans les maisons pour discuter avec elles et vérifier si elles sont traitées dignement. Encourager leur éducation et leur alphabétisation. Ouvrir et faire connaitre un centre d’accueil pour les enfants servantes qui veulent fuir d’urgence le foyer dans lequel elles travaillent, afin que plus aucune Zineb Chtet n’èrre dans la rue dans le sang en demandant l’aide d’inconnus. Ces centres auraient pour mission de protéger juridiquement et assurer l'intégrité des servantes maltraitées. Human Right Watch propose également de formaliser le travail des domestiques en contrat de travail, cela peut sûrement aider en effet à protéger juridiquement mais le contexte marocain souffre de la non déclaration des travailleurs sur bien d'autres secteurs du travail, ici aussi du progrès doit être fait. 

Quant au fonctionnaire de la justice, pour ne pas dire juge, qui est accusé de maltraitances inhumaines envers la petite Zineb, l’enquête devrait être menée jusqu’au bout et, si l’accusation confirmée, aboutir à une sentence exemplaire. La réforme de la justice annoncée ici et là commencerait dans ce cas par nettoyer le personnel d’individus indignes de travailler à faire respecter la loi et l’ordre. Ce dernier ne pouvait ignorer le Code de travail qui interdit l’emploi d’enfants âgés de moins de 15 ans.

Enfin, Cette sinistre affaire devrait inciter les parlementaires à s’empresser d’adopter, dès cette rentrée, le "projet de loi contre le travail des petites bonnes"* portée par Nouzha Skalli dont «l'objectif est d’arriver à un Maroc sans petites bonnes d’ici 2010». Ce dernier est toujours à l’étude au secrétariat général du gouvernement. Le texte en question prévoit des sanctions contre toute personne qui emploie un enfant de moins de 15 ans en tant que domestique et ce sans prendre en considération l‘autorisation du tuteur, toute personne qui joue le rôle d’intermédiaire dans l’emploi des enfants et aussi toute personne qui s’abstient de porter assistance à un enfant alors qu’il pouvait intervenir soit personnellement soit en notifiant les autorités concernées. Cette dernière disposition aurait pu éviter bien des blessures à la petite Zineb, mais peu de gens osent encore dénoncer ces crimes, pourtant c'est un devoir citoyen.

En attendant, je me joins symboliquement au sit-in organisé la semaine dernière par l'AMDH pour dénoncer les bafouements des droits de l'enfance:  

 

 

 *L’utilisation du terme « bonne » est indigne pour ces enfants servantes, Mme Skalli lui préfère "petites filles en situation de travail". Jean Jaurès disait : "quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots." Puissions-nous lui donner tort sur cette question.

Par Chraîbi Réda - Publié dans : Justice
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